Dominicains du Canada
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SERVICE CATéCHéTIQUE EMMAÜSJésus-Christ 3 : Le message de JésusL' "entrée en scène" de Jésus est centrée sur le message de la venue du Règne de Dieu. L'évangéliste Marc résume cette Bonne Nouvelle de la manière suivante: "Après que Jean eut été livré, Jésus vint en Galilée. Il proclamait l'Evangile de Dieu et disait : Le temps est accompli, et le Règne de Dieu s'est approché. Convertissez-vous et croyez à l'Evangile" (Mc 1,14-15). Par ce message, Jésus proclame l'accomplissement de l'espérance de l'Ancien Testament. Déjà l'acclamation: "Le Seigneur est roi" (PS 93,1; 96,10; 97,1; 99,1; cf. ls 52,7), annonçait le Règne eschatologique de Dieu, par lequel la plénitude de la vie serait donnée à Israël et au monde des nations. D'après les textes messianiques de l'Ancien Testament, ce salut accordé par Dieu devait être communiqué au peuple de Dieu par le roi idéal de la fin des temps, chargé de cette mission par Dieu. Dans la situation difficile, du point de vue religieux comme du point de vue politique, que connaissaient les Juifs aux derniers siècles avant notre ère, la venue du Règne de Dieu était devenue l'objet essentiel de l'espérance populaire, qui souhaitait voir se concrétiser ainsi l'idéal jamais réalisé sur terre d'un souverain parfaitement juste (cf. Dn 2,44; 7,27). La justice, telle que se la représentent les peuples de l'ancien Orient, ne consistait pas d'abord à rendre des sentences impartiales, mais à aider et protéger les laissés pour compte, les faibles et les pauvres. Le message de Jésus annonçant la venue du Règne de Dieu doit donc être compris dans la perspective de la question fondamentale que se pose tout homme et du désir de paix, de liberté, de justice et de vie qui habite tout homme. Ce qui importe avant tout dans le message de Jésus annonçant la venue du Règne de Dieu, c'est que l'accomplissement de cette espérance de l'humanité n'est pas l'ouvre de l'homme, mais uniquement l'ouvre et le don de Dieu. En définitive, la venue du Règne de Dieu, c'est l'avènement de Dieu lui-même. Pour Jésus, le Royaume de Dieu n'est ni une réalité terrestre (politique, sociale, culturelle), ni une utopie projetée dans l'avenir, ni un programme de réforme. Il contient une promesse qui ne peut être accomplie ni par la technique, ni par l'économie, ni par la science. Derrière ce message se trouve une conception de l'existence qui sait bien que l'homme est lié à ce monde et dépend de lui, mais aussi que le sens de sa vie ne réside pas tout entier en ce monde. L'homme ne trouve son plein épanouissement que dans la communion avec Dieu, qui constitue le fondement originaire et le but de son existence. L'homme ne peut pas réaliser lui-même cette espérance. Nous sommes incapables, en tant qu'hommes, de "construire" le Royaume de Dieu, et en particulier de le faire advenir par la violence ou par une action résolue sur le plan moral, social, scientifique, culturel ou politique. Nous ne pouvons que prier pour sa venue: "Fais venir ton Règne" (Mt 6,10). La perspective d'avenir pleine d'espoir que nous fait entrevoir Jésus, apparaît donc uniquement à ceux qui tournent leur regard vers Dieu. C'est pourquoi l'homme doit "chercher d'abord le Royaume de Dieu" (cf. Mt 6,33), rendre à Dieu ce qui lui appartient (cf. Mc 12,17). Dans le Royaume de Dieu, sous sa forme achevée, "Dieu sera tout en tous" (cf. l Co 15,28). Le Dieu dont Jésus annonce la venue souveraine est en même temps son Père et le Père de tous. Ici aussi, Jésus se situe dans la ligne de la tradition vétéro-testamentaire (cf. Os 11,9; 14,5). Mais Jésus ose s'adresser à Dieu en lui disant : Abba (Père), avec une familiarité ignorée de l'Ancien Testament. Il annonce le Dieu qui est bonté, grâce, miséricorde. Au nom de Dieu et à sa place, il accorde aux pécheurs le pardon de leurs péchés (cf. Mc 2,5; Le 7,48). Le Nouveau Testament résume le message de Jésus dans cette phrase: "Dieu est amour" (l Jn 4,8.16b). Pour les hommes, le message de l'avènement du Règne de Dieu est une bonne nouvelle, un