Dominicains du Canada
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SERVICE CATéCHéTIQUE EMMAÜSCroix 1 : La mort de Jésus en croixDepuis l'époque du Nouveau Testament, la croix est considérée comme le signe du salut. Au moment de notre baptême, nous sommes marqués du signe de la croix; c'est par le signe de la croix que nous recevons en toute circonstance la bénédiction de Dieu; c'est par ce signe que nous nous signons nous-mêmes. La croix est le symbole chrétien par excellence, que nous affichons en public et en privé. Sur la croix s'achève en effet l'abaissement de Dieu, qui a commencé avec l'incarnation de Jésus-Christ dans le sein de Marie et avec sa naissance dans une crèche. C'est pourquoi, pour Paul, la croix est la synthèse du message chrétien du salut. Paul ne veut rien savoir que Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié (l Co 2,2). Au-delà de toutes ces affirmations, nous ne devons cependant pas oublier le scandale de la croix. Le signe de salut qu'est la croix est en même temps un signe de contradiction, qui soulève de nombreuses questions. Nous sommes affrontés à de pareilles questions quand la croix nous atteint personnellement: dans la maladie grave, la souffrance incurable, les grandes déceptions, les échecs et les coups du sort, dans le malheur, les catastrophes de toutes sortes et la rencontre avec la mort. La croix de Jésus, au sens propre, constitue, elle aussi, un grave problème. Pourquoi Dieu a-t-il choisi justement ce moyen-là pour nous sauver? Pourquoi a-t-il livré à la mort cruelle de la croix le plus innocent de tous les hommes, son propre Fils? Dieu est-il si vindicatif et si cruel qu'il ait besoin d'une victime expiatoire, d'un bouc émissaire? La croix nous renvoie donc à la question de Dieu. Mais ce n'est pas tout. Beaucoup ont peine à concevoir comment Ja passion et la mort de Jésus peuvent nous sauver de notre souffrance, de notre mort, de nos fautes. Que signifie donc exactement l'affirmation que, par la croix du Christ, nous sommes rachetés? Demandons-nous d'abord comment, du point de vue historique, on a pu arriver à exécuter un homme qui ne proclamait rien d'autre que l'amour de Dieu et exhortait à l'amour entre les hommes, qui guérissait les malades, rendait courage aux pauvres et aux désespérés, condamnait la révolte et la violence? Dans les rapports de force entre les groupes sociaux et les courants politiques de l'époque, on voit bien les raisons qui expliquent l'élimination d'un personnage trop populaire pour n'être pas gênant et d'un prédicateur jugé subversif. Jean-Baptiste avait déjà partagé le destin tragique de beaucoup d'hommes de Dieu et de nombreux prophètes en Israël. Jésus, par sa sollicitude envers les opprimés, par sa critique de la pratique pharisaïque de la loi et de l'administration officielle du temple, par sa parole tranchante et son comportement parfois provocant, est apparu comme un homme dangereux aux dirigeants de son peuple. Même la masse de ceux qui affluaient vers lui, le tenant pour un guérisseur doué de pouvoirs extraordinaires, et qui écoutaient avidement ses sermons, ne sont pas arrivés à une foi claire et ferme. Le déroulement et l'arrière-fond du procès de Jésus devant le Sanhédrin ne sont pas entièrement clairs pour l'historien. Manifestement, l'un des membres du groupe restreint des disciples de Jésus, Judas Iscariote, l'a trahi et livré aux grands prêtres contre de l'argent. Les cercles politiquement influents de l'aristocratie sacerdotale ont probablement envoyé ensuite Jésus devant le tribunal du gouverneur romain Ponce Pilate, particulièrement haï des Juifs en raison de son intransigeance. Le motif de la condamnation est clairement indiqué par l'inscription fixée sur la croix, au témoignage de tous les évangélistes (Me 15,26 et par.): Le roi des Juifs. Tandis que Jésus fut condamné par le Sanhédrin pour des raisons religieuses. Ponce Pilate le fit périr sur la croix comme un révolutionnaire. Cette complicité montre bien qu'on ne peut pas affirmer sans plus que Jésus est mort par la faute des Juifs. En aucun cas, le peuple juif dans son entier ne peut être rendu responsable de la crucifixion de Jésus, et les autorités juives d’alors ne son pas seules non plus à en porter la responsabilité. Les autorités juives et romaines ont ensemble causé la perte de Jésus. Jésus lui-même avait sans doute prévu sa mort violente, d'autant plus qu'il avait devant les yeux le destin de Jean-Baptiste et qu'il percevait l'hostilité croissante des milieux dirigeants à son égard. D'après les évangiles, il a annoncé sa mort et, dans les trois annonces de sa passion, il l'a interprétée comme un sacrifice voulu par Dieu pour le salut des hommes (cf. Mc. 8,31; 9,31; 10,33-34); il faut noter, toutefois, que l'interprétation de l'Eglise primitive s'est déjà introduite dans ces annonces de la Passion. Dans d'autres paroles et discours de Jésus (cf. Mc 10,38-39; 12,1-8; Lc 12,50; 13,32-33), on relève toutes sortes d'allusions qui indiquent que Jésus avait le pressentiment de sa mort. Dans le contexte du dernier repas avec les disciples, les évangiles nous rapportent une parole de Jésus dont il ressort qu'il entrevoit sa mort prochaine, mais qu'il ne doute pas, pour autant, de l'avènement du Règne de Dieu: En vérité, je vous le déclare, jamais plus je ne boirai du fruit de la vigne jusqu'au jour où je le boirai, nouveau, dans le Royaume de Dieu (Me 14,25; cf. Le 22,16.18). Cette parole montre que Jésus, si ébranlé qu'il fût par cette perspective, a accepté sa mort non comme une fatalité aveugle et absurde, mais comme la volonté de son Père: Abba, Père... Pourtant, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux (Mc 14,36). Tandis que Jésus marchait vers sa passion et sa mort, les pensées secrètes de Dieu ne lui apparaissaient pas encore clairement; cela aussi fait partie de son abaissement volontaire; il a pourtant, jusque dans cette obscurité, accepté la volonté du Père. Tout Fils qu'il était, il apprit par ses souffrances l'obéissance, et, conduit jusqu'à son propre accomplissement, il devint, pour tous ceux qui lui obéissent, cause de salut éternel (He 5,8-9). Tout ce qui est indigne de l'homme, Jésus l'a subi sur le chemin de la croix: arrestation injustifiée, trahison dans le cercle de ses intimes, fuite de ses amis les plus proches, interrogatoires inhumains et tortures cruelles, accusations mensongères, faux serments, marchandage politique sur le dos d'un innocent sans défense, insultes, condamnation comme malfaiteur et criminel, verdict de mort, effondrement physique au pied de la croix, blasphèmes, intérêt malsain pour le sensationnel, expérience de l'abandon de Dieu. Elle a tout son poids, la parole de Pilate:Ecce homo!, Voici l'homme! (Jn 19,5). Voyez tout ce dont les hommes sont capables, et tout ce que des hommes peuvent et doivent souffrir par le fait d'autres hommes! (Cet article est tirée du Catéchisme allemand pour adultes. La foi de l'église, Centurion / Cerf, 1987) |
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