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Octobre
2002 |
Geneviève
de Gaulle Anthonioz (2e partie et fin)
Témoin du Christ de ce mois d’octobre
poursuit son hommage à Mme Geneviève de Gaulle
et au Père Joseph. Le 17 octobre 1987 fut le fruit de
leur travail et espérance : sur le Parvis des Droits
de l'Homme à Paris, un message en faveur des droits de
l’homme et dans le souci de combattre la misère
a été proclamé. Une dalle a été
scellée sur le Parvis du Trocadéro. Depuis ce
jour, chaque année, la Journée mondiale du refus
de la misère est célébrée le 17
octobre. Elle est l’occasion pour le grand public d’entendre
la voix des personnes qui vivent dans la grande pauvreté
et de s’interroger sur les engagements que tous nous pouvons
prendre, comme citoyens, pour refuser la misère. Depuis
1992, cette journée est officiellement reconnue par les
Nations Unies. Le Mouvement
ATD Quart Monde participe très activement à
l’organisation de cette journée à travers
le monde.
Le message proclamé tous les 17 octobre
est le suivant :
Là où des hommes sont
condamnés à vivre dans la misère, les Droits
de l'Homme sont violés. S'unir pour les faire respecter
est un devoir sacré.
Les lignes suivantes, extraites du «
Secret de l’Espérance » , traduisent la manière
dont Geneviève de Gaulle a porté et vécu
intérieurement cet événement.
andis que me retiennent ma faiblesse et la maladie, de grands
événements se préparent pour le mouvement
d’ATD Quart Monde. Le 17 octobre, une dalle va être
inaugurée au Trocadéro, sur le « Parvis
des libertés et des droits de l’homme »,
pour honorer les victimes de la misère partout dans
le monde. Il y a trente ans, quelques familles autour du père
Joseph refusaient l’assistance. Que de courage et de
douleurs ont marqué, depuis, chacune de leurs étapes
pour que leur valeur et leur dignité soient reconnues.
« Il faut, me dit le père Joseph, venu me rendre
visite, que cette journée soit un tournant dans notre
combat. Nous allons rassembler tous ceux qui se veulent défenseurs
des Droits de l’homme, interpeller les politiques. Un
grand spectacle est en train de se préparer avec des
centaines de jeunes, de familles du Quart Monde, le concours
de comédiens et de chorales. »
L’enjeu est immense, et je suis sûre qu’il
sera gagné, mais comment cacher ma peine d’être
devenue aussi inutile ? Pauvre soldat invalide à la
veille de la bataille… les yeux un peu embués,
le père Joseph ne s’attarde pas en vaines consolations
:
« Justement, dit-il, je suis venu nous demander deux
choses et je suis sûr qu’elles seront à
la mesure de vos forces. D’abord, je compte sur vous
pour introduire l’événement. Vous saurez
bien dire en quelques mots où est née sa source
: dans une décharge publique, près de Paris,
sans lumière et sans eau. Mais je souhaite aussi que
vous participiez, le 16 octobre au soir, à une émission
de télévision sur les Droits de l’homme.
Nous avons obtenu qu’elle soit tournée en direct,
sur les lieux mêmes où la Dalle sera inaugurée
le lendemain… Vous savez bien pourquoi je vous demande
cela ? C’est parce que vous avez rencontré face
à face l’inhumain. « Tu n’es pas
un homme pour moi, disait le regard du SS, même pas
un sous-homme, rien. Pas plus que la voue que je peux écraser
avec mes bottes… »
« Personne ne voudrait dire cela au plus pauvre, et
pourtant, vous en avez été témoin, il
le ressent ainsi souvent. Nous l’avons mis à
l’écart de nos projets, nos sociétés
se construisent sans lui ; nos partis, nos syndicats, nos
écoles, même nos églises lui sont inaccessibles.
Or, l’heure est peut-être venue de proclamer,
de graver sur la pierre que la misère est une violation
des Droits de l’homme. Vous avez combattu, vous combattez
encore pour ces droits. Ils sont une écharde dans votre
cœur, vous saurez la communiquer à ces milliers
de téléspectateurs. »
Bernard, mon mari, et arrivé à ce moment-là.
Il voit combien nous sommes émus, le père Joseph
et moi, et, pour dépasser cela, il enchaîne :
« si j’ai bien compris votre pensée, mon
père, c’est du plus pauvre que nous devons faire
le centre de l’humanité ?
