- Devine qui vient souper ?
- par Jacques
Sylvestre, o.p.
- Année
C. Sixième dimanche de Pâques. 20 mai 2001.
Évangile selon saint
Jean 14, 23-29
À
l'heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à
ses disciples : «Si quelqu'un m'aime, il restera fidèle
à ma parole ; mon Père l'aimera, nous viendrons chez lui, nous
irons demeurer auprès de lui. Celui qui ne m'aime pas ne restera
pas fidèle à mes paroles. Or, la parole que vous entendez n'est
pas de moi : elle est du Père, qui m'a envoyé. Je vous dis
tout cela pendant que je demeure encore avec vous ; mais le Défenseur,
l'Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera
tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit.
C'est la paix que je vous laisse, c'est ma paix que je vous
donne ; ce n'est pas à la manière du monde que je vous la donne.
Ne soyez donc pas bouleversés et effrayés. Vous avez entendu ce
que je vous ai dit : je m'en vais, et je reviens vers vous.
Si vous m'aimiez, vous seriez dans la joie puisque je pars vers le
Père, car le Père est plus grand que moi. Je vous ai dit toutes
ces choses maintenant, avant qu'elles n'arrivent ; ainsi,
lorsqu'elles arriveront, vous croirez.»
Commentaire
Dans quelques
jours, Jésus aura accompli sa mission sur terre. Mais avant de
disparaître aux regards des siens, il veut donner un sens à son
absence : présence permanente et vivifiante pour ceux et
celles qui croiront en lui et vivront dans son amour. Cette parole
du Seigneur dans les derniers moments du repas pascal est son
testament, une promesse inoubliable, pour laquelle l'Esprit, le Défenseur
sera donné.
Au terme de sa réflexion
et de son travail sur l'évangile, Jean pénètre plus avant dans
le mystère de l'absence et de la présence de Jésus aux siens.
Depuis la croix, il a vécu dans cette absence sensible, mais il a
peu à peu saisi qu'elle était la condition d'une présence
transcendante du Seigneur.
Les départs sont
rarement objets de réjouissance, même leurs perspectives
remplissent le coeur de tristesse et d'angoisse. «Ne soyez donc
pas bouleversés et effrayés,»
recommandait Jésus à ses disciples ; «je m'en vais et je
reviens». Quelle émouvante
promesse ! Il fait bon de l'entendre au départ d'un être cher.
«Si vous m'aimiez, vous seriez dans la joie puisque je pars vers
le Père.» J'ai souvenir des propos d'un vieux chrétien au
chevet de son épouse moribonde : «Pourquoi pleurer ? Je
serais bien égoïste de me plaindre, lorsque après tant d'années
heureuses vécues ensemble, elle s'en va retrouver notre Seigneur.» Seule la foi permet pareille espérance, incomparable
certitude : «Je vous ai dit toutes ces choses maintenant,
avant qu'elles n'arrivent, ainsi lorsqu'elles arriveront, vous
croirez.»
Mais, la chose la
plus merveilleuse demeure encore cette promesse de présence et
d'intimité après son départ. Nous sommes à quelques heures de
l'Ascension, et devant l'imminence de l'événement, Jésus déclare
à ses disciples : « Si quelqu'un m'aime, il restera
fidèle à ma parole ; mon Père l'aimera, nous viendrons chez
lui, nous irons demeurer auprès de lui.»
Une vie
d'intimité avec Dieu, comme en vivent certaines âmes, est-ce
croyable ? Évoquons ici le souvenir de la grande Marie de
l'Incarnation. Kateri Tékachouïta s'enfonçait dans les bois
pour goûter davantage cette relation amoureuse avec Dieu, et notre
bon ami Jean XXIII dont le Journal est pregnant de cette présence
sentie de Jésus aux diverses étapes de sa vie. Notre réaction
serait-elle de penser des uns et des autres : «plus admirables
qu'imitables.» Pourtant le secret de ces âmes, la source de leur
intimité incomparable et durable avec Dieu est celle-là même que
Jésus précisait : la fidélité à la Parole.
Pour accueillir
Dieu, il faut recevoir sa parole et en vivre dans l'amour. Toute
la tradition biblique le proclame : la connaissance de Dieu est
relation personnelle, intimité, amour. «Si quelqu'un m'aime,
il gardera ma parole.» Huit
siècles avant Jésus, Osée annonçait déjà
cette connaissance initiatique
: «Je te fiancerai à moi pour toujours ; je te fiancerai
dans la justice et le droit, dans la tendresse et l'amour ; je te
fiancerai à moi dans la fidélité et tu connaîtras Yahvé.» (Osée
2 :21-22)
Fidélité à la
Parole, l'expression risque de nous déconcerter. La fidélité
s'avère chose tellement rare de nos jours, toute forme
d'engagement facilement contestée. Il suffirait très simplement de lire la Parole, de l'entendre, de la
laisser mijoter en nous, de la comprendre comme on se recueille
devant un mot d'amour. Revenons à cette page de Matthieu, la
parabole du semeur et les explications qu'en donne l'évangéliste :
«Celui qui a reçu la Parole, cette semence dans la bonne terre,
c'est l'homme qui entend la Parole et la comprend : celui-là
porte du fruit et produit tantôt cent, tantôt soixante, tantôt
trente.» (Mat. 13 : 23)
«Si quelqu'un
m'aime, il restera fidèle à ma parole ; mon père l'aimera,
nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui.»
L'Apocalypse de Jean
prête à Dieu une invitation analogue : «Voici que je me
tiens à la porte et que je frappe ; si quelqu'un entend ma voix
et ouvre la porte, j'entrerai chez lui pour souper, moi près de
lui et lui près de moi.» (Apoc.3 :20)
Qui peut refuser
sa porte à l'Hôte divin ? La voix du Seigneur dans le lointain
fera tressaillir notre âme comme Élisabeth à la voix de Marie ?
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