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SERVICE CATéCHéTIQUE EMMAÜS

Esprit 4 : L'homme nouveau

En nous révélant que Dieu est juste, fidèle et plein d'amour, la Bible répond à une question et à un besoin permanents de l'homme. Ce message est aujourd'hui plus actuel que jamais. Ne ressentons- nous pas d'une manière particulièrement pressante que nos propres forces ne suffisent pas à nous libérer de notre condition malheureuse? Tout ce que nous entreprenons reste inscrit dans une situation sans issue apparente, avec pour horizon l'échec de la mort, à laquelle nul n'échappe. Toute tentative en vue de nous libérer nous-mêmes est source de nouveaux conflits et de nouvelles aliénations. Sans espoir de rédemption, nous sommes enfermés dans un cercle vicieux. Et pourtant, les hommes ne peuvent pas renoncer à espérer une justice, une vérité et un amour définitifs. Pour que cette espérance irrépressible devienne réalité, il faut que commence quelque chose d'autre, qui ne peut pas être la suite logique de notre histoire malheureuse. Tout cela implique que le salut ne peut venir que de Dieu.

Ce nouveau départ, Jésus l'annonce en proclamant que le Règne de Dieu a commencé. Dans la bouche de Jésus, cet avènement signifie l'ouverture du temps du salut et de la grâce. Cette bonne nouvelle doit être également le point de départ de notre discours sur le salut et sur la grâce. L'avènement du Règne de Dieu est la manifestation suprême de la fidélité, de la justice, de la bonté, de la miséricorde et de l'amour de Dieu. Il renouvelle l'avenir de l'homme et lui ouvre un nouvel espace vital. Il instaure la justice, dans le sens d'un ordre conforme à la fois au dessein de Dieu et aux aspirations des hommes. L'Ecriture parle également à ce propos de vie, de lumière, de salut, de paix... La grâce du Règne de Dieu nous fait donc entrer dans la communion et l'amitié de Dieu et participer à la vie intime de celui-ci. L'Homme- Dieu, Jésus-Christ, incarne dans sa personne la nouvelle alliance de Dieu, puisqu'on lui, divinité et humanité sont indissolublement liées l'une à l'autre.

Dans sa mort et sa résurrection, la vie nouvelle a été manifestée une fois pour toutes et elle est devenue notre espérance pour toujours. Jésus-Christ est le prototype de ce que réalise la grâce. La sanctification par la grâce consiste pour l'homme à être assumé dans la réalité de Jésus-Christ. Par la grâce, nous devenons fils et filles adoptifs de Dieu, sur le modèle du Fils unique. C'est le Saint-Esprit qui nous permet d'accéder à la condition d'enfant de Dieu. C'est seulement dans l'Esprit que nous pouvons nous adresser à Dieu en lui disant: Abba, Père, et que nous devenons ainsi frères et soeurs. En dernière analyse, la grâce consiste donc dans le fait que, par le Saint- Esprit, l'amour de Dieu est répandu dans nos coeurs (cf. Rm 5,5). Le Saint-Esprit habite en nous (cf. Rm 8,9.11), et nous sommes les temples du Saint-Esprit (cf. l Co 3,16-17; 6,19; Ep 2,22). Dans le Saint-Esprit, nous participons, par Jésus-Christ, à la vie et à l'amour du Dieu trinitaire. Ainsi s'accomplit cette promesse de l'Ancien Testament:

Je conclurai avec eux une alliance de paix; ce sera une alliance perpétuelle avec eux... Je mettrai mon sanctuaire au milieu d'eux pour toujours. Ma demeure sera auprès d'eux; je serai leur Dieu, et eux seront mon peuple (Ez 7,26-27).

Si l'on rassemble ces diverses données, il apparaît que la grâce n'est pas une réalité matérielle. La grâce n'est rien d'autre que Dieu lui-même, qui se communique à nous par Jésus-Christ, dans le Saint-Esprit. La grâce signifie que Dieu nous accepte, nous reconnaît et nous aime sans condition, par Jésus-Christ, dans le Saint-Esprit, et que dans cet amour, nous sommes intimement unis à lui. La grâce est donc la communion et l'amitié personnelles avec Dieu, la participation de l'être humain à la vie de Dieu. Le fait de rencontrer Dieu et d'être accueilli sans condition par son amour infini constitue le suprême et total achèvement de l'homme, son salut.