message de salut. Dans son "sermon inaugural" à Nazareth, son pays natal, Jésus rencontre l'attente de l'Ancien Testament: "L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a conféré l'onction, pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres. Il m'a envoyé proclamer aux captifs la libération et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer les opprimés en liberté, proclamer une année d'accueil par le Seigneur" (Le 4,18-19). L'avènement du Règne de Dieu met fin au pouvoir tyrannique des puissances mauvaises, ennemies de Dieu, et instaure définitivement le Règne de la vie, de la liberté, de la paix et de l'amour. A la différence de Jean-Baptiste, Jésus voit avant tout l'avènement du Règne de Dieu non pas sous le signe du jugement, mais sous le signe de la miséricorde, de la joie et de la grâce. Il compare le Royaume de Dieu à des noces (cf. Mt 22,1-14) ou à une grande et riche moisson (cf. Mc 4,26-29; Mt 9,37-38). Ce sont assurément des images; mais, à la suite de l'Ecriture, nous sommes incapables de parler du Règne de Dieu autrement qu'en images et en paraboles. "Nous ne pouvons pas tout simplement 'traduire' celles-ci; nous ne pouvons en fait que les préserver, leur rester fidèles et nous opposer à leur dissolution dans le langage de nos concepts et de nos raisonnements, vide de tout mystère, qui parle sans doute à nos besoins et de nos projets, mais non à nos aspirations ni à nos espérances" (NE 1,6). Au milieu de ce monde, avec ses détresses accablantes, ce message peut sembler étranger à la réalité. Pour Jésus, le Règne de Dieu est une réalité dont il ne promet la pleine réalisation que dans l'avenir, mais qui secrètement, patiemment, humblement, mystérieusement, commence dès maintenant et prévaudra finalement dans le monde par la puissance de Dieu. C'est dans cette perspective que Jésus décrit l'avènement du Règne de Dieu dans les paraboles du semeur, de la semence, du grain de sénevé, du levain, etc. (cf. Mc 4; Mt 13). Il faut souligner que le Règne de Dieu est dès maintenant une réalité, là où se manifeste l'amour de Dieu qui pardonne et réconcilie. C'est pourquoi l'évangéliste Luc a réuni au cour de son évangile les trois paraboles de ceux qui sont perdus: la brebis égarée, la drachme perdue et l'enfant prodigue (cf. Le 15). Dans cette dernière parabole, toute la fragilité de l'homme apparaît: il cède à l'attrait des biens périssables et renonce à sa véritable vocation. Il s'est perdu lui-même et, réduit à ses seuls moyens, il est un homme fini. Mais maintenant qu'est venu le temps de l'Evangile, Jésus proclame que Dieu a pitié du pécheur et, plein d'amour, l'attire à lui. En même temps, Jésus défend cet évangile contre la mesquinerie d'autres hommes, qui ne voient pas et ne veulent pas comprendre la miséricorde de Dieu. "Mais il fallait festoyer et se réjouir, parce que ton frère que voici était mort et il est vivant; il était perdu et il est retrouvé" (Lc 15,32). L'Evangile invite ainsi chaque homme à réfléchir devant Dieu sur lui-même et sur son rapport aux autres. Il veut lui donner courage et espérance. Parce que Dieu accepte chacun d'entre nous, l'homme peut aussi s'accepter lui-même et accepter tous les autres. Là où un tel amour se manifeste, le Règne de Dieu commence dès aujourd'hui d'une manière cachée. L'espérance de l'avènement du Règne de Dieu se réalise dès maintenant ici-bas: cela résulte avant tout du lien que Jésus établit entre son message et sa personne. Quand Jésus vient à nous, c'est le Règne de Dieu qui vient à nous. D'où cette parole: "Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez! Car, je vous le déclare, beaucoup de prophètes, beaucoup de rois ont voulu voir ce que vous voyez et ne l'ont pas vu, entendre ce que vous entendez et ne l'ont pas entendu" (Lc10,23- 24). La conscience qu'a Jésus d'agir avec la toute-puissance de Dieu transparaît à travers un grand nombre de ses paroles et s'exprime dans ses actes. A ceux qui doutent de son message, il dit: "Ici il y a plus que Salomon... Ici, il y a plus que Jonas" (Lc 11,31-32). Quand il