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SERVICE CATéCHéTIQUE EMMAÜS

Esprit 2 : Le Saint-Esprit et la nouvelle Alliance

A la question de la réalité actuelle du salut, la foi de l'Eglise répond en s'appuyant sur la Sainte Ecriture: Nous croyons en l'Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie. Que veut- on dire par là? Comme nous l'avons vu, le Saint-Esprit apparaît dans l'Ecriture comme la puissance créatrice de toute vie. Il vivifie tout, il assure la cohérence de l'ensemble du monde créé et dirige celui- ci vers le salut, eschatologique. C'est d'abord en Jésus-Christ qu'il agit, dans la conception, le baptême, la vie publique, la mort et la résurrection de Jésus-Christ. Par la mort, la résurrection et la glorification de Jésus. L'Esprit a inauguré la création nouvelle.

Celle-ci parviendra un jour à son achèvement dans une transfiguration de toute la réalité. Jésus est le Christ, c'est-à-dire celui qui a reçu l'onction de l'Esprit Saint. D'après l'évangile de Luc, Jésus s'applique à lui-même la promesse du prophète: L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a conféré l'onction (Le 4,18; cf. Ac 10,38; Jn 1,32). Notre rédemption et notre salut consistent en ce que nous participons à la plénitude de l'Esprit, dont Jésus-Christ est comblé. Etre chrétien, c'est être oint en participant à l'onction de l'Esprit de Jésus-Christ.

Cette participation à Jésus-Christ nous est donnée par le Saint-Esprit lui-même. L'Esprit est envoyé pour rendre sans cesse de nouveau présents dans l'histoire Jésus-Christ, sa personne, sa parole et son oeuvre. Toute réalité se trouve de ce fait pénétrée par le Saint-Esprit, qui est l'Esprit de Jésus-Christ. Paul peut donc dire : Car le Seigneur est l'Esprit, et là où est l'Esprit du Seigneur, là est la liberté (2 Co 3,17). Autrement dit, l'Esprit est la présence agissante du Seigneur glorifié dans l'Eglise et dans le monde. Mais il n'est pas seulement le don de la vie nouvelle en Jésus-Christ: il est aussi l'auteur de ce don, une Personne divine distincte du Père et du Fils. Là où il agit, commence dès maintenant le royaume eschatologique de la liberté. Le don du Saint-Esprit, reçu dans la foi, est la réalité de la Nouvelle Alliance (Thomas d'Aquin). Tout ceci se trouve exprimé dans le récit de Luc sur l'effusion du Saint-Esprit le jour de la Pentecôte (cf. Ac 2,1-13).

Pour les Juifs, la Pentecôte était à l'origine une fête de la moisson; à la fin de l'époque vétéro-testamentaire, elle devint le jour où l'on commémorait la conclusion de l'alliance au Sinaï. C'est à cette tradition que se rattache saint Luc. Dans le récit de l'effusion du Saint-Esprit, il veut montrer que le temps du salut a commencé pour de bon, que la promesse des prophètes (cf. Jl 3,1-3), reprise par Jésus (cf. Ac 1,8), est accomplie. Il se sert pour cela d'images bibliques, déjà employées dans l'Ancien Testament pour décrire les théophanies, en particulier au Sinaï. Le bruit de la tempête suggère la force du Saint-Esprit, qui est le souffle tumultueux de la vie nouvelle. Les langues de feu qui se posent sur chacune des personnes rassemblées, signifient que les disciples reçoivent l'autorité et le courage nécessaires pour rendre témoignage. Le discours que chacun des auditeurs comprend dans sa langue, et la liste des peuples indiquent que la mission universelle dont sont chargés les disciples, met fin à la confusion des langues qui régnait depuis Babel: l'humanité divisée se trouve à nouveau réunie. Par le ministère des apôtres, tous les peuples doivent être rassemblés en un seul peuple de Dieu. A la Pentecôte s'accomplit la promesse selon laquelle l'Esprit de Dieu sera répandu à la fin des temps sur toute chair, grands et petits, jeunes et vieux, Juifs et païens (cf. Jl 3,1-2; Ac 2,17-18; 10,44-48).

