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SERVICE CATéCHéTIQUE EMMAÜS

Croire 10 : L'homme, centre et sommet de la création

3.1 La question de l'homme

Le ciel et la terre sont les deux dimensions symboliques de la réalité; ils délimitent l'espace au centre duquel se tient l'homme. Croyants et incroyants, déclare le deuxième concile du Vatican, sont généralement d'accord sur ce point: tout sur terre doit être ordonné à l'homme comme à son centre et à son sommet (GS 12).

Mais cette affirmation n'est-elle pas contredite par l'expérience que l'homme est, à bien des égards, un être fragile? Nous savons aujourd'hui que notre terre n'est pas le centre géométrique du monde et que, d'après la plupart des savants, l'homme est le produit d'une longue évolution. Nous sommes donc amenés à nous poser de nouveau la question: Qu'est-ce que l'homme? C'est là l'interrogation première de l'humanité occidentale dès ses origines. La Bible, elle aussi, pose cette question (cf. PS 8,5; 144,3; Jb 7,17).

Aujourd'hui plus que jamais, les réponses sont diverses et même contradictoires. Certains définissent l'homme, d'une manière optimiste et idéaliste, comme un être libre, qui doit décider seul de son destin. Il se considère alors souvent lui-même comme la norme suprême. Il pense qu'il doit s'affranchir de toute dépendance et s'accomplir seul, par lui-même. A l'inverse, d'autres proposent une image matérialiste de l'homme, complètement dépourvue de mystère: un individu éprouvant des besoins plutôt que des aspirations, ce qui veut dire aussi qu'il est incapable d'être triste et, par conséquent, d'être vraiment réconforté; toute forme de consolation ne peut lui apparaître que comme une promesse creuse (Synode commun Notre espérance, 1,1). La conception marxiste de l'homme exerce actuellement une grande influence: à la fois produit de la société et producteur au service de celle- ci, l'homme ne vaut que par son utilité sociale.

Toutes ces réponses contiennent des observations partielles qui sont assurément justes; mais par leur caractère unilatéral, elles méconnaissent la réalité complexe de l'homme, dont on ne peut enfermer le mystère dans une réponse sans nuance qu'au prix d'une espèce de court-circuit. Ce qui est encore plus inquiétant, c'est le fait qu'aujourd'hui, bien des hommes ne se posent même plus la question de leur identité ni de leur vocation; ils préfèrent ignorer le problème et se laisser vivre sans réfléchir. C'est en cela que consiste sans doute la crise la plus profonde de l'homme actuel. Car l'homme se distingue de tous les autres vivants en ceci qu'il est capable de s'interroger sur lui-même et qu'il demeure pour lui-même un mystère insoluble. Toutes les réponses à la question du mystère de l'homme, si riches et si profondes soient- elles, restent fragmentaires, quand elles ne comprennent pas l'homme à partir de son fondement originel et de sa fin dernière.

3.2 L'homme est un être créé

La réponse fondamentale de la Bible à la question: Qu'est-ce que l'homme?, est que l'homme est une créature de Dieu, c'est à Dieu qu'il doit d'exister et d'être ce qu'il est. Il est voulu et maintenu dans l'existence par Dieu; il existe parce que Dieu l'a appelé par son nom: Je veux que tu sois. Par conséquent, son attitude fondamentale doit être l'action de grâce et la confiance. Je confesse que je suis une vraie merveille, tes œuvres sont prodigieuses: oui, je le reconnais bien. Mes os ne t'ont pas été cachés lorsque j'ai été fait dans le secret, tissé dans une terre profonde. Je n'étais qu'une ébauche et tes yeux m'ont vu. Dans ton livre ils étaient tous décrits, ces jours qui furent formés quand aucun d'eux n'existait. Dieu! que tes projets sont difficiles pour moi, que leur somme est élevée! Je voudrais les compter, ils sont plus nombreux que le sable. Je me réveille, et me voici encore avec toi (PS 139,14-18). Face à la théorie moderne de l'évolution, peut-on encore affirmer que chaque être humain est créé immédiatement par Dieu? Nous avons déjà répondu d'une façon générale à cette question en parlant de l'évolution : la puissance créatrice de Dieu en tant que cause première de tout ce qui existe n'exclut pas, mais implique au contraire l'action de causes secondes, qui sont rendues par lui capables d'agir.

