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SERVICE CATéCHéTIQUE EMMAÜS

Croire 5 : Dieu le Père

« Oui, foncièrement vains tous les hommes qui ont ignoré Dieu et qui, par les biens visibles, n’ont pas été capables de connaître Celui-qui-est et n’ont pas reconnu l’Artisan en considérant ses oeuvres. Mais c’est le feu, le vent, l’air subtil, la voûte étoilée, l’onde impétueuse ou les flambeaux du ciel qu’ils ont regardés comme des dieux, maîtres du monde,,, Ceux-ci toutefois ne méritent qu’un blâme léger ; peut-être en effet ne s’égarent-ils qu’en cherchant Dieu et en voulant le trouver, vivant parmi ses oeuvres, ils s’efforcent de les pénétrer, et se laissent prendre aux apparences tant ce qu’ils voient est beau ! Pourtant ils sont inexcusables : s’ils ont été capables d’acquérir assez de science pour pouvoir scruter l’univers, comment n’en ont-ils plus tôt découvert le Maître!» ( Sag. 13)

Si l’univers constitue pour le «chercheur de Dieu» le plus merveilleux «Catéchisme en images», l’histoire et l’expérience spirituelle peuvent devenir des pistes de références pour trouver un Dieu qui est Père.

La révélation de Dieu Père.

Que Dieu soit Père, le peuple élu l’avait perçu de façon progressive. Nous lisons au Livre de l’Exode (4.22), alors que montaient les tensions entre Pharaon et les Fils de Jacob immigrés en Egypte à cause de la famine, que Dieu chargea Moïse d’aller dire au Pharaon :«Ainsi parle le Seigneur. « Mon fils premier-né c’est Israël» . Et devant le refus de Pharaon, Dieu répliqua par la voix de Moise une fois encore : «Mon fils premier-né, c’est Israël. Je t’avais donné cet ordre : Laisse aller mon fils, qu’il me rende un culte. Puisque tu refuses de le laisser partir, eh bien ! moi, je vais faire périr ton fils premier-né» (4:22-23) . Cette reconnaissance filiale de la part de Dieu ne cesse de croître dans l’esprit du peuple de Dieu ; et à mesure que la religion devint plus personnel, les Psaumes, le Livre de la Sagesse et autres montrèrent davantage la tendresse paternelle de Dieu sur l’homme juste. Jérémie a des propos bouleversants sur le sujet : «Ephraïm est-il donc pour moi un fils si cher, un enfant tellement préféré, pour qu’après chacune de mes menaces je doive toujours penser à lui, et que mes entrailles s’émeuvent pour lui, que pour lui déborde ma tendresse ?» (Jér.31). Il ne s’agissait alors que d’un peuple en particulier, Israël ; le Christ va élargir l’adoption à toutes les nations, aux hommes de tous les temps. «Je leur ai révélé ton nom», dira-t-il dans sa Prière sacerdotale (Jn.17.26) «Révélé», oui! car seul le Fils détenait un tel secret.

Le petit nom de Dieu

Cette paternité divine, d’un Dieu qui se fait si près de nous, sera longuement affirmée par l’apôtre Paul : « Quand vint la plénitude des temps, Dieu envoya son fils né d’une femme, né sujet de la Loi, afin de racheter les sujets de la loi, afin de nous conférer l’adoption filiale» (Ga.4:4). Et d’un élan venu du fond de son être, Paul en donne la preuve . La preuve ! Il ne s’agit nullement d’une démonstration historique ou rationnelle, mais d’une expérience personnelle qui s’impose avec la rigueur d’un fait, comme on dirait : la preuve qu’il pleut, c’est que vous êtes trempés, la preuve que je vous aime, c’est que je suis là. «La preuve que vous êtes des fils, écrivait l’apôtre aux Galates (4.6), c’est que Dieu a envoyé dans nos coeurs l’Esprit de son Fils qui crie : «Abba, Père». Aussi n’es-tu plus esclave, mais fils ». L’expression «Abba Père», nous le recueillerons sur les lèvres de Jésus au moment le plus tragique de son agonie, alors qu’inondé d’une sueur de sang, au jardin des Oliviers, il demande à son Père : «Abba (Père), tout t’est possible : éloigne de moi cette coupe ; cependant, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux» (Mc. 14;36).

Le mot «Abba» appartient au parler araméen, langue maternelle de Jésus ; l’employer comme nom divin était donc d’ une nouveauté incroyable, d’une audace inouïe. Dieu était couramment appelé Père dans l’Ancien Testament, parfois même en des termes d’une brûlante affection. (Dt.32.6; Is. 63.16) : «Comme est la tendresse d’un père pour ses fils, tendre est Yahvé pour ceux qui le craignent »(Ps. (89. 27), et la relation intime décrite par Osée entre père et fils-nourrisson (Os. 11:1-6) : «Quand Israël était enfant, je l’aimai, de l’Egypte j’appelai mon fils... Je lui apprenais à marcher, je le prenais dans mes bras... Je le menais avec de doux liens, des liens d’amour, j’étais pour eux comme celui qui élève un nourrisson tout contre sa joue, je me penchais sur lui et lui donnais à manger»...