La présence vivante et créatrice de Dieu et la communion intime avec lui présupposent que l'homme y soit préparé par la grâce divine, et elles ont pour effet la transformation intime de l'homme. L'amour de Dieu est créateur: il remodèle l'homme en le sanctifiant. Ainsi la grâce donne-t-elle à l'homme une nouvelle manière d'être; elle lui donne de renaître à une vie nouvelle, elle opère en quelque sorte une nouvelle création. Saint Augustin dit: Parce que tu m'as aimé, tu me rends digne d'amour. En ce sens, la communion personnelle avec Dieu produit la divinisation de l'homme, qui est sa véritable humanisation. Car c'est dans sa divinisation que l'homme trouve son achèvement suprême. Par suite, nous sommes amenés à distinguer entre la grâce incréée, c'est-à-dire Dieu lui-même qui se communique à l'homme par amour, et la grâce créée, qui sert à préparer l'homme à ce don et qui est pour ainsi dire le rayonnement de l'amour de Dieu dans l'homme. Dans le domaine de la grâce créée, on peut encore distinguer entre la grâce permanente qui s'attache à la personne elle-même (la grâce sanctifiante), et la grâce qui rend possible des actes particuliers de connaissance et de volonté (la grâce actuelle ou auxiliaire, qui nous éclaire et nous fortifie). Il se peut que, de prime abord, ces distinctions paraissent à beaucoup superflues.

Elles signifient au fond que l'unique grâce est une réalité dynamique, qui tend à transformer la vie entière de l'homme. La grâce actuelle sert à préparer l'homme à la grâce sanctifiante, ou bien elle constitue le déploiement de celle-ci dans les actions humaines concrètes. La grâce prend ainsi progressivement possession de l'homme. Ce serait une erreur de penser que la grâce est pour ainsi dire notre possession. Saint Bonaventure, le plus important docteur de l'Eglise au Moyen Age, à côté de saint Thomas d'Aquin, dit que posséder Dieu signifie être possédé par Dieu. La grâce ne nous appartient pas; au contraire, c'est nous qui, par la grâce, appartenons à Dieu. La grâce nous introduit dès maintenant dans le Règne de Dieu et nous met à son service. La vie nouvelle engendrée par la grâce est fondée sur la foi, l'espérance et la charité. Il s'agit là de vertus divines (théologales), parce qu'elles nous sont données par Dieu et qu'elles ont directement Dieu pour objet.

Dans la foi, l'homme reconnaît qu'il reçoit de Dieu sa vie même; Dieu est le soutien et le sens de toute son existence. Cette attitude de confiance n'est possible que comme réponse à la révélation historique de la fidélité et de la fiabilité de Dieu. La foi est donc toujours, dans un même mouvement, confiance personnelle et confession d'une vérité. Seule la conjonction de ces deux attitudes constitue la foi vivante, mue par la charité, à la différence de la foi morte, simple croyance intellectuelle. Une telle foi est une lumière qui donne une orientation, une perspective, une direction, un sens à la vie de l'homme.

Avec les yeux de la foi, on voit davantage et plus profondément qu'avec les yeux du corps et les lumières de la raison naturelle. Sans doute la foi, du fait qu'elle nous introduit dans le mystère de Dieu, est-elle par essence enveloppée de ténèbres. Mais c'est parce que, tant que nous ne sommes pas en mesure de voir Dieu face à face, nos yeux ne peuvent pas percevoir la lumière éblouissante de Dieu sans en être comme aveuglés. Nous pouvons même être assaillis de questions et de doutes. Cependant, la certitude de la foi triomphe de tous les doutes. Elle ne s'appuie pas sur des lumières humaines, mais sur la vérité de Dieu lui-même, qui nous illumine et nous fait découvrir la vérité définitive sur nous- mêmes et sur le monde. C'est pourquoi la foi est un don inappréciable de la grâce.