La doctrine de l'Eglise fait cependant une distinction entre la naissance d'un être humain et celle d'autres êtres vivants. Elle abandonne aux hommes de science la question de savoir si le corps humain descend d'êtres vivants antérieurs à l'homme; mais elle maintient la création immédiate de l'âme humaine par Dieu (cf. DS 3896; FC 268). Ceci signifie que l'homme est plus que le résultat d'une évolution biologique. Il n'est pas un produit accidentel de l'évolution. Au contraire, tout individu humain est voulu par Dieu d'une manière unique et tout à fait personnelle. Tout homme est le fruit d'une pensée particulière du Dieu créateur et la réponse personnifiée à un appel personnel de Dieu. Là réside le véritable fondement de la dignité de l'homme en tant que personne douée d'une âme. Pour que son appel créateur produise son effet, Dieu se sert de causes secondes. Cela vaut aussi bien pour l'apparition du premier homme, issu de formes de vie préhumaines (hominisation), que pour la conception de chaque homme individuel dans l'acte de la procréation. Ceci implique que dans la transmission de la vie, les parents coopèrent à l'amour du Dieu créateur et qu'ils sont pour ainsi dire les interprètes de cet amour (cf. GS 50). La foi en la création particulière de tout être humain par Dieu reflète la situation particulière de l'homme au milieu des autres créatures et fonde sa dignité unique. Essayons de préciser cette affirmation.

3.3 L'homme est à l'image de Dieu

La Bible distingue la création de l'homme de la création des autres êtres vivants. On en trouve un indice dans le fait que le second récit de la création, le plus ancien, ne mentionne que brièvement les autres créatures, alors qu'il décrit en détail la création de l'homme, présenté comme le centre du monde créé. L'homme (adam) est pris de la terre (adamah), mais Dieu insuffle directement dans ses narines le souffle de vie (cf. Gn 2,7). Le premier récit, le plus récent, considère l'homme comme le sommet de la création. Il l'introduit avec une solennité particulière et indique ensuite que ce qui distingue l'homme du reste de la réalité, c'est le fait qu'il est à l'image de Dieu.

Dieu dit: Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu'il soumette les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux, toute la terre et toutes les petites bêtes qui remuent sur la terre! Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa; mâle et femelle il les créa (Gn 1,26-27).

En quoi consiste cette ressemblance avec Dieu? On a proposé diverses réponses. L'homme se distingue des autres vivants par la station debout, signe de son élévation. L'homme est établi maître de la terre et des autres vivants; ils lui sont confiés pour qu'il les utilise à son service et aussi pour qu'il en prenne soin; il est appelé à représenter la souveraineté divine en tant que lieutenant de Dieu dans le monde. L'homme se distingue par son âme; il est doué de raison et de volonté libre (cf. Sg 2,23). Toutes ces explications contiennent quelque chose de vrai. Mais l'essentiel n'est pas là; pour la Bible, la situation privilégiée de l'homme ne ressort pas de la comparaison avec ce qui est au- dessous de lui (les animaux), mais avec ce qui est au-dessus de lui, c'est-à-dire de la comparaison avec Dieu. De tous les êtres vivants, l'homme est le seul être qui corresponde à Dieu, qui soit capable de l'entendre et de lui répondre. L'homme est créé comme partenaire de Dieu, appelé à la communion avec lui. C'est seulement en se tournant vers Dieu et en reconnaissant sa souveraineté que l'homme devient pleinement lui-même. Le sens et l'achèvement de son existence consistent dans la glorification de Dieu, par laquelle il donne une voix à la création muette. Tout cela est admirablement exprimé dans les psaumes: Seigneur, notre Seigneur, que ton nom est magnifique par toute la terre; mieux que les cieux, elle chante ta splendeur... Qu'est donc l'homme pour que tu penses à lui, l'être humain pour que tu t'en soucies? Tu en as presque fait un dieu: tu le couronnes de gloire et d'éclat; tu le fais régner sur les œuvres de tes mains; tu as tout mis sous ses pieds... Seigneur, notre Seigneur, que ton nom est magnifique par toute la terre! (PS 8,2.5- 7.10; cf. Si 17,1-10).