Cependant jamais le terme «Abba» n’avait été utilisé pour désigner celui qu’on appellera Elohim pour nommer Dieu - Yahvé tellement on le craignait et le respectait.. Or voici qu’un jour, ce qu’aucun homme n’avait jamais osé, ce qui ne pouvait même pas effleurer les lèvres des prophètes les plus hardis et des mystiques qui ne reculent devant aucune des libertés que donne l’amour, Jésus a franchi ce pas. Il a dit «Abba» et appris lui-même à ses disciples à prier le Père en ces mots dont l’intimité, la familiarité ne pouvait manquer de choquer quelques fidèles. Terme affectueux, langage d’enfants, «Abba» signifie que celui que l’on adore en tremblant est devenu le plus intime qui soit à notre amour. Ce petit nom de Dieu, pourrait-on dire, ne doit pas être entendu comme un formulaire de prière à répétition, mais plutôt comme l’expression naturelle du coeur qui a fait cette expérience unique de foi et d’amour dont parle saint Paul : «L’Esprit qui dans nos coeurs, l’Esprit de son Fils, qui crie : «Abba, Père». (Ga. 4.6)

Un jour , raconte l’évangéliste Luc (11;1) Jésus priait. Quand il eut fini, ses disciples s’approchèrent de lui : «Seigneur, demandèrent-ils, apprends-nous à prier». Lorsque dans une chapelle, une église, un lieu de pèlerinage nous voyons quelqu’un dans un profond recueillement, nous sommes tout remués, un monde inconnu se découvre à nous, cet orant dont nous pouvons admirer et scruter le visage et le regard, nous introduit en présence de quelqu’un de vivant. Alors, nous sommes tentés à notre tour de percer son secret . Jésus dit alors aux siens: «Quand vous prierez, dites :«Notre Père»... «Abba»...

Un Chinois tressaillit de joie le jour où dans la langue de Ning-Po, il découvrit que le terme Père était si proche de l’araméen de Jésus : «Après tout, il n’y a pas si grande différence entre «Appa» et «Abba» Tous, nous pouvons redire, crier ce petit nom à Dieu : «Abba» .

Liberté d’enfant de Dieu

«Le verbe (la Parole, le Fils) est venu chez lui et les siens ne l’ont pas reçu. Mais à tous ceux qui l’ont reçu il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu» Jn. 1:11-12)

Jésus parlait de Dieu aux foules en disant «votre Père» et ses disciples seront envoyés eux-mêmes proclamer cette douce vérité. Alors que tant d’incroyants concèdent tout au plus qu’il y a «quelque chose au-dessus de nous», quelque chose d’indéfinissable, nous, nous annonçons la vérité qui explique l’univers : Dieu, Père de tous les humains et nous sommes tous frères! Une telle réalité ouvre aux relations humaines des perspectives infinies.

La liberté d’enfant de Dieu, c’est certes avant tout de pouvoir nommer Dieu son Père, de prononcer sans hésitation et sous la mouvance de l’Esprit ces mots «qui marchent devant toute prière, a écrit un grand poète de notre temps, comme les mains du suppliant marchent devant sa face» (Péguy «Mystère des saints Innocents»). Mais on devient surtout enfant de Dieu en prenant face à Lui un certaine attitude d’esprit et de coeur. Nous aurions tort de considérer cette paternité et la filiation conséquente comme acquise pour nous dès que nous commençons notre aventure terrestre; s’il ne tient pas à nous que Dieu nous ait créés, il dépend de nous, d’une certaine façon, que Dieu soit notre père et que nous le considérions ainsi.

Loin d’empêcher qui que ce soit de nommer Dieu «Père» en des heures particulièrement pénibles, nous devons réaliser que le propre du Père tout-puissant est de nous chérir avec toute la tendresse d’un Père en quelque abîme que nous soyons tombés. Relisons le prophète Osée (11). L e Christ a appris le «Notre Père» à des hommes, ses disciples, parce qu’ils désiraient vraiment entrer en communion avec le Dieu vivant et vrai. Et s’il nous a parlé de «Notre Père et votre Père», c’était pour nous dicter des attitudes de solidarité et de fraternité, attitudes plus ou moins compatibles avec celui qui se donne exclusivement au service du monde ou se livre à la recherche des plaisirs.

Un père maternel

La dévotion séculaire pour ne pas dire millénaire sous toutes ses formes a fait de Dieu un être au masculin, et nous en sommes toujours à parler de Dieu au masculin en raison de ce rôle de chef que nous lui attribuons, comprenant mal le sens de la liberté qu’Il nous a octroyée à la Genèse du monde. Le temps est venu de lui attribuer des sentiments connexes à l’amour maternel. La paternité de Dieu se dessine si bien avec les attributs féminins . Il suffit de feuilleter dévotement quelques haut-lieux de la Bible : «Comme une femme délaissée dont l’âme est désolée, Yahvé te rappelle. Répudie-t-on la femme de sa jeunesse... Un court instant je t’avais délaissée, mais ému d’une immense pitié, je te rassemblerai»... (Is 54) ) «Yahvé m’a abandonné, le Seigneur m’a oublié ! Une femme oublie-t-elle l’enfant qu’elle nourrit, cesse-t-elle de chérir le fils de ses entrailles ? Même s’il s’en trouvait une pour oublier, moi, je ne t’oublierai jamais. Vois, je t’ai gravé dans la paume de mes mains». (Is. 49:15)

Un philosophe à l’esprit aigu, intime de Maurice Blondel, le père Augustin Valencin, s.j. parle de Dieu comme d’un «père maternel». Or, nulle incohérence ne se trouve dans la conjonction des mots, au contraire, une approche plus rigoureuse de la vérité. De son propre aveu, la tendresse de Dieu à son égard était celle d’une maman, et ce grand penseur, qui ne se payait jamais de mots et n’était pas dupe de ses sentiments car son esprit était toujours en éveil, ne pouvait que balbutier comme Pascal :

«Père, Père, Père éperdument!».

Jacques Sylvestre o.p. Fin de l'article

Jésus par Maître de Flémalle
Service de formation à la foi chrétienne dans la tradition de l'église catholique


«Et, commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les écritures ce qui le concernait.»


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Bériault, o.p.