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SERVICE CATéCHéTIQUE EMMAÜS

Croire 2 : L'acte de croire

« Tout le monde est croyant, tout le monde est incroyant. Le fameux « Je ne crois que ce que je vois » est faux et, d'ailleurs, contradictoire. Je constate que je suis debout, qu'il est six heures, qu'il pleut ou qu'il fait soleil, que ma femme a le sourire, que la soupe est brûlante... ce sont là des faits qui s'imposent à mes sens, et par conséquent je ne les « crois » pas, précisément parce que je les « vois ».

Mais au-delà des certitudes immédiates de ce genre, croyants et incroyants ne cessent d'engager leur vie et leur liberté sur beaucoup plus qu'ils ne voient. On « croit » à la science, au journal, à l'argent, à la météo, à son mari, à sa femme, à son médecin, bien au-delà de ce qu'on en connaît. Pas moyen de vivre sans cela.

Inversement, chacune de ces convictions vécues sur lesquelles chacun engage journellement son existence peut se réclamer d'une certaine expérience passée ou présente. Jusqu'à présent, mon boulanger ne m'a pas empoisonné ; ma femme non plus, les ponts ne se sont pas effondrés sous mon passage ; sauf le premier avril, le télé journal semble avoir dit vrai... Et, pour monter de niveau : ceux qui croient aux anges allèguent certains événements de nature à justifier leur certitude, tandis que Gagarine a déclaré n'en avoir pas rencontrés dans l'espace ; et, en général, les mystiques affirment se heurter en quelque sorte à Dieu, tandis que les athées se rapportent à leur expérience pour nier son existence. « Dieu existe : je l'ai rencontré » — « Dieu n'existe pas : je ne l'ai jamais rencontré ».

Aussi, les incroyants sont plus croyants qu'ils ne pensent ; ils jouent leur rôle avec tant d'insécurité qu'ils ressemblent souvent à la fillette qui, sur les tréteaux, débite une fable joyeuse tandis qu'elle a envie de pleurer. Et de leur côté, les croyants sont plus incroyants qu'ils ne veulent bien se l'avouer, car, pour demeurer croyants, ils doivent vaincre en eux-mêmes les germes sans cesse renaissants du doute et de l'incroyance. C'est que Dieu appelle assez fort pour ne pas laisser les incroyants en sommeil, et il appelle assez discrètement pour ne pas forcer l'adhésion des croyants. Dieu est amour...

Croyants et incroyants en appellent, finalement, à une certaine expérience. Mais il y a expérience et expérience. Chacun a d'abord l'expérience de soi, directe, intime. « J'existe. Je vis. Je me sens bien ou je me sens mal, physiquement ou moralement, pour telle ou telle raison. J'aime, ou je déteste, ou cela m'indiffère. Je pense ceci ou cela... » C'est l'intuition. Elle est difficilement communicable. Elle risque de tourner en rond. Mais elle peut aussi s'ouvrir, me jeter vers les autres, vers Dieu... les appeler, les accueillir.

Tout ce domaine intérieur est trop particulier, trop personnel, pour être celui de la science. Il est pourtant, en chacun, le premier domaine de la certitude. Il est, pour tous, l'expérience première. Chacun a aussi l'expérience des choses, des objets, des événements. Elle commence en l'homme avec l'exploration du tout petit, élémentaire, par la bouche, les mains, les yeux. Elle atteint sa perfection dans l'expérimentation scientifique. Elle fait alors le tour des choses, analyse leur composition chimique, précise leur comportement physique.

S'il s'agit des hommes, de leur histoire, de leurs attitudes globales, la loi des grands nombres permet de traiter un peu les hommes comme des choses et d'en appeler encore, prudemment, à une expérience valable, en gros, universellement. Ce domaine des objets, c'est le domaine de la science, le seul domaine de la science, le domaine du hasard et de la nécessité, avec ses lois universelles, preuves à l'appui. Ce n'est pas le domaine des personnes, qui sont libres et singulières.

Chacun a enfin l'expérience des autres, des personnes. On se rencontre, on fait connaissance, on sympathise, on se revoit ; ou l'on vit ensemble, mari et femme, maman et enfant... Rencontres « amicales », présences « aimantes », perçues comme telles à travers des signes. Mais ces signes ne sont pas des preuves : devant eux on reste libre. C'est le domaine de la « foi » religieuse ou simplement humaine : on « croit » — et cela peut être une certitude — on croit sur expérience personnelle ou sur ouï-dire de gens dignes de « foi ». Ainsi naît l'histoire, la grande Histoire, ma petite histoire, l'histoire qui est aussi sûre que la science, mais à un autre niveau, et qui est tellement plus importante, pour l'incroyant comme pour le croyant. Ainsi naissent et vivent les foyers, les familles, chez les incroyants comme chez les croyants : dans la foi mutuelle. Un amour ne s'explique pas.

Une lettre d'amour a été écrite... La science pourra préciser le poids, la taille, le groupe sanguin, le bilan médical de celui ou de celle qui l'a écrite ; elle pourra faire l'analyse chimique du papier et de l'encre utilisés ; elle pourra même tenter une étude graphologique, etc. Mais elle est incapable de s'élever au niveau des personnes, le seul niveau où cette lettre est intéressante, importante : le niveau de l'amour, de la liberté, de la « foi ». La science est incapable de dire les sentiments, les décisions que cette lettre porte et ceux qu'elle va provoquer. Aboutira-t-elle, ou non, à un mariage ? On est là au niveau de la foi, celui où les incroyants comme les croyants jouent leur vie.

Or, si tous les hommes vivent ou cherchent l'amour humain, tous aussi et plus encore, même s'ils n'ont pas le droit de le dire, brûlent d'une interrogation encore plus poignante. Plus ou moins clairement, la raison et le cœur leur crient qu'ils ne sont pas seuls, qu'ils ne peuvent supporter seuls la souffrance et la mort, ni surtout ce mal plus profond dont tous gémissent et que les chrétiens appellent le péché.

C'est là, au moins en creux, l'expérience de Dieu : la présence d'un Dieu, reconnu ou inconscient. » (Rey-Mermet, Th. Croire. Pour une redécouverte de la foi. Droguet et Ardant. 1976.) Fin de l'article

Jésus par Maître de Flémalle
Service de formation à la foi chrétienne dans la tradition de l'église catholique


«Et, commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les écritures ce qui le concernait.»


Responsable :
Yves
Bériault, o.p.