La ressemblance de l'homme avec Dieu insère l'homme dans un réseau de relations à quatre dimensions; il en résulte qu'il est appelé à la fois à louer Dieu, aimer son prochain, vivre dans le monde et en prendre soin, se respecter soi-même.

1. L'homme est un être en relation avec Dieu. Cette relation ne vient pas s'ajouter de l'extérieur et après coup à ce qu'est l'homme; c'est elle qui fait qu'il existe et qu'il est ce qu'il est. Elle signifie qu'au plus profond de lui-même, l'homme est lié à Dieu. Il a quelque chose en commun avec Dieu et, de ce fait, Dieu peut s'adresser à lui. Il peut oublier sa relation à Dieu, la refouler, la pervertir, mais il ne peut jamais l'éliminer. Toute la vie de l'être humain, qu'il le sache ou non, est une quête et une recherche de Dieu. C'est ce qui fait sa grandeur et sa dignité, mais cela lui impose aussi de demeurer humble en face de son créateur. En raison de cette tension, l'être humain est exposé à la tentation d'osciller entre l'orgueil et le découragement, voire le désespoir. Mais il trouve sa véritable dignité dans l'humilité et dans la générosité avec lesquelles il sert Dieu et le glorifie. 2. La relation de partenaires entre l'homme et Dieu se reflète dans le fait que l'être humain est, par essence, un partenaire en relation avec d'autres. L'homme n'est pas un être solitaire; de par sa nature profonde, il est un être social, sans relations avec autrui, il ne peut ni vivre ni épanouir ses qualités (GS 12). Que l'être humain soit un être de relation, apparaît avant tout dans le fait que Dieu l'a créé homme et femme (cf. Gn 1,27). En tant qu'images de Dieu, l'homme et la femme sont rigoureusement égaux dans leur différence. C'est pourquoi toute discrimination sexuelle est contraire à la foi chrétienne. Mais l'homme et la femme ne trouvent leur achèvement que dans leur relation et leur union. L'alliance entre homme et femme est, dans la Bible, une image de l'alliance de Dieu avec l'humanité (cf. Os 1-3; Is 54; Ep 5,21-33). L'amour qui les unit est en même temps un service de la vie. Dans l'union de l'homme et de la femme, il est donné à l'être humain de participer à l'activité créatrice de Dieu. Dieu les bénit et Dieu leur dit: Soyez féconds et multipliez- vous, remplissez la terre et dominez-la (Gn 1,28). L'amour exige des époux qu'ils s'acquittent de ce service de la vie comme des personnes responsables, devant Dieu et devant leur conjoint, du point de vue humain et du point de vue chrétien, (cf. GS 50- 51; Fam. cons.).

3. Par sa position spéciale, l'homme se distingue du reste de la création. Il peut et doit mettre les autres créatures à son service et en jouir. Sa souveraineté sur le monde ne signifie cependant pas la liberté d'exploiter inconsidérément la nature à son profit; il doit prendre soin de la vie et s'en considérer comme responsable. La Bible dit que la domination de l'homme sur le monde se vérifie dans le fait qu'il donne leur nom aux choses de ce monde (cf. Gn 2,19-20). En les appelant par leur nom, l'homme reconnaît les choses et les animaux pour ce qu'ils sont; il leur donne ainsi leur véritable identité. Les autres créatures, elles aussi, ont leur valeur et leurs lois propres, données par Dieu; l'homme doit les respecter, s'il ne veut pas détruire son environnement.

