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SERVICE CATéCHéTIQUE EMMAÜS

Croire 9 : Dieu maintient et porte le monde

Nous imaginons généralement la création comme un événement situé dans un passé infiniment lointain, dans le genre du big bang dont parlent beaucoup de physiciens. Après cet événement initial, les choses auraient évolué durant environ douze milliards d'années pour aboutir à cet ordre impressionnant que nous observons aujourd'hui. On se représente souvent Dieu comme une sorte de grand horloger, qui aurait construit le monde il y a très longtemps, et le laisserait maintenant fonctionner en toute indépendance selon les lois qu'il lui a données (déisme). Cette image de Dieu n'est pas celle de la Bible. La foi ne nous dit pas seulement que Dieu a créé le monde une fois pour toutes, mais aussi qu'il ne cesse pas d'assurer l'existence du monde.

Tous comptent sur toi.
pour leur donner en temps voulu la nourriture ...
Tu caches ta face, ils sont épouvantés;
tu leur reprends le souffle, ils expirent
et retournent à leur poussière.
Tu envoies ton souffle, ils sont créés,
et tu renouvelles la surface du sol (PS 104,27.29-30).
Et comment un être quelconque aurait-il subsisté si toi,
tu ne l'avais voulu? Aurait-il été conservé sans avoir été
appelé par toi? (Sg 11,25).

La création n'est donc pas seulement un événement qui se situe dans la nuit des temps; c'est aussi un événement toujours actuel. L'acte créateur se renouvelle à chaque instant pour maintenir l'existence du monde; il porte, pénètre et enveloppe tout. Sans cette action permanente de Dieu, tout retomberait dans le néant. Nous ne pouvons pas respirer sans que Dieu nous porte, nous veuille et nous confirme dans l'existence. N'est-ce pas, là aussi, une idée réconfortante? La foi en la présence constamment agissante du créateur dans sa création nous préserve du sentiment toujours menaçant du vide, du caractère superficiel et vain du monde et fait de celui-ci un mystère rempli de Dieu et en relation intime avec lui.

La permanence du monde et de son ordre a également une signification existentielle en ceci que le cosmos est sans cesse menacé par le chaos. L'histoire du déluge nous parle de ce danger constant. Mais, à la fin, elle annonce aussi que l'ordre du monde subsistera: Tant que la terre durera, semailles et moissons, froid et chaleur, été et hiver, jour et nuit jamais ne cesseront (Gn 8,22). Le véritable ennemi de la vie est la mort. L'acte créateur se poursuit encore lorsque Dieu ne laisse pas l'homme mort retomber dans le néant, mais le porte, le conserve et l'éveille à une vie nouvelle. Le Dieu qui appelle à l'existence ce qui n'existe pas est en même temps le Dieu qui fait vivre les morts (Rm 4,17). Ceci a eu lieu une fois pour toutes dans la mort et la résurrection de Jésus-Christ. C'est en vue de celles-ci et à partir d'elles que le monde continue d'exister. En ce sens aussi, tout a en Jésus-Christ sa cohérence (cf. Col 1,17).

La providence cachée de Dieu

La foi en la création ne prend toute sa dimension et tout son sens que dans la foi en la providence divine. Cette foi se trouve inévitablement confrontée aux graves difficultés de l'existence. Nous nous trouvons constamment dans des situations où nous nous demandons: pourquoi dois-je souffrir? Pourquoi justement moi? Les hommes ont souvent parlé, et certains parlent encore d'un destin aveugle, favorable ou hostile selon le cas. Ils ont souvent pensé, et certains pensent encore que ce destin est inscrit dans les astres et peut être connu par l'astrologie. Dans le langage de tous les jours, nous parlons d'un veinard, qui gagne toujours le gros lot, qui met dans le mille les yeux fermés, qui est né sous une bonne étoile, ou d'un malchanceux, constamment poursuivi par la poisse. Consciemment ou inconsciemment, nous conservons aujourd'hui encore bien des restes de superstition: talismans, peur des chiffres censés porter malheur, croyance en de bons et de mauvais présages, etc.