Dans le Nouveau Testament, la réalité et l'action de l'Esprit sont décrites de multiples manières. D'après les Actes des apôtres, l'Esprit agit surtout en envoyant les chrétiens en mission. C'est lui qui ouvre sans cesse à l'Eglise de nouveaux champs d'action et lui assigne de nouvelles tâches. Il opère des miracles étonnants et accorde des charismes extraordinaires, comme la glossolalie (parler en langues) et la prophétie. Luc insiste sur la liberté et le dynamisme de l'Esprit, mais il tient aussi à montrer qu'il existe une continuité dans l'action de l'Esprit; celle- ci se manifeste surtout par la communion fraternelle des communautés d'origine païenne avec la communauté primitive de Jérusalem. Paul connaît, lui aussi, les dons extraordinaires de l'Esprit. Cependant, il ne met pas l'accent sur les phénomènes hors du commun, mais sur la vie chrétienne de tous les jours. L'Esprit n'est pas tant la force qui permet d'accomplir des actions extraordinaires, que celle qui permet d'accomplir d'une façon extra- ordinaire les actions ordinaires. Il se manifeste avant tout dans la confession que Jésus-Christ est Seigneur (cf. l Co 12,3) et dans les services qui contribuent à l'édification de la communauté (cf. l Co 12-14).

Paul voit aussi dans l'Esprit la force qui anime la vie des chrétiens. Ceux-ci ne doivent pas se laisser conduire par la chair, mais par l'Esprit (cf. Ga 5,16-17; Rm 8,12-13), et ils doivent produire les fruits de l'Esprit: Amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, douceur, maîtrise de soi (Ga 5,22-23). L'Esprit rend donc l'homme disponible à la fois pour Dieu, - ce qui se manifeste surtout dans la prière (cf. Ga 4,6; Rm 8,15-16.26-27), - et pour le prochain. Le service désintéressé de l'amour apparaît ici comme l'essence même de la liberté chrétienne (cf. Ga 5,13). La création commence dès cet instant à se libérer de sa fragilité et de son esclavage, ainsi qu'elle l'attend et l'espère impatiemment. L'Esprit est le don premier qui fonde l'espérance chrétienne sur une réalité incontestable (cf. Rm 8,18-27). Ces témoignages multiples de la Sainte Ecriture sur la nature et l'action du Saint-Esprit peuvent se résumer en trois point.

l. Le Saint-Esprit, qui est le don et l'amour de Dieu en personne, nous apprend la vérité sur la création. La grâce, au sens large, est déjà à l'oeuvre dans celle-ci. Dès lors, pour le croyant, rien n'est tout simplement l'effet de la nature: tout est don et bienfait de Dieu. Même dans les objets et les événements quotidiens les plus insignifiants, il peut être comblé de joie et de gratitude en découvrant les traces de l'amour de Dieu et de son Esprit. Puisque l'Esprit oriente toute chose vers son achèvement définitif, sa présence et son action transparaissent là où une vie nouvelle s'éveille, là où la réalité tend à se dépasser, et surtout dans l'effort historique des hommes et des peuples vers la vie, la justice, la liberté et la paix. Nous pouvons, en particulier, reconnaître la trace de l'Esprit là où des hommes s'évadent de la prison de leur égoïsme, se retrouvent les uns les autres dans l'amour, se par- donnent mutuellement, se font du bien et s'entraident, sans exiger ni même attendre de contrepartie. Ce n'est pas dans l'égoïsme qui se replie sur lui-même, mais dans le don, la libéralité et le partage que l'homme se trouve lui-même et parvient à son accomplissement. Là où l'amour est présent et agissant, l'achèvement définitif et la transfiguration du monde commence dès maintenant.

2. L'être humain ne trouve son plein accomplissement que lorsqu'il est reçu et accepté comme personne d'une manière définitive et inconditionnée. Dieu seul est capable d'un amour aussi absolu, et il l'offre en se donnant lui-même à l'homme, en accueillant celui-ci dans sa communion et son amitié, et en le faisant participer ainsi dans le Saint-Esprit à sa vie divine. Un tel amour fait de nous des créatures nouvelles (cf. 2 Co 5,17; Ga 6,15), et nous devons parler à son propos de grâce au sens propre du terme. La grâce est l'amitié et la communion avec Dieu. Elle consiste en ceci que, par le Saint-Esprit, l'amour de Dieu est répandu dans nos coeurs (cf. Rm 5,5; DS 1530; 1561; FC 565; 593). La Sainte Ecriture parle même de l'habitation du Saint-Esprit en nous (cf. l Co 3,16; 6,19; 2 Co 6,16), c'est-à-dire de sa présence vivante dans les croyants. Par l'habitation du Saint-Esprit, le Père et le Fils sont eux aussi présents en nous (cf. Jn 14,23). Avoir la grâce, c'est donc être inséré dans la vie et dans l'amour du Dieu trinitaire, c'est participer à cette vie et à cet amour.

