Dominicains du Canada
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SERVICE CATéCHéTIQUE EMMAÜSEsprit 5 : Le monde renouveléL'avènement du Règne de Dieu ne se produit pas seulement dans l'intériorité du coeur. Déjà dans l'Ancien Testament, l'action salvatrice de Dieu se traduit dans des événements historiques concrets. L'élection d'Israël par Dieu s'exprime dans la libération de l'esclavage en Egypte, dans la traversée de la mer Rouge et du désert, dans l'entrée en terre promise, dans l'institution de la royauté davidique... L'annonce par Jésus du Règne de Dieu qui vient, s'accompagne de grands miracles: les malades sont guéris, les affamés sont nourris, ceux qui n'espéraient plus sont consolés et encouragés. La grâce intérieure est donc normalement liée à la grâce extérieure. Ce lien est manifeste dans toute vie chrétienne. Habituellement, nous découvrons Dieu et son salut d'abord dans nos parents, dans notre famille, dans la rencontre d'autres êtres humains, dans l'amour et le pardon, dans des paroles chaleureuses, dans des situations de vie, heureuses ou malheureuses, mais aussi dans les livres, dans l'art, dans la nature. C'est la réalité de la grâce qui se manifeste à nous concrètement dans de telles expériences: elle est pardon et don d'un commencement nouveau, libération de la faute, de l'angoisse, de l'absurdité; en termes positifs, elle est amour, confiance, vérité, communion et amitié, consolation et espérance. La foi chrétienne découvre dans toute expérience humaine quelque chose qui est au-delà de l'humain. L'expérience humaine est signe et symbole du fait que l'Esprit de Dieu agit parmi nous, pour faire naître le Royaume de Dieu au milieu d'un monde privé de grâce. La grâce ne vient pas seulement s'offrir à nous de l'extérieur; elle nous oriente aussi vers l'extérieur. Dans la mesure où Dieu, par son Esprit, prend possession de l'être humain, la vie nouvelle que reçoit celui-ci se traduit concrètement dans une action conforme à la vérité et à la justice, dans des oeuvres de paix et de réconciliation. La vie inspirée par la grâce doit donc être un signe que la rédemption est à l'oeuvre dans le monde. La vie nouvelle reçue de Dieu se manifeste nécessairement par des signes visibles dans notre existence; l'amour pour Dieu doit s'incarner et se concrétiser dans l'amour pour le prochain. Si quelqu'un dit: J'aime Dieu, et qu'il haïsse son frère, c'est un menteur. En effet, celui qui n'aime pas son frère, qu'il voit, ne peut pas aimer Dieu, qu'il ne voit pas. Et voici le commandement que nous tenons de lui: celui qui aime Dieu, qu'il aime aussi son frère (l Jn 4,20-21) Ce que cela signifie concrètement, la tradition l'a résumé dans l'énumération des sept oeuvres de la miséricorde corporelle (nourrir les affamés, donner à boire à ceux qui ont soif, vêtir ceux qui sont nus, accueillir les étrangers, visiter les malades, délivrer les prisonniers, enterrer les morts) et des sept oeuvres de la miséricorde spirituelle (instruire les ignorants, conseiller ceux qui doutent, consoler les affligés, réprimander les pécheurs, pardonner de bonne grâce à ceux qui nous ont offensés, supporter les gens désagréables, prier pour tous). On cherche souvent aujourd'hui à décrire la rédemption du monde qui commence, comme une libération. Ce n'est pas seulement le cas en théologie, mais aussi dans des déclarations officielles comme l'exhortation apostolique Evangeli nuntiandi du pape Paul VI sur l'évangélisation dans le monde moderne (1975). Il faut ici comprendre le mot libération en un sens profond et global, et se garder, par conséquent, de le réduire à une libération politique ou psychologique. La liberté pour laquelle Jésus-Christ nous a libérés (cf. Ga 5,1), c'est la liberté donnée gratuitement par Dieu. Elle s'exprime avant tout par l'action de grâce, la louange et la célébration de Dieu et de son action rédemptrice, l'invocation de Dieu comme Père dans la prière. La liberté devant Dieu