4. Enfin, l'homme est également en relation avec lui-même. La Bible parle à ce propos du cœur de l'homme. Le mot coeur ne désigne pas seulement, dans ce cas, un organe corporel indispensable; le cœur de chair est plutôt compris comme symbole du fait que l'homme est une personne. C'est le jardin secret de l'homme, le lieu où il peut entendre Dieu, lui obéir, mais aussi se refuser à lui. Le cœur désigne ce que nous appelons le moi, la personnalité de l'homme. Cela signifie que l'être humain, bien qu'il soit en permanence ouvert à Dieu, aux autres et au monde, est présent à lui-même, en sorte qu'il possède en lui-même une valeur et une dignité uniques et qu'il porte la responsabilité de ce qu'il fait ou ne fait pas. Il n'a pas seulement un milieu extérieur; il s'intéresse intérieurement à lui-même et il est capable de réfléchir sur lui-même. Il peut rire de lui-même, s'irriter contre lui-même, avoir honte, être content ou mécontent de lui-même. Nous ne nous connaissons vraiment et ne connaissons vraiment les autres que lorsque nous savons ce qui se passe au plus intime de chacun. L'homme qui, en tant que personne, se trouve en relation avec lui-même et confronté à lui-même, demeure en même temps en relation avec Dieu. Il est appelé comme personne à la communion avec Dieu, laquelle se réalise par et en Jésus-Christ.

La ressemblance de l'homme avec Dieu a d'importantes conséquences pratiques.

La dignité que chacun reçoit de Dieu fonde la dignité de chaque être humain devant les autres. Elle fonde en dernière instance l'égalité foncière et la fraternité de tous les humains, quel que soit leur sexe, leur race, leur nationalité, leur origine, leur culture, leur classe sociale. Dans le monde antique, c'était là une affirmation révolutionnaire. Ce l'est encore aujourd'hui, quand on pense aux exclusions et aux discriminations qui existent toujours dans le monde actuel. Parce qu'un reflet de la gloire de Dieu brille sur la face de tout homme, c'est d'abord la vie de l'homme qui est transformé en un corps nouveau et glorieux (cf. l Co 15,35-49; Ph 3,21).

Néanmoins, au sein de cette unité que constituent le corps et l'âme, nous pouvons et devons distinguer entre le corps et l'âme. Cela aussi correspond à notre expérience quotidienne. L'être humain peut, par l'esprit, se situer face à son corps, l'observer, réfléchir à son sujet, tout comme il peut être spirituellement absent de son corps. Il peut dominer son corps et ses besoins, tout comme il peut se laisser dominer par eux, perdant ainsi sa liberté personnelle et sa dignité, Le corps humain peut vieillir et s'affaiblir, tandis que l'esprit demeure jeune et alerte. L'homme comporte manifestement de multiples aspects, qu'il est impossible de ramener à un principe unique.

Parce qu'il a un corps, l'être humain réunit en soi les éléments du monde matériel: Les choses trouvent en lui leur sommet, et peuvent librement louer leur Créateur (GS 14). Mais l'être humain n'est pas seulement une partie de la nature ou un élément anonyme dans la société humaine. Parce qu'il est esprit, l'homme domine l'ensemble des choses et découvre la structure spirituelle qui sous-tend la réalité en profondeur. Lorsqu'il reconnaît en lui une âme spirituelle et immortelle, il n'est pas le jouet d'une création imaginaire qui s'expliquerait seulement par les conditions physiques et sociales; bien au contraire, il atteint le tréfonds même de la réalité (GS 14).

La conscience est le jardin secret de l'homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre ... Au fond de sa conscience, l'homme découvre la présence d'une loi qu'il ne s'est pas donnée lui-même, mais à laquelle il est tenu d'obéir. Cette voix ne cesse de le presser d'aimer, d'accomplir le bien et d'éviter le mal; au moment opportun, elle résonne dans l'intimité de son cœur et lui dit: Fais ceci, évite cela (GS 16).

Mais c'est toujours librement que l'homme se tourne vers le bien. Cette liberté est un signe de la ressemblance de l'homme avec Dieu. La dignité de l'homme exige donc de lui qu'il agisse selon un choix conscient et libre, mû et déterminé par une conviction personnelle et non sous le seul effet de poussées instinctives ou d'une contrainte extérieure (GS 17). Non sans raison, cette liberté est aujourd'hui tenue en haute estime, et on y aspire avec passion. Car la dignité de l'homme est liée à sa capacité d'autodétermination (son autonomie); l'homme veut et doit organiser lui-même sa vie personnelle et sociale en exerçant sa responsabilité propre.