chasse les démons, en triomphant de la puissance du Malin, l'avènement du Règne de Dieu se manifeste (cf. Lc 11,20). Le peuple reconnaît également son pouvoir divin dans sa doctrine, qui diffère de celle des scribes (cf. Mc 1,22.27). Le pouvoir que revendique Jésus s'exprime aussi dans l'expression mystérieuse de "Fils de l'homme". Elle apparaît souvent dans la bouche de Jésus et elle a profondément marqué l'Eglise primitive. Aux yeux de celle-ci, Jésus se présentait implicitement ainsi comme le Sauveur et le Juge. Lc "Fils de l'homme" a le pouvoir de pardonner les péchés sur la terre (cf. Mc 2,10), il est "le maître, même du sabbat" (Mc 2,27). Celui qui se déclare pour Jésus, "le Fils de l'homme aussi se déclarera pour lui devant les anges de Dieu"; celui qui le renie devant les hommes, "sera renié devant les anges de Dieu" (Lc 12,8-9). Ce titre, qui résonne de façon mystérieuse, est lié à l'espérance juive et évoque primitivement la majesté du Sauveur et du Juge à venir. Jésus l'emploie également lorsqu'il parle de son abaissement (cf. Lc 7,34; 9,58), de sa passion et de sa mort (cf. Mc 8,31; 9,31; 10,33), de son sacrifice offert "pour la multitude" (Mc 10,45). Mais le "Fils de l'homme" reviendra un jour, "entouré de nuées dans la plénitude de la puissance et dans la gloire" (Mc 13,26; cf. 14,62; Dn 7,13), et jugera toutes les nations (cf. Mt 25,32). Dans les allusions mystérieuses de Jésus au "Fils de l'homme", l'Eglise primitive a reconnu son pouvoir caché sur la terre, l'itinéraire tracé par Dieu pour le mener, en passant par la croix, jusqu'à la résurrection, et finalement sa future manifestation dans la gloire divine. C'est là aussi l'itinéraire du Règne de Dieu: de la présence cachée dans l'activité terrestre de Jésus, en passant par le temps de la croissance dans lequel les hommes sont mis à l'épreuve, jusqu'à l'achèvement à la fin des temps. Pour que le règne, la miséricorde et l'amour de Dieu deviennent manifestes, l'homme est appelé à faire en toutes choses la volonté de Dieu (cf. Mt 7,21). Jésus a proclamé "avec pleine autorité" la volonté du Père. Bien que son message soit empreint d'une grande exigence, il se caractérise aussi par une liberté sans précédent dans l'interprétation de la loi. Au-delà des multiples dispositions particulières de celle-ci, Jésus s'efforce constamment de retrouver la volonté première de Dieu. L'homme ne doit pas se retrancher derrière l'observation formelle de la loi; il doit diriger son regard vers l'homme qui a besoin de son aide. A côté des béatitudes destinées aux pauvres et aux opprimés (cf. Mt 5,3-12; Lc 6,20-26), il y a les avertissements adressés aux riches (cf. Mt 6,24; Mc 10,23.25; Le 16,19-31) et les accusations formulées contre les puissants qui abusent de leur puissance (cf. Mc 10,42). Aux gens influents et aux dirigeants de son peuple, il déclare: "Collecteurs d'impôts et prostituées vous précèdent dans le Royaume de Dieu" (Mt 21,31). Les béatitudes du sermon sur la montagne sont d'une importance capitale. L'évangile de Luc en rapporte quatre: "Heureux, vous les pauvres", "Heureux, vous qui avez faim maintenant", "Heureux, vous qui pleurez maintenant", "Heureux êtes-vous lorsque les hommes vous haïssent... à cause du Fils de l'homme" (Lc 6,20-22). Chez Luc, ce renversement de toutes les valeurs terrestres doit s'entendre dans un sens tout à fait concret. Mais il ne s'agit pas d'un bouleversement social ni d'un programme politique. Les béatitudes du sermon sur la montagne se situent dans le contexte global de la prédication de Jésus annonçant le Règne de Dieu qui approche. L'évangile de Matthieu a "spiritualisé" et élargi ces béatitudes en s'inspirant de l'esprit du message de Jésus. Il parle de ceux qui sont "pauvres devant Dieu", et il déclare heureux ceux qui ont "faim et soif de la justice". Il ajoute les béatitudes destinées aux faibles, aux miséricordieux, aux cours purs et aux pacifiques (cf. Mt 5,5-10). Tous ces termes désignent des gens qui n'ont rien à attendre du monde, et qui attendent tout de Dieu; ils se consacrent par conséquent tout