libère en même temps en vue du service des hommes dans le monde. Concrètement, la libération par Jésus-Christ signifie libération à l'égard du péché, de la loi et de la mort. La liberté à l'égard du péché signifie que l'homme échappe à la fascination du mal qui le rend esclave. Le péché s'incarne souvent dans des structures oppressives et étouffantes, dans des systèmes humains, économiques et politiques aliénants, qui fournissent à leur tour des justifications immédiates à l'égoïsme, à l'envie, à la violence et au refus de la paix. La liberté chrétienne doit s'affirmer en remédiant autant que possible à de pareilles iniquités et en suscitant des structures de liberté, de justice et de vérité. La libération à l'égard de la loi signifie l'affranchissement par rapport aux juridismes de toutes sortes. Etre asservi à la loi signifie régler toute sa vie uniquement en fonction du travail, du rendement, du succès, de la recherche du prestige et de la puissance. Une telle attitude engendre des exigences excessives, des pressions et des tensions. La liberté à l'égard de la loi consiste donc, par exemple, à ménager des espaces et des temps libres pour les loisirs, les fêtes et les célébrations, pour les relations sociales et le délassement. La libération à l'égard de la mort peut et doit conduire à supprimer autant que possible la crainte de la mort à éveiller le courage et l'espérance. Il s'agit de se mettre au service de la vie, de créer pour elle un espace, de la protéger et d'en prendre soin, en affrontant sans crainte une mentalité largement répandue pour laquelle le respect de la vie n'est plus une valeur suprême, dont le respect s'impose inconditionnellement à tous il faut donc nourrir ceux qui ont faim, prendre en charge l' handicapés et les personnes âgées, et surtout protéger la vie. Il ressort de tout ceci que, si la libération chrétienne ne peut être réduite à la libération politique, elle ne désigne pas davantage un état d'esprit purement intérieur ou une pratique strictement privée. Elle a une dimension politique et inclut nécessairement un engagement pour la justice, la paix, la liberté et la vérité. Le chrétien doit payer de sa personne pour promouvoir une organisation de la vie privée et publique où la grâce, dans l'acception la plus large du terme, ne soit pas un mot vide de sens. Cette exigence ne doit toutefois pas être interprétée de façon romantique. Tous nos efforts ne suffisent pas à construire le Royaume de Dieu; celui-ci reste l'oeuvre de Dieu, même si Dieu veut agir parmi nous et à travers nous. La bonne nouvelle de l'avènement du Règne de Dieu ne fonde donc pas une utopie à réaliser ici-bas, mais suscite une espérance pour l'au-delà. Cependant, cette espérance demande à être concrétisée ici-bas dans des signes. Nous sommes capables, en effet, grâce à la force du Saint-Esprit et à la liberté qu'il nous donne, de donner des signes du Royaume de Dieu qui vient, et de faire apparaître déjà en ce monde la souveraineté de Dieu, au moins sous une forme partielle et comme à l'état d'esquisse. Naturellement, l'amélioration des conditions extérieures de vie n'arrange pas grand-chose, quand ne change pas aussi le coeur des hommes. Mais le plus souvent, le coeur des hommes ne peut guère changer tant que les conditions de vie, du point de vue matériel, paralysent toute espérance et engendrent des attitudes et des actes d'égoïsme et de violence. Il ne faut pas séparer les deux aspects. Dans le salut compris au sens chrétien, il s'agit de tout l'homme et du monde entier. Cette libération totale se produit concrètement lorsque l'homme est arraché à la puissance du péché et appelé à entrer dans la communion des croyants et des rachetés, en devenant membre de l'Eglise. C'est elle qui est le grand signe du salut divin dans le monde. (Cet article est tirée du Catéchisme allemand pour adultes. La foi de l'église, Centurion / Cerf, 1987) |
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