Cette autonomie ne contredit en rien la dépendance de la créature humaine par rapport à Dieu. Dieu et l'homme ne sont pas des rivaux; on ne prend pas à l'un ce qu'on donne à l'autre. La liberté créée de l'homme est au contraire portée par la liberté créatrice de Dieu, dont elle tient son pouvoir. Mais parce qu'elle est donnée, elle ne peut jamais être une liberté absolue. Nous ne sommes vraiment libres que lorsque nous nous libérons de l'esclavage de nos passions et tendons avec constance à notre fin en choisissant librement le bien. La liberté à l'égard de toute dépendance extérieure et intérieure n'est possible que par la liberté pour le bien. Le meilleur exemple en est donné par des chrétiens et des communautés chrétiennes qui, comme François d'Assise et ses frères en religion, cherchent à vivre sans garantie matérielle, totalement confiants en la providence divine.

La vision chrétienne de la nature humaine a également d'importantes conséquences pour la conduite morale de l'homme. Le principe fondamental est de viser à la plus grande unité possible et à l'interpénétration de l'âme et du corps. C'est là un devoir permanent. L'homme doit intégrer ses besoins corporels dans l'ensemble de sa personne et de son projet spirituel, tout comme il doit manifester son intelligence et sa volonté dans des actes concrets et permettre à son âme de s'exprimer à travers le sport, le jeu, les arts, le soin du corps. Mais cela n'a rien à voir avec le culte du corps, de la santé et de la beauté. Il faut sauvegarder la primauté de l'esprit et tendre à la sagesse qui ordonne tout à la fin dernière de l'homme (cf. GS 15). Là par exemple où la sexualité s'exerce pour elle-même et n'est plus intégrée dans une relation personnelle globale entre des partenaires, là où la satisfaction de l'instinct et la recherche du plaisir deviennent déterminantes, il ne s'agit plus d'un véritable amour. Au contraire, l'activité sexuelle est bonne dans la mesure où elle est une forme d'expression de l'amour. De même qu'il y a une façon d'exalter le corps au détriment de l'esprit, il y a une spiritualité ennemie du corps. Malheureusement, l'Eglise elle-même, non pas dans sa doctrine officielle, mais dans sa pratique pastorale, pédagogique et ascétique, s'est plus d'une fois montrée hostile au corps. Les besoins et les capacités physiques de l'homme ont été souvent dévalorisés et réprimés, au lieu d'être cultivés. Un tel mépris du corps est totalement étranger à la vision chrétienne de l'homme, telle qu'elle apparaît aux origines du christianisme. Une pastorale authentiquement chrétienne doit donc s'adresser également au corps et prendre en considération les besoins physiques et matériels des hommes. Elle ne doit pas recourir seulement à la parole, à des termes abstraits et à des grands principes; elle doit utiliser des images, des symboles, des chants, pour atteindre l'être humain tout entier et l'intégrer dans sa totalité à l'événement du salut.

L'unité de l'esprit et du corps se manifeste avant tout dans le langage, par lequel nous exprimons nos pensées, nos intentions, notre intimité la plus profonde, en vue de les communiquer aux autres. C'est pourquoi la vérité de ce qui est dit est une dimension essentielle à l'être humain. Dans le mensonge, au contraire, l'unité intérieure de l'individu et les fondements d'une vie confiante au sein de la communauté humaine sont détruits. Dans le huitième commandement: Tu ne témoigneras pas faussement contre ton prochain (Ex 20,16; cf. Dt 5,20), c'est également l'essence même et la dignité de l'homme, ainsi que la possibilité d'une vie en société qui sont en jeu. Dans son effort, l'homme se heurte pourtant aux limites de sa liberté. Celle-ci est restreinte par les lois de la nature, par la liberté des autres, par l'histoire de chacun, par le milieu social. Ces conditionnements s'imposent souvent à notre volonté, si bonne soit-elle. Nous ne possédons pas notre liberté comme un instrument; elle est entravée de multiples manières et doit d'abord être elle-même libérée. La liberté est finalement un don. Dans cette situation, nous sommes de nouveau renvoyés à Jésus-Christ: Si c'est le Fils qui vous affranchit, vous serez réellement des hommes libres (Jn 8,16). Fin de l'article

(Cet article est tirée du Catéchisme allemand pour adultes. La foi de l'église, Centurion / Cerf, 1987)

Jésus par Maître de Flémalle
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«Et, commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les écritures ce qui le concernait.»


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