La Bible part aussi de l'idée que la vie et la réalité dans leur ensemble ont un ordre, dont la puissance agit sur l'homme. Mais, pour la Bible, cette puissance n'est pas un destin anonyme; elle consiste dans l'attention personnelle que Dieu continue de porter à son œuvre. L'Ancien Testament nous parle de cette attention à propos de certaines figures bibliques : Joseph en Egypte, Moïse sauvé des eaux, Tobie, à qui Dieu donne un ange pour l'accompagner dans son voyage. Un psaume bien connu évoque admirablement cette sollicitude:

Le Seigneur est mon berger,
je ne manque de rien ...
il me ranime;
il me conduit par les bons sentiers,
pour l'honneur de son Nom.
Même si je marche dans un ravin d'ombre et de mort,
je ne crains aucun mal, car tu es avec moi;
ton bâton et ta canne, voilà qui me rassure (PS 23,1.3-4).

Il en va de même dans le psaume 91 : Celui qui habite là où se cache le Très-Haut... Le Livre de la Sagesse montre que la providence divine s'étend à tous les êtres: II a créé le petit comme le grand, et sa providence est la même pour tous (Sg 6,7). Jésus témoigne constamment que dans sa vie, son action et sa mort, il s'en remet totalement à la volonté de Dieu. Il peut dès lors nous inviter, nous aussi, à faire preuve vis-à-vis de Dieu d'une confiance d'enfant:

Ne vous inquiétez pas pour votre vie ...
Regardez les oiseaux du ciel: ils ne sèment ni ne moissonnent,
ils n'amassent point dans des greniers;
et votre Père céleste les nourrit.
Ne valez-vous pas beaucoup plus qu'eux? ...
Ne vous inquiétez donc pas ...
Tout cela, les païens le recherchent sans répit.
Il sait bien, votre Père céleste,
que vous avez besoin de toutes ces choses (Mt 6,25-26.31-
32; cf. 10,26-31).

Le Nouveau Testament résume ainsi le message de Jésus: Déchargez-vous sur lui de tous vos soucis, car il prend soin de vous (l P 5,7). Tout cela n'est pas vision idyllique d'hommes pieux, mais étrangers au monde. La foi en la providence dont témoignent l'Ancien et le Nouveau Testament s'inscrit dans le contexte global du mystère du salut. Dieu conduit l'humanité, étape par étape (alliances avec Noé, avec Abraham, avec Moïse, avec David), jusqu'à la Nouvelle Alliance en Jésus-Christ et à son achèvement à la fin des temps. Par son Esprit, il conduit également l'Eglise pour préparer en elle et par elle son Royaume qui englobera toutes choses. La providence insère l'individu dans ce mystère du salut. La clé de la foi de Jésus en la providence se trouve dans son commandement: Cherchez d'abord le Royaume et la justice de Dieu, et tout cela (toutes les choses dont les païens sont en quête) vous sera donné par surcroît (Mt 6,33). Cette parole n'est pas l'expression d'un optimisme naïf. Elle veut plutôt dire: fais de Dieu et du souci de son Royaume l'essentiel de ta vie, et alors le monde changera autour de toi.

Croire en la providence, c'est donc affirmer que le monde créé tout entier et le mystère du salut dans tout son déroulement sont orientés vers l'homme individuel, et même que le sens de la création et de l'histoire se joue en chaque homme individuellement. La providence ne doit donc pas être comprise comme un plan qui passerait par-dessus la tête des hommes. Elle présuppose que Dieu accompagne l'homme qui met sa confiance en lui. Dans la mesure où un homme fait sienne la volonté de Dieu et change sa vie, son destin aussi change. L'homme qui vit en harmonie avec Dieu, vit aussi en harmonie avec le monde. Les choses et les événements ne lui apparaissent plus alors comme étrangers et hostiles, mais comme l'expression de la bienveillance divine. Pour le croyant. Dieu est dès maintenant tout en tous. Même s'il est incapable de rien changer aux circonstances extérieures, elles deviennent pourtant autres, parce qu'il sait que rien ne peut le séparer de l'amour du Christ (cf. Rm 8,35) et que les souffrances du temps présent sont sans proportion avec la gloire qui doit être révélée en nous (Rm 8,18).