- Oui, Bernard, si nous voulons vraiment aller jusqu’au
bout des droits. Bien plus, il nous faut constamment nous
questionner pour qu’aucun homme n’en soit exclu.
Sinon, que valent nos plus vertueuses déclarations
?
- Non, mais nous avons besoin d’être éclairés
par des faits concrets pour mieux comprendre. Le séjour
à la maison de deux jeunes garçons, au moment
où vous avez organisé à Paris ce grand
rassemblement pour l’Année internationale de
l’enfant, m’a beaucoup appris. Bruno et Franck
venaient d’une cité d’Angers. Ils étaient
vifs, ouverts : un vrai plaisir que de leur faire découvrir
Paris, Mais quand nous avons parlé de leur école,
leurs visages se sont assombris. « non, pour moi, a
dit Bruno, l’école ça n’a jamais
marché. Je suis comme mes frères et sœurs
qui n’ont rien appris. - Pourtant, lui ai-je dit, tu
es intelligent, je le vois bien. – Cà, je ne
sais pas, je n’ai jamais été appelé
au tableau. »
- Et bien, ! dit le père Joseph, vous devriez raconter
ça, le 17 octobre au Trocadéro. Il y aura un
écran géant où l’on reproduira
des messages, des témoignages. Je vais demander que
le vôtre soit enregistré.
Le soir baisse et ma fatigue augmente. A cause
de cela, sans doute, je m’aperçois que le père
Joseph respire avec un peu de difficulté. Il n’accepterait
pas qu’on lui dise de se ménager . Comment le pourrait-il
d’ailleurs ? Cette année 1987, il a soutenu son
rapport au Conseil économique et social, une entreprise
capitale menée à son terme par un vote sans opposition.
Mais que de luttes difficiles sans cesse à recommencer
!… Pour les suites à donner à ce grand projet
d’instaurer une politique globale, cohérente et
dans la durée, contre la grande pauvreté et la
précarité. Après les conseillers, convaincre
les responsables de tous partis et de tous rangs. … Chaque
entrevue m’apprend la persévérance, la patience
du père Joseph, mais surtout la rigueur de sa pensée.
Depuis mes premières visites à Noisy, je la vois
se développer avec une logique sans concession.
17 octobre 1987
Sur le livre d’Or de cette fabuleuse journée,
le père Joseph a écrit : « les plus pauvres
nous attendent au tournant. Qu’allons-nous faire ? »
Etaient-ils à Notre-Dame, ce matin, aux premières
places, sous la lumière des vitraux ? Cet après-midi,
les avons-nous reconnus dans cette foule immense parmi les défenseurs
des Droits de l’homme ? Avons-nous entendu leurs voix
dans les chorales qui ont entonné : Justice au cœur
? Et quand est apparue la Dalle dévoilée par Simone
Veil, Alwine de Vos van Steenwijk et deux militants Quart Monde
entourés d’une dizaine d’enfants, n’était-ce
pas pour rendre hommage aux victimes de la faim, de l’ignorance
et de la violence ? « je témoigne de vous…
» La voix du père Joseph devait les atteindre aux
entrailles quand elle a résonné sur le grand parvis
du Trocadéro. Pour une fois, ils sont entrés dans
« la Cité de l’avenir », au moins le
temps du bouleversant spectacle. Cette journée du 17
octobre marque désormais qu’un chemin s’ouvre
face à la misère, celui de la reconnaissance de
leurs droits.
Bien sûr, nous sommes très heureux,
le père Joseph doit être heureux, épuisé
certes, mais profondément heureux. Alors, à quel
« tournant » vont nous attendre les plus pauvres
? Et qui sont-ils, ceux que nous n’avons toujours pas
rencontrés ?
Maintenant, je sais au fond de moi-même
que cette journée, si réussie, n’est qu’une
étape. Le devoir sacré du respect des droits ne
nous tiendra jamais quittes jusqu’à la fin des
fins de l’histoire humaine. Dans nos destinées
fragiles, nous laisserons au Mouvement l’héritage
de ce 17 octobre. De jeunes volontaires, de nouveaux militants
tiendront allumés le flambeau. Il éclairera leur
engagement comme il a illuminé nos vies. ».
Soruce : Le secret de l’Espérance,
par Geneviève de Gaulle-Anthonioz publié à
Fayard, Edition ATD-Quart Monde.
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