|
Spiritualite2000.com
|
|
Février
2002
|
L'évangile
à l'hôpital
de Jacques Piquet
(Extraits)

'étais prêtre depuis 22 ans quand je fus nommé
aumônier d'hôpital. Auparavant, j'avais connu la vie
paroissiale. Rencontre de tous les âges de la vie, du baptême
aux enterrements : catéchisme, animation des équipes
de jeunes et d'adultes, organisation des camps de vacances, liturgies
les plus diverses
Vicaire puis curé, je me suis passionné
pour chacune de ces activités pastorales, soucieux et heureux
d 'annoncer la bonne nouvelle de Jésus-Christ au cur
de la vie. Fils de la Charité, j'ai exercé ce ministère
en milieu ouvrir et j'ai toujours été saisi du plus
grand respect pour les plus simples. J'ai eu aussi à me
compromettre lors de conflits sociaux.
L'Eglise vivait l'élan
missionnaire qui s'est épanoui au moment du Concile.
les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des
hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent
sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses
des disciples du Christ, et il n'est rien de vraiment humain qui
ne trouve écho dans leur cur (Constitution
pastorale, L'Eglise dans le monde de ce temps, n°1).
La maladie, la souffrance,
la mort m'apparaissaient alors comme une cassure du dynamisme
qui soutient les activités des hommes. Au contraire, j'ai
découvert là l'intensité de vie que je n'avais
jamais connue. Et ce ministère a éclairé
ma route passée. Je me suis aperçu qu'il ne s'agissait
pas simplement d'aimer un aspect de la vie : la beauté,
le travail, la justice ou même l'amour mais d'aimer la vie
pour elle-même. J'ai découvert comme jamais que Dieu
est Vie.
Ces lignes ont été
écrites comme un témoignage. Peut-être que
ces pages aideront-elles quelques-uns à vivre ces moments
douloureux avec espérance et à savoir que l'on peut
y rencontrer Dieu. Qu'elles disent ma reconnaissance à
tous ceux qui m'ont entraîné à aimer la vie.
Conclusion (p 153-155)
J'ai compris à l'hôpital
plus que jamais que Dieu est vie. Souvent nous n'osons pas vivre
au maximum de nos possibilités : peur de se compromettre,
de se risquer, de parler vrai - de crainte de perdre des avantages,
de perdre la vie !
A l'hôpital, quand
la santé est atteinte et que la vie elle-même est
compromise, la peur de perdre la vie ou la santé est dépassée.
Il reste la vie. Et l'on se prend à aimer la vie pour elle-même
et pour aucune autre raison. Auparavant, on avait des raisons
de vivre, ici, il reste le goût de vivre.
A l'hôpital j'ai rencontré
beaucoup de souffrance. J'ai accompagné bien des mourants,
assisté des familles en deuil, célébré
de nombreux enterrements. J'ai entendu des cris de révolte
et ressenti au plus profond de moi ce rejet et ce refus de la
mort froide et absurde en tous points contraire à la vie.
Qu'y a-t-il de plus douloureux et de plus insupportable que la
douleur d'une maman qui perd son enfant ? Souvent j'ai été
envahie par une peine immense quand je me retrouvais seul.
Mais, dans les mêmes temps, j'ai découvert avec surprise
que les malades mobilisent une énergie intense pour faire
face à l'épreuve et affronter l'inconnu. Avec un
étonnement chaque fois renouvelé, j'ai vu les mourants
aborder cet aspect nouveau de leur existence avec des sentiments
d'une grande noblesse de cur. Quand le temps se concentre
dans l'instant, et que toute une vie de relation culmine en un
regard, quelle vie !
J'ai voulu témoigner
de cette lumière qui jaillit dans la nuit. Je crois que
ceux qui soignent et visitent les malades et les mourants ont
conscience de vivre ce temps fort de la vie. En tout cas, ils
accompagnent et aident de leur mieux ceux qui les vivent.
En accomplissant mon ministère
sacerdotal, j'ai toujours eu le souci de dire Dieu dans la vie,
d'établir le lien entre la vie et la foi. Cette osmose
se réalise dans tous les événements de la
vie publique et privée. La vie et la foi grandissent et
s'épanouissent en celui ose vivre, choisir, prendre ses
responsabilités, parler vrai, risquer sa vie pour la justice
et par amour pour ceux qu'il aime. Cette vie n'est pas seulement
guidée par l'esprit du monde. Un autre esprit
guide celui qui sait donner sa vie pour ses amis. Il n'y
a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis.
Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande
(Jn 15, 14) ; Mon commandement est de vous aimer
les uns les autres (Jn 14, 12). Celui qui veut garder
la vie la perdra. Celui qui la perd à cause moi la sauvera
(Mt 16, 25). A l'hôpital, je n'ai pas vécu
autre chose, je l'ai vécu plus intensément. La découverte
de l'amour peut favoriser la conversion, la découverte
de Dieu en Jésus-Christ ; le dépouillement total
peut entraîner une rencontre de Dieu imprévue, immédiate
et profonde. Parce qu'il est la vie, le commencement et le terme
; la source.
Quand Jésus annonçait
sa venue, il parlait d'apocalypse : les étoiles
tomberont, les puissances des cieux seront ébranlées
(Mt 24, 29). Et sa mort est en effet le plus grand cataclysme
de l'histoire : les hommes ont préféré tuer
Dieu plutôt que de l'entendre. Mais cette mort n'est as
une destruction finale. Elle est métamorphose. Cette vie
pauvre, douce, pacifique et persécutée, est devenue
pour tous les hommes source inépuisable d'amour sans fin.
La mort en est transformée, elle s'ouvre sur la vie.
-
L'Evangile à l'hôpital. Extraits. Jacques Piquet
Edition Desclée de Brouwer.
Retour
en haut
|