Le rapport interne entre la providence universelle et la liberté de l'homme apparaît très clairement dans la prière de demande. Le simple fait de pouvoir demander montre déjà que l'homme a accès auprès de Dieu et se sait accueilli par lui; Dieu entend l'homme et l'écoute. En se faisant demandeur, l'homme ne s'abaisse pas au rang d'un esclave. Au contraire, la prière de demande fait partie, de toute éternité, de la providence de Dieu. Celle-ci n'exclut pas l'initiative de l'homme, mais la suscite et l'utilise. Par conséquent, si l'homme expose sa situation à Dieu dans la prière de demande, il peut être certain par avance d'être exaucé. Jésus lui-même nous le dit:

Tout ce que vous demandez en priant, croyez que vous l'avez reçu et cela vous sera accordé (Me 11,24; cf. Mt 7,7; 21,22; Le 11,9).

Beaucoup demanderont avec étonnement: si Dieu exauce en principe toute prière, qu'en est-il alors des prières qui - apparemment ou réellement - ne sont pas exaucées, et des cas où Dieu se tait, bien que nous l'ayons littéralement assailli de prières? La réponse n'est pas évidente. Mais à la lumière des affirmations très claires de Jésus, nous devons répondre que Dieu exauce toute prière d'une manière qui dépasse tous nos espoirs. Par conséquent, si une prière n'est pas exaucée comme nous le désirons, c'est parce que nous ne désirons pas ce qui est véritablement bon pour nous. Saint Augustin le dit à sa manière : Dieu est bon, même si, bien souvent, il ne nous donne pas ce que nous voulons, parce qu'il veut nous donner ce que nous devrions préférer. Sainte Thérèse de Lisieux, de son côté, dit à Dieu: Si vous ne le faites pas, je vous aimerai encore plus (Derniers entretiens). Quand Dieu réoriente nos désirs, approfondit notre foi, notre espérance et notre amour, il nous réconcilie dans la prière avec notre situation et nous donne une paix qui dépasse tout ce qu'on peut imaginer (cf. Ph 4,7).

Tout cela montre que la providence de Dieu reste finalement le secret d'un Dieu qui se révèle toujours plus grand que l'idée que nous nous faisons de lui, le mystère d'un amour qui va toujours au-delà de notre attente. La foi en la providence ne résout pas de façon simple l'énigme de l'existence et ne rend pas tout facile à comprendre. Elle ne nous dévoile pas toutes les pensées de Dieu; elle ne nous explique pas tous les détails de son action dans le monde. Elle ne nous rend pas non plus transparente l'histoire de notre propre vie, si bien que nous verrions tout à fait clair dans notre situation, et que les obscurités et les épreuves nous seraient épargnées. Dieu, en tant que maître de l'histoire, demeure un Dieu caché (cf. ls 45,15).

0 profondeur de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu! Que ses jugements sont insondables et ses voies impénétrables! Qui en effet a connu la pensée du Seigneur? Ou bien qui a été son conseiller? (Rm 11,33- 34).

Néanmoins, ce qui, dans la croyance au destin, restait purement et simplement incompréhensible, devient maintenant un mystère certes non résolu, mais qui inspire confiance. Alors que la croyance au destin ne découvre au cœur des événements qu'indifférence et vide, la foi en la providence y reconnaît la marque de l'amour du Père. Même si nous ne pouvons jamais comprendre pleinement comment Dieu agit, et quelles voies il emprunte pour arriver à ses fins, nous pouvons toujours discerner par la foi des signes de son action et de sa bienveillance à notre égard. La foi peut de cette façon s'affermir dans la conviction que tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu (Rm 8,28). Fin de l'article

(Cet article est tirée du Catéchisme allemand pour adultes. La foi de l'église, Centurion / Cerf, 1987)

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«Et, commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les écritures ce qui le concernait.»


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