Dans l'espérance, l'homme s'appuie sur la fidélité de Dieu reconnue dans la foi; il s'oriente tout entier vers le Règne de Dieu qui vient et qui a déjà commencé en Jésus-Christ. Les biens terrestres ne constituent plus pour lui une fin en eux-mêmes. Pour l'amour du Royaume, le chrétien est même prêt à les mépriser et à supporter courageusement et patiemment souffrances et persécutions de toutes sortes. L'espérance chrétienne s'oppose aussi bien au désespoir, c'est-à-dire à l'anticipation de l'échec, qu'à la présomption, c'est-à-dire à cette confiance trompeuse dans nos propres capacités d'action et dans des garanties matérielles, qui nous donne l'illusion, tôt ou tard démentie, d'avoir réussi notre vie, alors qu'en fin de compte, cette réussite ne peut venir que de Dieu. L'espérance préserve surtout de la paresse spirituelle, de l'attachement complaisant aux réalités périssables d'ici-bas, de la langueur et de la tiédeur dans la vie religieuse. Elle libère de l'apathie et de la lassitude provoquées par la vie quotidienne. Contrairement à tous les intérêts purement terrestres, l'espérance oriente vers le Bien suprême qui englobe et surpasse tout, vers Dieu lui-même, en tant qu'achèvement de l'homme et du monde, qui ne se révélera pleinement que dans l'avenir.

La charité est cette amitié et cette communion avec Dieu dans laquelle l'homme aime Dieu par-dessus tout, de tout son coeur et de toute son âme (Me 12,30 et par.), et, dès maintenant, ne fait plus qu'un avec lui. L'amour pour Dieu est un oui entier, sans restriction, à Dieu et à ses commandements (cf. Jn 14,15- 17; 15,9-10; l Jn 1,3-6), un oui tel que seul l'ami peut le dire, parce qu'il connaît et comprend l'être aimé (cf. Jn 15,15). Un tel amour pour Dieu est le critère et l'achèvement de la vie chrétienne; celui qui ne l'a pas, n'est rien du point de vue spirituel (cf. l Co 13). Dans la mesure où l'être humain s'oublie lui-même dans l'amour de Dieu et, par cet abandon aimant, se dépasse lui- même pour aller vers Dieu, il trouve aussi en Dieu son véritable achèvement. Il peut alors, en Dieu et avec Dieu, aimer aussi les biens créés et trouver en eux sa joie. La vertu est l'ordre dans l'amour (Augustin). Puisque Dieu aime absolument tous les hommes, le véritable amour de Dieu est nécessairement lié à l'amour du prochain (cf. Mc 12,30-31 et par.; Jn 13,34; l Jn 2,8-10; l Co 13). L'amour du prochain est même le critère d'authenticité de l'amour de Dieu (cf. l Jn 4,20-21). L'amour de Dieu, lié à l'amour du prochain, donne joie, paix et compassion. Il se traduit aussi dans le zèle et la passion pour Dieu et son Royaume. L'homme nouveau qui vit par la foi, l'espérance et la charité, anticipe de cette manière la pleine communion avec Dieu dans le monde nouveau qui vient.

La grâce du Saint-Esprit et ses effets dans la foi, l'espérance et la charité sont une première participation à la gloire future dans le Royaume de Dieu (cf. 2 Co 1,22; Ep 1,14). Nous sommes en effet rachetés en espérance (cf. Rm 8,24) et nous sommes nés de nouveau à une espérance vivante (cf. l P 1,3). La grâce est la force et la puissance déjà présentes de la gloire à venir. C'est pourquoi la théologie dit que la grâce est le commencement et l'avant-goût de la vie éternelle, l'anticipation de la vision de Dieu face à face (l Co 13,12). Le Cardinal Newman a exprimé cette vérité par une formule célèbre: Dans la grâce, la gloire est en pays étranger; dans la gloire, la grâce est chez elle. Ainsi, de même que toute grâce vient de Dieu, elle ramène aussi vers lui et conduit à son Royaume. Fin de l'article

(Cet article est tirée du Catéchisme allemand pour adultes. La foi de l'église, Centurion / Cerf, 1987)

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