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SERVICE CATéCHéTIQUE EMMAÜS

Croire 13 : L'espérance de salut de l'humanité

Dans la Bible, le péché n'a ni le premier ni le dernier mot. Sans doute, par sa désobéissance et sa révolte, l'homme peut-il contrarier le plan de Dieu; mais la volonté divine de salut est plus forte que toute la puissance du péché. Elle est à l'œuvre depuis les origines. Le récit biblique de la chute ne s'achève pas sur l'annonce d'un châtiment et sur une malédiction, mais sur une promesse de salut, le protévangile. Pendant longtemps, on a considéré comme un évangile avant la lettre cette parole que Dieu dit au serpent: Je mettrai l'hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance. Celle-ci te meurtrira à la tête, et toi, tu la meurtriras au talon (Gn 3,15).

Il s'agit au sens premier d'une malédiction, non d'une bénédiction. C'est la lutte entre deux espèces, l'homme et le serpent, qui est décrite. Mais il apparaît que l'homme ne sera pas vaincu pour de bon. C'est ainsi que les Pères de l'Eglise ont pu interpréter comme une promesse ce qui était d'abord une malédiction, et la comprendre comme une annonce de Jésus-Christ. Ils ont reconnu en lui ce fils d'Eve qui devait écraser la tête du serpent et libérer l'humanité de la malédiction du péché. Cette interprétation s'est fréquemment reflétée dans l'art sacré et les hymnes de l'Eglise: L'étoile de Jacob s'est levée; elle apaise le désir ardent, brise la tête de l'antique serpent et détruit le royaume des enfers (Cantique Quem pastores laudavere, XV siècle).

La promesse originelle du salut ne dépend évidemment pas de ce texte particulier ni de son interprétation. Toutes les histoires de fautes dans la Bible s'achèvent sur la promesse d'un salut. Elles montrent toutes que Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais qu'il vive. Dès le début, l'histoire de la chute au paradis montre que la grâce de Dieu est plus forte que tout. Bien que l'homme ait été menacé de mort au cas où il désobéirait (cf. Gn 3,3), il peut continuer à vivre grâce à la miséricorde de Dieu. Ainsi Adam est-il une figure du nouvel Adam à venir (cf. Rm 5,14). Que la vie continue et puisse être transmise, c'est ce qu'exprime aussi le nom symbolique donné à la première femme. 3 Elle s'appelle Eve, c'est-à-dire la mère de tous les vivants (cf. Gn 3,20).

Dieu ne cesse pas de prendre soin des hommes; cela apparaît notamment quand il leur donne des vêtements faits de peaux de bête et les protège contre les rigueurs de la nature (cf. Gn 3,21). Ainsi Dieu cherche-t-il, dès le commencement, sinon à rétablir complètement l'équilibre perturbé des rapports entre l'homme et le monde, du moins à rendre son existence supportable. Après le meurtre d'Abel par Gain, Dieu se déclare expressément le protecteur de la vie, et cette protection s'applique même à Gain, le meurtrier infâme (cf. Gn 4,15). Enfin, après la catastrophe du déluge. Dieu remet de l'ordre dans le monde: les rythmes naturels sont garantis (cf. Gn 8,21); la nature doit fournir à l'homme ses moyens de subsistance; la vie de l'être humain, image de Dieu, est sacrée et inviolable; le droit et les institutions sociales doivent la protéger (cf. Gn 9,1-7). Ainsi, dans les structures de la nature et de la culture, transparaît quelque chose de la volonté qu'a Dieu de sauver tous les hommes.

D'après le Nouveau Testament, la création tout entière et l'ensemble de l'humanité sont dans l'attente du Rédempteur qui doit venir, c'est-à-dire dans la situation évoquée par le temps liturgique de l'Avent. Le Nouveau Testament sait que l'homme peut reconnaître Dieu dans l'ordre de la nature et surtout dans la voix de sa conscience. Il affirme que tous les ordres créés l'ont été en Jésus- Christ et pour lui (cf. Col 1,16) et que le Verbe, qui s'est fait homme en Jésus-Christ, a toujours été la vie et la lumière des hommes et éclaire chacun d'entre eux (cf. Jn 1,4.9).

En Jésus- Christ, l'unique médiateur, Dieu veut le salut de tous les hommes (cf. l Tm 2,4-5). C'est pourquoi le monde ressemble à une femme qui attend un enfant, pleine d'espoir. De même, la création déchue, voué à la corruption, redresse la tête, pleine d'espérance; gémissant dans les douleurs de l'enfantement, elle attend d'être délivrée de l'esclavage du péché et de la perdition (cf. Rm 8,18-22).

