- Trinité que j'adore
- par Jacques Sylvestre, o.p.
- Année C. Trinité.
10 juin 2001.
Évangile selon saint
Luc 16 :12-15
A
l'heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à
ses disciples : «J'ai encore beaucoup de choses à vous
dire, mais vous ne pouvez les porter maintenant. Quand il viendra,
lui, l'Esprit de vérité, il vous conduira à la vérité tout
entière ; car il ne parlera pas de lui-même ; mais tout ce qu'il
entendra, il le dira, et il vous annoncera les choses à venir. Il
me glorifiera, car c'est de mon bien qu'il prendra
pour vous en faire part. Tout ce qu'a le Père est à moi.
Voilà pourquoi j'ai dit : C'est de mon bien qu'il
prendra
pour vous en faire part.
Commentaire
« La
grâce de Jésus notre Seigneur, l'amour de Dieu le Père, la
communion de l'Esprit Saint soient toujours avec vous » (2Co.13 :
13), quel sens peut avoir aujourd'hui ce souhait paulinien qui prélude
nos eucharisties ? La Trinité, sujet passionnément discuté
autrefois, mais aujourd'hui ? Nulle contestation, aucune hérésie
formelle ni aventure risquée comme au temps de Hegel, la Trinité
n'intéresse plus personne. Désaffectation générale, chef-d'ouvre
en péril, « Val Jalbert » (près de Roberval) de Dieu devenu
inhabité, formules traditionnelles dépouillées de sens. Un vieux
curé d'autrefois voyait ce dimanche comme l'occasion unique de
démontrer à ses paroissiens qu'il en savait plus qu'eux. Ce
mystère de la sainte Trinité est-il encore d'actualité ?
L'une des raisons profondes de
pareille indifférence réside dans le fait que nous vivons depuis
des siècles avec la conclusion de débats passionnés qui ne sont
plus les nôtres et dont nous n'avons pas le moindre souvenir.
Comment vivre alors de cette vie trinitaire, quelle expérience de
vie pourrait ou devrait s'inscrire derrière ces mots ?
Qu'est-ce que cela change de croire en la Trinité ou ajoute à la
foi en Dieu ?
Essayons quand même certain
rapprochement de ce qui définit la foi des Apôtres et fut
l'obsession spirituelle des premiers Pères et saints de l'Église,
ce dont est demeurée témoin l'une des nôtres, la bienheureuse
Elizabeth de la Trinité. Quelle image évoquer, même si
elle doit demeurer insérée, perdue dans les pages d'un vieux «
Missel paroissien dominical » ?
LE MIROIR
Prenons l'exemple du miroir. Un
personnage s'y contemple, le miroir lui renvoie sa propre image,
l'exacte représentation de ce qu'il est, pour le meilleur comme
pour le pire. On aime ou on n'aime pas, dépendamment si l'on
est homme ou femme !!! Nous
trouvons en cette analogie, car il ne s'agit de rien de plus, i.e.
de quelque chose de ressemblant d'une part, mais tellement différent
d'autre part, un point de comparaison avec la vie des Trois :
le Père se voit comme en un miroir, et l'image projetée par ce
dernier constitue son Fils, exacte et vivante représentation de ce
qu'il est comme géniteur, et entre les deux, tant de l'un comme
de l'autre, cet amour infini de l'un pour l'autre : l'Esprit,
l'Amour.
Cette analogie nous permettra peut-être
de mieux comprendre certaines affirmations de Jésus : «Qui me
voit, voit le Père», «Le
Père et moi, nous sommes uns. »
Mais plus émouvante encore est la confidence de Jésus :
« Comme le Père m'a aimé, mois aussi je vous aimés. » (Jn.15 :
9) Au soir de la Cène,
Jésus priait ainsi : «Que tous soient un. Comme toi, Père,
tu es en moi et moi en toi, qu'eux aussi soient un en nous afin
que le monde croit que tu m'as envoyé. » (Jn.17 : 21)
La vie trinitaire, l'intimité
du Père du Fils et leur Amour deviennent la mesure, la grâce et
l'inspiration de nos relations entre Dieu et nous.
JÉSUS CHRIST SUFFIT-IL ?
L'Écriture nous parle
abondamment de Jésus, mais pas le moindre enseignement sur cette vérité
que nos maîtres nous enseignaient
avec tant de verve : la Trinité, trois personnes en un
seul Dieu. La foi en Dieu peut-elle être chrétienne sans croire en
la Trinité ?
Jésus demandait aux siens :
«Pour vous, qui suis-je? » (Mat.16 : 15)
N'y aurait-il pas là invitation à refaire le cheminement
des apôtres, une expérience susceptible de devenir nôtre ?
S'ils sont parvenus à confesser le Père, le Fils et le
saint Esprit, c'est grâce aux paroles, à la vie, au mystère de
Jésus et aux témoins
du Peuple de Dieu, qui, au cours de l'histoire précédant la
venue de Jésus, avaient pressenti le mystère. Contentons-nous de
refaire la synthèse des Apôtres dans leur réflexion d'après Pâques.
Certaines affirmations de Jésus
durant le «Discours d'adieu» après la Cène,
les ont hantés plus que d'autres : «Mon Dieu et
votre Dieu, mon Père et votre Père. » (Jn.20 : 17) La Résurrection
et l'Ascension leur avaient fait connaître Jésus comme vrai Fils
de Dieu «siégeant à sa droite. » Et son dernier message au
moment de les quitter : «Allez donc, de toutes les nations,
faites des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du
Saint Esprit. » (Mat. 28:19. De cet Esprit, émanant du Père et du
Fils, les Apôtres se voulurent les témoins après les promesses de
Jésus : «Je vous enverrai l'Esprit de Vérité, qui procède
du Père et Fils, il vous rappellera tout ce que je vous ai dit et
vous enseignera bien autres choses encore. »
Il faut croire qu'ils ont vécu de cette spiritualité :
l'intimité des Trois, mais ce ne fut pas toujours évident et
spontané pour eux.
ÉVANGILE DU JOUR
Le Seigneur les avait
prévenus : «J'aurais encore beaucoup à vous dire,
mais pour l'instant vous n'avez pas encore la force de les
porter. Quand il viendra, lui, l'Esprit de Vérité, il vous
guidera vers la vérité toute entière. » (Jn.16 : 12-13)
Jésus avait affirmé peu auparavant : «Tout ce que
j'ai appris de mon Père, je vous l'ai fait connaître. » (Jn.
15 : 15. Il ne suffit pas que le message ait été passé pour
qu'il ait été saisi. Face
à cette imperfection de la foi de ses disciples, Jésus leur promet
l'Esprit de Vérité. Cet Esprit, Jésus l'avait maintes fois présenté
en son intimité avec le Père et Lui-même (Jn.15 : 16-17, 26;
15 : 26; 16 : 7-11). La mission de l'Esprit va prolonger
celle de Jésus.
VIE
TRINITAIRE
Bien qu'elle nous habite de façon
ineffable, il nous est possible de nous joindre aux Trois et de
partager leur vie de louange réciproque, d'amour et de joie
simplement par le signe «Au nom du Père.» précédant toute
action, la louange de gloire aux Trois : «Gloire soit au Père.»
et méditer longuement les confidences de l'Un et de l'Autre à
travers les Évangiles.
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