- Ci-gît !
- par Jacques Sylvestre, o.p.
- Année C. Dimanche
de Pâques. 15 avril 2001.
Évangile selon saint
Jean 20, 1-9
Le
premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de
grand matin, alors qu'il faisait encore sombre. Elle voit que la
pierre a été enlevée du tombeau. Elle court donc trouver
Simon-Pierre et l'autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle
leur dit : «On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous
ne savons pas où on l'a mis.» Pierre partit donc avec l'autre
disciple, pour se rendre au tombeau. Ils courraient tous les deux
ensemble, mais l'autre disciple courut plus vite que Pierre et
arriva le premier au tombeau. En se penchant, il voit que le linceul
est resté là ; cependant il n'entre pas. Simon-Pierre, qui le
suivait, arrive à son tour, il entre dans le tombeau, et il regarde
le linceul resté là, et le linge qui avait recouvert la tête, non
pas posé avec le linceul, mais roulé à part à sa place. C'est
alors qu'entra l'autre disciple, lui qui était arrivé le
premier au tombeau. Il vit et il crut. Jusque-là, en effet, les
disciples n'avaient pas vu que d'après l'Écriture, il
fallait que Jésus ressuscite d'entre les morts.
Commentaire
Ci-gît ! Faute de frappe ou de
français ? Pourtant des milliers d'épitaphes, des millions de
pierres tombales, des milliards de stèles qui tapissent la face de
la terre gardent par ces mots le souvenir d'une absence et d'une
présence. Pierres érodées
par le temps, les intempéries, peut-être même le travail d'un
graveur retenu pour effacer le tout. Il est bon malgré tout de
retrouver dans le vaste champs des morts l'indice d'une présence :
l'un des nôtres.
Les Hébreux avaient, entre autres
peuples, ce culte du tombeau et ne craignaient rien de plus que de
mourir en plein désert. (Ex.16: 3, 17:3) Abraham marchanda avec les
fils de Het pour donner à Sara son épouse une sépulture dans la
grotte de Makpéla. (Ge.23: 7+) «Isaac mourut et fut réuni à sa
parenté : ses fils l'ensevelirent.» (Ge.35; 29) C'est avec émotion
que nous pouvons relire ici les dernières volontés de Jacob :
«Quand je serai couché avec mes pères, tu m'emporteras d'Égypte
et tu m'enterreras
dans leur tombeau.» (Ge. 47:30) Pareille sollicitude
permettait aux morts de rejoindre les mânes de leurs ancêtres. Ne
pas être enseveli décemment constituait le comble à tous les maux :
«Un individu a eu cent fils et autant de filles, sa vie a été
bien longue. Il ne profite pas de son bien, il n'a même pas un
tombeau. L'avorton est plus heureux que lui. Il vient des ténèbres
et il va dans les ténèbres.» (Qo.6: 3) «Joïaqim, roi de Juda:
malheur à cet homme-là ! Pour lui, point de lamentation ! Il aura
l'enterrement d'un âne, on le traînera pour le jeter hors des
portes de Jérusalem.» (Jér.22: 18) Moïse et le prophète Élie
n'auront ni sépulture ni tombeau, mais pour d'autres motifs
(Dt.34 ; 6
Jésus sera
objet de ces dévotion et respect : «Le soir du
vendredi saint, un homme riche, nommé Joseph, disciple de Jésus,
alla trouver Pilate et demander le corps de Jésus, qu'il roula
dans un linceul propre et plaça dans le tombeau tout neuf qu'il
s'était fait tailler dans le roc ; puis,
il roula une grande pierre à l'entrée du tombeau et
s'en alla.» (Mat.27: 57-60) «Le premier jour de la semaine,
(pour nous, dimanche matin) Marie de Magdala se rend de bonne heure
au tombeau alors qu'il faisait encore sombre, et elle voit que la
pierre a été enlevée du tombeau. Pierre et Jean accourent à la
nouvelle et voient les bandelettes à terre ainsi que le suaire qui
recouvrait la tête de Jésus roulé dans un endroit à part.» Le
tombeau vide !. Réalité
inacceptable pour les ancêtres et les vivants, une seconde mort
pour les témoins du Calvaire. «On a enlevé mon Seigneur,
s'exclamera Marie aux anges assis là où reposait le corps de Jésus,
et je ne sais où on l'a mis.» (Jn.20: 13)
Après
tant de promesses, un tombeau vide : « Le Fils de l'homme
doit souffrir, être mis à mort et le troisième jour, ressusciter.»
