Dominicains du Canada
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SERVICE CATéCHéTIQUE EMMAÜSJésus-Christ 2 : Que pouvons-nous savoir de Jésus?La source de loin la plus importante pour connaître la vie, l'action et l'itinéraire de Jésus est le Nouveau Testament. Les quatre évangiles nous racontent en détail la vie de Jésus. Parmi eux, les trois premiers évangiles, ceux de Marc, Matthieu et Luc, appelés synoptiques, sont étroitement apparentés; l'évangile de Jean, au contraire, a un caractère propre. Par ailleurs, nous connaissons encore des paroles isolées du Seigneur, que le Nouveau Testament ne nous transmet pas, mais qui sont attestées par d'anciens Pères de l'Eglise. En dehors de la Sainte Ecriture, les informations sur Jésus sont plus tardives, rares et pauvres (Flavius Josephe, Tacite, Pline le Jeune, Suétone, le Talmud). Néanmoins, aucun historien sérieux ne conteste plus aujourd'hui que Jésus a réellement vécu en Palestine et qu'il est mort crucifié à Jérusalem, vers l'an 30 de notre ère, sous le gouverneur romain Ponce Pilate. L Les recherches historiques contemporaines sur Jésus ont soulevé un problème difficile. Aux yeux de certains historiens, la profession de foi biblique et ecclésiale en Jésus, le Christ, notre Seigneur, apparaît dans une large mesure comme une projection relativement tardive sur le Jésus de l'histoire. Certains d'entre eux ont dès lors entrepris de libérer des chaînes du dogme l'image de Jésus proposée par la profession de foi ecclésiale et de rétablir la vérité sur le Jésus de l'histoire. Ce qui est venu au jour de cette manière, ce sont généralement, en fait, les préjugés de chacun. Chaque nouvelle image de Jésus ne correspondait que trop bien aux goûts de l'époque; on a fait ainsi successivement de Jésus un Messie politique, un prédicateur de morale, un apôtre de l'intériorité, un ami des pauvres, un hippie et une superstar. Quant à la foi au Christ qui serait apparue ultérieurement, ou bien on l'expliquait comme une supercherie délibérée de ses disciples (Reimarus), comme une légende et un mythe élaborés de manière inconsciente (D.F. Strauss), ou bien on la faisait dériver, suivant les lois de l'histoire des religions, de la piété juive vétéro-testamentaire, du milieu hellénistique contemporain ou du milieu social de l'époque. Entre le Jésus terrestre et le Christ de la foi se creusait de la sorte un fossé qui apparaissait désormais infranchissable. Au début de notre siècle, on en vint à penser qu'il était impossible de reconstituer de façon satisfaisante la vie de Jésus et de se faire une image exacte de sa personnalité. Les vies de Jésus sans cesse publiées et rééditées, ainsi que leurs adaptations cinématographiques, seraient par conséquent dépourvues de toute valeur historique. C'est un fait que les évangiles ne sont pas des récits historiques au sens moderne du mot; ils témoignent de la foi des premières communautés chrétiennes et des évangélistes. Ils voient la vie terrestre de Jésus à la lumière d'une réflexion en profondeur sur les événements du Vendredi saint, de Pâques et de la Pentecôte. La méthode dite de l'histoire des formes (Formgeschichte) a montré que les évangiles ont leur enracinement (Sitz im Leben) dans les premières communautés chrétiennes, dans leur prédication, leur catéchèse, leur liturgie, leur apologétique, leurs institutions, etc. La méthode dite de l'histoire de la rédaction (Redaktiongeschichté) a montré, en outre, que les quatre évangélistes, loin d'être seulement les secrétaires des communautés, rédigeaient en fonction de leurs propres conceptions littéraires et théologiques les traditions orales et écrites dont ils avaient connaissance. Le témoignage de foi et le récit historique sont donc étroitement liés dans les évangiles. Si l'on isole Jésus de la foi et de la vie de l'Eglise primitive, tout se décompose en propos auxquels on peut reconnaître au mieux un haut degré de vraisemblance. Nous n'atteignons pas Jésus autrement qu'à travers l'Eglise qui confesse