- Chercheurs de Dieu
- par Jacques Sylvestre, o.p.
- L'Épiphanie.
Année C. Dimanche 7 janvier 2001.
Évangile selon saint Matthieu 2,1-12
«Jésus étant né à Bethléem de Judée, au temps du roi
Hérode, voici que des mages venus d'orient se présentèrent à
Jérusalem et demandèrent :« Où est les toi des juifs qui vient
de naître ? Nous avons vu en effet, son astre se lever et sommes
venus lui rendre hommage.» Informé, le roi Hérode s'émut, et
tout Jérusalem avec lui. Il assembla tous les grands prêtres avec
les scribes du peuple, et s'enquit auprès d'eux du lieu où
devait naître le Christ. «À Bethléem de Judée, lui
répondirent-ils ; car c'est ce qui est écrit par le prophète :
«Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n'es nullement le moindre
des clans de Juda ; car de toi sortira un chef qui sera pasteur de
mon peuple Israël.»
«Alors Hérode manda secrètement les mages, se fit préciser
par eux la date de l'apparition de l'astre, et les dirigea sur
Bethléem en disant :«Allez vous renseigner exactement sur l'enfant,
avisez-moi, afin que j'aille, moi aussi, lui rendre hommage.»
«Sur ces paroles du roi, ils se mirent en route ; et voici que l'astre
qu'ils avaient vu à son lever, les devançait jusqu'à ce qu'il
vint s'arrêter au-dessus de l'endroit où était l'enfant. La
vue de l'astre les remplit d'une très grande joie. En entrant
dans le logis, ils virent l'enfant avec Marie, sa mère, et,
tombant à genoux, se prosternèrent devant lui ; puis, ouvrant
leurs cassettes, ils lui offrirent en présent de l'or, de l'encens
et de la myrrhe. Après quoi, un songe les ayant avertis de ne point
retourner chez Hérode, ils prirent une autre route pour rentrer
dans leur pays.»
Commentaire
L'Épiphanie, fête des Rois, dernière de nos célébrations
familiales des «Fêtes». Mais, c'est aussi le fête des
«Chercheurs de Dieu». Cette Fête de Rois est à proprement parler
plus grande que Noël. La liturgie célèbre alors l'Épiphanie de
Dieu, la manifestation glorieuse du Verbe de Dieu au milieu de nous,
celui qui «vient visiter son peuple» (Luc.1:68).
Essayons de découvrir le sens de la narration que nous donne
Matthieu de l'événement dont il faisait le récit à ses
ouailles dans les premières années du christianisme.
Nous sommes aux environs de l'an 5 avant l'ère chrétienne.
Jésus, né depuis une quarantaine de jours, reçoit la visite des
Mages. Ces sages, de grande influence dans leur pays, sans doute la
Perse, adeptes de la doctrine de Zarathoustra et sans lien de
parenté avec les astrologues, arrivent à Jérusalem. Combien
étaient-ils : deux selon la fresque de saint Pierre et saint
Marcelline, à Rome, trois, quatre, huit, et même douze selon les
traditions syriennes et arméniennes ? Le nombre trois prévalut en
référence avec les dons offerts et peut être aussi parce qu'ils
représentaient les trois races de Sem, Cham et Japhet, issues de
Noé. Leurs noms : Melchior, Gaspar et Balthasar, selon un manuscrit
italien du IXe siècle.
«Où est le roi des Juifs qui vient de naître»,
demandèrent-ils ? On imagine la curiosité suscitée par ces
inconnus allant et répétant la question à travers les rues
étroites de Jérusalem. La question troubla le roi Hérode, mais
les juifs eux l'entendaient un peu avec moquerie, sans toutefois
demeurer parfaitement indifférents, car ce que ces étrangers
annonçaient se trouvait au coeur de leur espérance.
Ces mages avaient été conduits jusqu'à Jérusalem par la
marche de l'étoile, l'élément prodigieux du récit. «Ils ont
vu son astre se lever.» L'étoile, remarquée en Orient, disparut
par la suite pour réapparaître et se déplacer au fur et à mesure
que les Mages cheminaient de Jérusalem à Bethléem. Phénomène
naturel ou préternaturel ? Si nous options pour un élément
figuratif et une intention pédagogique de l'auteur de cet
Évangile ! Isaie (9:1-5) donne la clé de l'interprétation :
«Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande
lumière ; sur les habitants du sombre pays, une lumière a
resplendi... Car un enfant nous est né, un fils nous est donné, il
a reçu l'empire sur les épaules»... Le récit prend ainsi plus
de sens qu'avec la supposition de l'apparition d'une comète
ou de la conjonction de Jupiter et de Saturne.