Après tant d'espérance, un tombeau vide : «Ton frère
ressuscitera, avait dit Jésus à Marthe. Je suis la résurrection.
Qui croit en moi fut-il mort vivra et quiconque vit et croit en moi
ne mourra jamais. Crois-tu cela ?» (Jn.11: 23-26)
Après tant d'amour et de sollicitude, un tombeau vide :
«Jésus vint à Béthanie. On lui offrit un repas. Marthe servait.
Marie oignit d'un parfum très coûteux les pieds de Jésus et les
essuyait de ses cheveux.» (Jn.12: 2-3) Un tombeau vide! Il faudrait
être juif ou oriental pour comprendre.
Pour tous
les disciples de Jésus, le tombeau vide constitue un véritable défi,
il en appelle à une foi totale. La personne de Jésus, homme de
douleurs et connu de la souffrance, son aspect défiguré, sans
apparence humaine (Is. 52:13), son regard plein de compassion, ses
gestes de tendresse et de miracles,
rien n'est plus, seules demeurent ses paroles et le défi
d'une foi aveugle. «Jean vit et il crut. En effet, Pierre et Jean
n'avaient pas encore compris que, d'après l'Écriture, il
devait ressusciter des morts.» (Jn.20: 9)
L'apôtre
Paul pourra bien nous partager son enthousiasme concernant la résurrection,
mais «il transmet tout d'abord ce qu'il a lui-même reçu, à
savoir que le Christ est mort pour nos péchés selon les Écritures,
qu'il a été mis au tombeau et qu'il est ressuscité le troisième
jour selon les Écritures.» (1 Co.15: 2) «Le Christ ne meurt
plus, il a vaincu la mort, la mort n'exerce plus aucun pouvoir sur
lui. (Rom. 6:9) «Si le Christ n'est pas ressuscité, vaine est
notre foi.» (1 Co.15: 17) «Où
est-elle, ô mort, ta victoire, où est-il, ô mort, ton aiguillon.»
(1 Co. 15:54)
C'est
à cette foi aux Écritures et aux
promesses de Jésus que nous sommes conviés en chacune de
nos eucharisties lorsque nous célébrons le mémorial de la mort et
de la Résurrection du Christ.
Nous n'évoquons pas un passé immémorial, mais un présent.
«L'Esprit de Celui
qui a ressuscité Jésus d'entre les morts
habite parmi nous et il donnera aussi la vie à nos corps
mortels. » (Rom.8: 11) La puissance de Dieu demeure présente en tous temps et en
tous lieux, cette puissance pascale qui nous rejoint tous, membres
du corps dont le Christ ressuscité est la tête, comme elle rejoint
un jour Lazare et tous les infirmes guéris par Jésus. Ce n'est
donc point un anniversaire qui nous rassemble autour de la table
eucharistique, mais un ensemble de rites et de paroles qui réalise
pour tous et chacun l'événement de la résurrection et nous
associe à l'efficacité de la puissance du Père réalisée par
le Christ : «Baptisés dans le Christ Jésus, c'est dans sa
mort que nous avons été baptisés. Nous avons été ensevelis avec
lui par le baptême dans la mort afin que, comme le Christ est
ressuscité des morts par la gloire du Père, nous vivions nous
aussi dans une vie nouvelle.» (Rom.6: 1-4)
Face
au tombeau vide, nous pouvons, par la grâce des Écritures et de la
foi, lire au lieu des mots «CI-GÎT» érodés par l'oeuvre
pascale de l'Esprit :
C I - V I T
! .
Jacques
Sylvestre o.p.
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