L'universalité de cette espérance s'exprime dans le cantique bien connu de l'Avent, qui est tiré du livre d'isaïe, et d'après lequel non seulement les hommes de toutes les nations, mais aussi le ciel et la terre seront les bénéficiaires du salut promis:

Cieux, de là-haut répandez comme une rosée
et que les nuées fassent ruisseler la justice,
que la terre s'ouvre, que s'épanouisse le salut,
que la justice germe en même temps!
C'est moi, le Seigneur, qui ai créé cet homme (Is 45,8).

Les Pères de l'Eglise découvraient partout dans le monde des traces de la Parole créatrice de Dieu, qui est apparue dans sa plénitude en Jésus-Christ. Ils parlent de la grandiose pédagogie divine du salut, qui traverse toute l'histoire de l'humanité, et d'une préparation de l'Evangile même parmi les païens. Le deuxième concile du Vatican a repris ces réflexions à son compte et, contrairement à certaines vues restrictives du passé, mentionne expressément la volonté divine d'un salut universel, qui n'exclut même pas les athées:

En effet, ceux qui, sans qu'il y ait de leur faute, ignorent l'Evangile du Christ et son Eglise, mais cherchent pourtant Dieu d'un cœur sincère et s'efforcent, sous l'influence de sa grâce, d'agir de façon à accomplir sa volonté telle que leur conscience la leur révèle et la leur dicte, ceux-là peuvent arriver au salut éternel. A ceux-là mêmes qui, sans faute de leur part, ne sont pas encore parvenus à une connaissance expresse de Dieu, mais travaillent, non sans la grâce divine, à avoir une vie droite, la divine Providence ne refuse pas les secours nécessaires à leur salut. En effet, tout ce qui, chez eux, peut se trouver de bon et de vrai, l'Eglise le considère comme une préparation évangélique et comme un don de Celui qui illumine tout homme pour que, finalement, il ait la vie (LG 16).

Des affirmations de la Sainte Ecriture et de la tradition de l'Eglise, on peut donc conclure ce qui suit.

l. Le péché a corrompu et déchiré intérieurement le monde et l'homme; il les a perturbés, mais non totalement détruits. L'homme souffre d'avoir perdu la communion avec Dieu, à laquelle il est prédisposé au plus profond de lui-même, mais, jusque dans l'état de péché, il demeure image de Dieu. Au plus profond de sa déchéance, il conserve sa dignité d'homme. Cela exclut toute vision du monde qui serait purement pessimiste ou, à plus forte raison, dualiste.

2. Dans l'organisation de la nature, la volonté qu'a Dieu de nous sauver en Jésus-Christ est à l'oeuvre dès le commencement. La volonté de Dieu est toujours efficace; elle accomplit ce qu'elle veut. C'est pourquoi le dessein salvifique universel de Dieu embrasse tout l'univers et suscite une espérance universelle de salut. Celle- ci peut s'exprimer d'une manière consciente; c'est le cas, par exemple, dans les grandes religions de l'humanité. Cette espérance de salut peut aussi s'exprimer de manière inconsciente, par exemple dans l'art et la culture et dans les utopies sociales, mais surtout dans la recherche et l'exploration de la vérité, dans l'effort vers le bien, et en particulier dans la volonté de vivre et de survivre qui habite les hommes.

3. Le monde déchu ressemble à un miroir brisé (cardinal Newman). Il reflète encore quelque chose de la gloire de Dieu, mais il déforme son image au point que celle-ci peut prendre une apparence démoniaque et inspirer à l'homme, au lieu de l'espérance et de la confiance, l'angoisse et l'horreur. Ainsi, les religions et la culture humaines demeurent-elles ambivalentes. C'est pourquoi l'humanité, consciemment ou inconsciemment, est à la recherche d'un signe clair et définitif du salut, d'un message qui purifierait en quelque sorte les innombrables indices de l'œuvre divine dans le monde et leur donnerait un sens accompli. Le chrétien peut dire: Ce que vous vénérez ainsi sans le connaître, c'est ce que je viens, moi, vous annoncer (Ac 17,23). Car en Jésus-Christ, toutes ces promesses sont accomplies; en lui, la plénitude du temps est venue (cf. Ga 4, 4). Fin de l'article

(Cet article est tirée du Catéchisme allemand pour adultes. La foi de l'église, Centurion / Cerf, 1987)

Jésus par Maître de Flémalle
Service de formation à la foi chrétienne dans la tradition de l'église catholique


«Et, commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les écritures ce qui le concernait.»


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