Dieu nous témoigne son amitié de différentes manières. Elle se révèle d'abord dans l'homme considéré individuellement. Le Saint- Esprit le guérit et le sanctifie en l'unissant à Dieu. L'homme retrouve alors son équilibre, son unité et son intégrité. Les fruits de l'Esprit se manifestent aussi dans les relations avec autrui: cordialité, serviabilité, esprit de conciliation, désintéressement, mais aussi engagement pour la justice, sans laquelle la charité serait creuse et vide. L'Esprit procure en outre amitié et communion avec Jésus-Christ. Dans l'Esprit et en Jésus-Christ sont pour Paul des expressions interchangeables. Cette communion avec Jésus-Christ se réalise concrètement dans la lecture et la méditation de la Sainte Ecriture, dans l'effort que nous faisons pour imiter Jésus, conformément au sermon sur la montagne, dans la rencontre sacramentelle avec le Christ, dans les services rendus à nos frères et soeurs qui ont besoin de notre aide, à quelque titre que ce soit; c'est Jésus-Christ lui-même qui attend notre aide, en la personne de ceux-ci (cf. Mt 25,34-45). Enfin, l'Esprit procure la joie de l'union avec Dieu dans la liturgie et la prière. C'est surtout dans la prière que le Saint-Esprit nous donne d'éprouver que nous sommes enfants de Dieu, car seul l'Esprit Saint nous permet de crier: Abba, Père. Cet Esprit lui-même atteste à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu (Rm 8,15-16). Parce que la communion avec Dieu est l'accomplissement total de l'homme, celui qui s'ouvre à l'action de l'Esprit trouve la paix du coeur, la consolation et la joie.

3. Tous ces effets de l'action du Saint-Esprit sont seulement une première participation à la gloire future (cf. 2 Co 1,22; Ep 1,14). 411-415 Ils ne sont que le commencement et l'anticipation de l'achèvement définitif. L'Esprit est donc la puissance de l'espérance et la force d'une vie animée par l'espérance. Pour cette raison, l'expérience du Saint-Esprit comporte aussi la souffrance provoquée par le fait que le monde soit encore inachevé. Cette souffrance naît de la puissance qu'exerce le mal sous ses multiples formes, de l'expérience de l'injustice, du rejet et de la persécution; celle-ci peut aller jusqu'au martyre et constitue aujourd'hui encore, en bien des endroits du monde, une réalité concrète pour de nombreux chrétiens. Dans de telles situations, qui, d'une manière ou d'une autre, font partie de toute vie chrétienne, l'Esprit nous vient en aide, car il est la force qui permet de résister au mal; il nous donne le courage et la générosité de nous engager, malgré tous les obstacles, pour le Christ et pour son Royaume. Par-dessus tout, l'Esprit Saint est notre réconfort dans l'épreuve de la souffrance et de la mort. Ce n'est pas par hasard qu'au Moyen Age, beaucoup d'hôpitaux ont été placés sous sa protection. Le cantique Viens, Esprit Saint résume tout cela en donnant au Saint-Esprit le titre de Consolateur souverain. Cette action salvifique du Saint-Esprit est célébrée dans bien d'autres hymnes. Une prière de saint Augustin est particulièrement significative:

Respire en moi, Saint-Esprit,
afin que je pense ce qui est saint.
Agis en moi, Saint-Esprit,
afin que je fasse ce qui est saint.
Attire-moi, Saint-Esprit,
afin que j'aime ce qui est saint.
Affermis-moi, Saint-Esprit,
afin que je garde ce qui est saint.
Garde-moi, Saint-Esprit,
afin que je ne perde jamais ce qui est saint.

En résumé, nous pouvons dire que l'Esprit Saint nous révèle notre origine en Dieu et en sa grâce, et qu'il nous fait espérer en Dieu et en son Royaume. Il agit aussi dans notre vie présente en guérissant et en sanctifiant, en réconciliant et en réconfortant. Fin de l'article

(Cet article est tirée du Catéchisme allemand pour adultes. La foi de l'église, Centurion / Cerf, 1987)

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