entiers à annoncer le Règne de Dieu, sa miséricorde et son amour, qui constituent leur raison de vivre. Cette pauvreté, déjà présente dans l'Ancien Testament, et ce service de la paix, inspiré par l'esprit de l'Evangile, sont exigés des disciples de Jésus. Il ne s'agit pas d'une loi nouvelle, que l'on pourrait transposer telle quelle dans la société humaine. Les béatitudes du sermon sur la montagne s'adressent directement au cour de l'homme, en l'invitant à se laisser prendre par la miséricorde et l'amour de Dieu. Par ce biais, elles nous indiquent comment nous devons nous comporter en ce monde. Pour découvrir la meilleure façon de les traduire concrètement sur le plan social et politique, il faut naturellement avoir une compétence particulière dans ces domaines. Jésus résume son exigence morale dans le double commandement de l'amour de Dieu et de l'amour du prochain. Il réunit ainsi deux commandements distincts dans l'Ancien Testament (cf. Dt 6,5; Lv 19,18.34): "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cour, de toute ton âme, de toute ta pensée et de toute ta force. Voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n'y a pas d'autre commandement plus grand que ceux-là" (Mc 10,30-31). Ces paroles de Jésus et d'autres, qui réclament également un changement immédiat du comportement individuel en même temps qu'une modification des rapports sociaux, culminent dans l'exigence de l'amour des ennemis (Lc 6,27-36). Celle-ci se fonde en dernière instance sur cette parole: "Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux" (Lc 6,36). Si Jésus formule des exigences aussi radicales, c'est parce que le Règne de Dieu qu'il annonce, commence dès maintenant, et que l'amour de Dieu qui s'y manifeste, oblige chacun à aimer de la même façon, jusqu'au bout, son semblable. Le message moral de Jésus ne comporte pas de consignes d'action directement applicables, mais fournit des normes qui balisent de manière incontournable le champ des rapports sociaux et des relations entre les peuples. "Car les promesses du Royaume de Dieu ne sont pas sans rapport avec l'horreur et l'effroi que nous inspirent l'injustice et l'esclavage, qui nient la dignité de la personne humaine" (Synode commun Notre espérance 1,6). L'attente du Règne de Dieu ne rend pas indifférent, mais au contraire plus sensible à tout ce qui touche à la paix, la justice et la liberté dans le monde. Jésus n'exige rien dont il ne donne lui-même l'exemple dans sa vie. Il ouvre le chemin. Son comportement se caractérise par l'amour, la miséricorde, la fidélité, le souci de la paix, la tendance à pardonner. Il "est venu non pour être servi, mais pour servir" (Mc 10,45). L'appel à suivre Jésus fait partie de son message: "Venez à ma suite" (Mc 1,17). "Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il renonce à lui-même et prenne sa croix, et qu'il me suive. En effet, qui veut sauver sa vie, la perdra; mais qui perdra sa vie, à cause de moi et de l'Evangile, la sauvera" (Mc 8,34-35). Cet appel, avec tout ce qu'il implique et signifie, avec tout ce qu'il exige et promet, appartient à ce qu'il y a de plus original dans les traditions concernant le Jésus de l'histoire. Il est adressé d'abord à des individus, qui devaient être les compagnons et les messagers de Jésus pendant son activité terrestre. Après Pâques, l'Eglise primitive a compris que cet appel était destiné aussi à tous ceux qui croient en Jésus-Christ. Tous doivent devenir ses disciples et le suivre, chacun avec ses dons propres et conformément à sa vocation particulière, en fonction de ses capacités et de ses possibilités, mais avec la même détermination sans faille. En étendant ainsi le champ d'application des paroles de Jésus à la vie des croyants et aux communautés postérieures, l'Eglise primitive n'a pas trahi les intentions du Seigneur; elle n'a fait que répercuter de manière vivante son appel, qui ne cessera jamais de retentir. (Cet article est tirée du Catéchisme allemand pour adultes. La foi de l'église, Centurion / Cerf, 1987) |
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