L'épisode des Mages se termine avec l'hommage rendu à l'enfant
: Ils lui offrirent en présent de l'or, de l'encens et de la
myrrhe. L'auteur a sans doute quelques réminiscences du prophète
: «Tous ceux de Saba viendront, ils apporteront de l'or et de l'encens
et publieront les louanges de Yahvé» (Is. 60:6) Le détail des
présents a ici moins d'importance que leur portée significative.
Le but de l'évangéliste en incluant l'épisode de la visite
des Mages dans son Évangile de l'enfance était une réponse aux
membres de sa communauté primitive, sans doute des Juifs convertis
qui se demandaient pourquoi si peu de leurs coreligionnaires avaient
suivi le Christ. Le salut ne devait-il pas venir d'Israël ? Quel
drame, quel aveuglement : «Il est venu chez les siens et les siens
ne l'ont pas reçu» (Jn.1:11). Des païens sur d'insignifiantes
données, un astre jusqu'alors demeuré inaperçu, signe de Dieu
chez les anciens, se dérangent et viennent de loin. Les païens
auraient mieux vu qu'Israël.
Pourtant, pour ces païens, un signe a bouleversé l'existence,
un signe qu'ils ont gardé dans leur cour pour le méditer, voir
toute sa portée. Notre foi sera vraie si elle nous poussait un jour
hors de nous-mêmes au lieu de demeurer pur savoir théorique. Nous
restons dans nos idéologies, nos idées toutes faites et ce, depuis
un bon moment. Au lieu de voir dans notre quotidien et dans le
prochain une ou des étoiles qui devraient nous interroger et nous
pousser plus loin dans notre quête de Dieu. .
"Tu ne me chercherais pas si tu ne m'avais trouvé»,
écrivait saint Augustin dans ses Soliloques. D'aucun sont
toujours «en état de recherche», façon élégante d'exprimer
le doute, l'indifférence dans lesquels on s'est plus ou moins
installé pour justifier la liberté de n'adhérer à rien. D'autres
cherchent toujours parce qu'ils n'ont pas encore trouvé. Ils s'informent,
réfléchissent. Leur «gémissement», disait Pascal, ne laisse pas
insensible le cour de Dieu. Enfin, une troisième catégorie de
chercheurs, ceux qui cherchent parce qu'ils ont trouvé et ayant
trouvé, ils cherchent plus encore : tous ces croyants et croyantes
à la foi vivante et conscients du caractère insondable de la
Révélation. «La foi cherche l'intelligence», quelle
définition plus belle et plus simple des chrétiens en quête de
Dieu. Par delà les mots, c'est à la vie même de Dieu qu'ils
adhèrent, leur foi cherche à acquérir une intelligence plus
profonde plus vivante de son mystère. La foi et les signes des
temps s'interrogent mutuellement. Aux problèmes nouveaux, la foi
tente de trouver des réponses nouvelles en scrutant toujours
davantage le cour de la foi. Mais, c'est vers les choses de Dieu
qu'elle s'oriente davantage.
Chercher à comprendre toute la tendresse de Dieu, dominer notre
crainte de Dieu qui tend toujours à faire prévaloir la sévérité
du juge sur la tendresse du Père. Libérer l'Esprit de Dieu qui
veut pousser en nous ce cri : «Abba, Père !», le résumé de
toute la révélation que Dieu nous a faite de son visage.
Chercher la volonté de Dieu. «Nous ne cessons de prier pour
vous, écrivait Paul aux Colossiens (1,9-10) et de demander à Dieu
qu'il vous fasse parvenir à la pleine connaissance de sa volonté
en toute sagesse et intelligence spirituelle. Ainsi vous pourrez
mener une vie digne du Seigneur et qui lui plaise en tout.»
Et, troisième étape de la quête de Dieu, le chercher dans les
autres. Aimer les autres tels qu'ils sont, comme le Christ nous
aimés. Réalisme de l'amour et non plus le rêve d'un amour
impossible, drame de toute désunion. «Alors que nous étions
pécheurs, le Christ a donné sa vie pour nous» (Rom. 5.8),
«Quiconque aime connaît Dieu parce que Dieu est amour» (1 Jn.
4:7)
«Cherchez Dieu et vous vivrez», (Amos 5;4), «Joie pour les cours
qui cherchent Dieu».
Tel sera l'astre que les mages de notre temps poursuivront dans
leur quotidien sur des chemins d'adoration, d'extase et d'amour.
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