|
Spiritualite2000.com
|
|
Janvier
2002
|
L'expérience de Dieu avec Thérèse
d'Avila
de Thérèse Nadeau-Lacour
'est
lorsque se manifestent les premiers signes de leur décadence
que les grandes périodes d'une civilisation savent éblouir
en livrant à l'humanité leurs plus beaux chefs-d'uvre:
si le siècle de Périclès à son déclin
a engendré Sophocle, Socrate et Platon, les derniers rayons
de la grandeur de Rome nous donnèrent Augustin. Et, onze
siècles plus tard, l'âge d'or d'une Espagne qui fut
impériale et conquérante offrira aux siècles
à venir ces monuments de spiritualité que sont les
uvres de Thérèse d'Avila et de Jean de la
Croix.
C'est
dire qu'avant d'être docteur de la vie spirituelle, Teresa
de Cepeda y Ahumada est fille d'Espagne, du cur et de l'âme
de l'Espagne: elle est fille de la Vieille Castille et d'Avila
où elle naît en 1515 de parents nobles et vertueux
qui portent haut l'honneur de la famille. C'est encore à
l'ombre des remparts d'Avila qu'elle devient à 20 ans Thérèse
de Jésus, fille de ce Carmel qu'elle réformera vingt-sept
ans plus tard en fondant dans sa ville natale le monastère
Saint-Joseph, premier des dix-sept carmels que l'Espagne comptera
à la mort de La Madre en 1582.
Dans
ce siècle de Charles Quint et de Phillipe II, les décors
de son aventure spirituelle sont d'abord parés du rouge
de la passion flamboyante et de la ferveur religieuse, de l'or
de la fierté des hidalgos célébrés
dans les romans picaresques et, pour quelque temps encore, des
conquêtes pas forcément glorieuses des conquistadors;
mais tout au fond du décor se profilent déjà
les teintes grises et noires du spectre des guerres de religion
et de la décomposition de l'empire espagnol qui se voulut
un jour universel.
La
vie et l'uvre de Thérèse seront marquées
en creux ou en relief par la force unique d'une époque
qui ne s'accommode pas de demi-mesures. Consciente de ces influences
et de ses inclinations, Thérèse de Jésus
saura convertir en puissance spirituelle et en force féconde
cet héritage d'héroïsme et de fidélité
(héroïsme admiré dans les romans de chevalerie
lus en cachette, mais aussi dans la fidélité inconditionnelle
des saints martyrs à l'origine de leurs légendes
dorées) qui exaltait déjà le cur d'une
Teresita intelligente et brillante, à la volonté
entreprenante et aux passions exclusives, adolescente qui faisait
la part belle, selon son propre aveu, à l'honneur
de ce monde!. Quel chemin de perfection et quelles expériences
spirituelles conduiront la jeune Teresita, qui à sept ans
organisait avec son frère une fugue vers l'Afrique, pays
du martyre, pour voir Dieu, jusqu'à ce soir du 4 octobre
1582 où, sur son lit de mort, la Madre Thérèse,
le visage soudain rayonnant, pourra enfin prononcer ces mots:
Il est temps, mon époux, de nous voir?
Soixante
années de désirs, de détermination, de combats
intérieurs, d'obéissance et d'amour des autres,
de désappropriation jusqu'au don total, autant d'expériences
qui feront de Thérèse d'Avila, parmi toutes les
amoureuses éperdues de Dieu, une maîtresse de vie
spirituelle et la première femme docteur de l'église.
C'est bien à travers ces expériences qu'il nous
faut d'abord rencontrer Thérèse, au plus vif de
son parcours nuptial.
L'accès
à cette aventure intérieure nous est rendu possible
grâce à une uvre littéraire impressionnante,
jamais voulue pour elle-même, où se côtoient
des récits de vie, écrits à la demande de
ses confesseurs ou de quelque supérieur, des traités
spirituels, à la fois vigoureux et vivants, adressés
aux jeunes carmélites du premier monastère ou, plus
tard, aux spirituelles chevronnées qu'étaient devenues
certaines d'entre elles; des poèmes aussi et des Exclamations,
précieux reflets jaillis spontanément d'un cur
enamouré, ou encore les inclassables Pensées sur
l'amour de Dieu, qui l'identifient pour toujours à l'épouse
du Cantique. Et que dire de l'étonnante correspondance
dans laquelle Thérèse, toujours pressée mais
toujours précise, mêle aux problèmes quotidiens
des monastères les avis spirituels les plus précieux
et les aveux les plus touchants j femme forte, à la fois
réaliste et sensible, femme libre qui ne se départit
pas de son humour et de son charme et qui, au plus fort des épreuves,
se revêt d'espérance. Cette uvre, commencée
après ce qu'il est convenu d'appeler sa deuxième
conversion, contemporaine de ses fondations, participe pleinement
de ses expériences spirituelles les plus hautes, qu'elle
texture et auxquelles elle confère cette ouverture à
une postérité par elles sans limite.
La
vie spirituelle est d'abord affaire d'expérience parce
qu'elle est affaire de vie. Femme d'expérience, Thérèse
aime à rappeler qu'elle ne dit rien dont elle n'ait
l'expérience , voire même une très
grande expériences. Mais avant d'évoquer celles
qu'elle consigne comme majeures, commençons par le commencement,
par cet acte qui est au commencement de tout selon le mot de Thérèse
elle-même: une grande détermination: Je vous
le répète encore, il est de la dernière importance
de commencer avec une ferme détermination et les motifs
en sont si nombreux que je serais trop longue à les énumérer.
-
Thérèse
Nadeau-Lacour. Thérèse d'Avila.. Fides. Collection
L'expérience de Dieu. 1999
Retour
en haut
|