sa foi en lui. Sur le champ de décombres laissé par la recherche dite libérale sur la vie de Jésus, l'école de R. Bultmann a tenté de construire du neuf. Elle considérait la vie et la personnalité de Jésus comme dépourvues d'intérêt théologique et entendait fonder la foi exclusivement sur l'annonce (le kérygme) du Christ ressuscité, considéré comme toujours vivant et présent par ses disciples. Pour elle, tout se ramène à la nouvelle compréhension que l'homme peut avoir de lui-même grâce au kérygme du Christ. Mais c'était méconnaître que les évangiles transmettent le kérygme en racontant l'histoire de Jésus et des histoires sur Jésus. Si l'on détache la foi au Christ de l'histoire de Jésus, on fait de la foi une vision globale du monde ou un mythe, qui ne reconnaît plus concrètement Jésus-Christ comme le Seigneur. L'Eglise primitive s'est déjà vue contrainte de lutter contre une tendance à déprécier ce qui est humain en Jésus-Christ: Tout esprit qui confesse Jésus-Christ venu dans la chair est de Dieu, et tout esprit qui divise Jésus n'est pas de Dieu (l Jn 4,2-3). C'est précisément la mission du Saint-Esprit de nous rappeler le souvenir de Jésus, de sa parole et de sonouvre (cf. Jn 14,26; 16,13). De pareilles théories ont conduit, à partir des années cinquante, à de nouvelles réflexions et à une nouvelle approche du Jésus de l'histoire. On saisit de mieux en mieux aujourd'hui qu'il n'y a aucune raison de verser dans le scepticisme ni de renoncer à toute certitude concernant la figure historique de Jésus. Il est possible de retrouver, en recourant àA des critères appropriés, les paroles, les actes et les intentions propres de Jésus. Même s'il ne nous est pas possible d'écrire une vie de Jésus à la façon d'une biographie moderne, ni de cerner avec une absolue précision sa personnalité humaine, même si les opinions peuvent diverger à l'infini sur des points de détails, le Jésus de l'histoire nous apparaît pourtant dans les évangiles d'une manière si vivante et si originale qu'il existe aujourd'hui un large consensus sur les points essentiels de sa prédication et de son activité. Il est redevenu clair que les évangiles transmettent d'une manière sûre et fidèle le message et l'ouvre de Jésus. Il n'existe aucune autre voie pour parvenir à comprendre vraiment Jésus, que celle que l'Eglise primitive elle-même a suivie: un regard en arrière, à partir de Pâques, sur le Jésus terrestre, qui conduit à présenter, dans la perspective de Pâques, sa démarche et son action à la lumière de la résurrection et de l'ascension. Le deuxième concile du Vatican a repris à son compte et confirmé les résultats les plus importants des recherches contemporaines sur Jésus. Il relève la présence de trois couches de données dans les évangiles (DV 19). 1. Le Jésus terrestre: Notre sainte Mère l'Eglise a tenu et tient fermement et avec la plus grande constance que ces quatre évangiles, dont elle affirme sans hésiter l'historicité, transmettent fidèlement ce que Jésus, le Fils de Dieu, durant sa vie parmi les hommes, a réellement fait et enseigné pour leur salut éternel, jusqu'au jour où il fut enlevé au ciel (cf. Ac 1,1-2). 2. Les apôtres et l'Eglise apostolique: Ce que le Seigneur avait dit et fait, les apôtres après son ascension le transmirent à leurs auditeurs avec cette intelligence plus profonde des choses dont eux-mêmes jouissaient, instruits par la révélation du Christ dans sa gloire et éclairés par la lumière de l'Esprit de vérité. 3. Les évangélistes: Les auteurs sacrés composèrent donc les quatre évangiles, choisissant certains des nombreux éléments transmis soit oralement, soit déjà par écrit, rédigeant un résumé des autres, ou les expliquant en fonction de la situation des Eglises, gardant enfin la forme d'une prédication, de manière à nous livrer toujours sur Jésus des choses vraies et sincères. (Cet article est tirée du Catéchisme allemand pour adultes. La foi de l'église, Centurion / Cerf, 1987) |
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