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- Avec
moi
- par Jacques
Sylvestre, o.p.
- Année C. Christ-Roi.
25 novembre 2001.
Évangile selon
saint Matthieu 24 : 37-44
omme
aux jours de Noé, ainsi sera l'avènement du Fils
de l'homme. En ces jours qui précédèrent
le déluge, on mangeait et on buvait, on prenait femme et
mari, jusqu'au jour où Noé entra dans l'arche, et
les gens ne se doutèrent de rien jusqu'à l'arrivée
du déluge, qui les emporta tous. Tel sera l'avènement
du Fils de l'homme. Alors, deux hommes seront aux champs : l'un
est pris, l'autre laissé ; deux femmes en train de moudre
: l'une est prise, l'autre laissée. Veillez donc, car vous
ne savez pas quel jour va venir votre Maître. Comprenez-le
bien : si le maître de maison avait su à quelle heure
de la nuit le voleur devait venir, il aurait veillé et
n'aurait pas permis qu'on perçât les murs de sa demeure.
Ainsi donc, tenez-vous prêts, vous aussi, car c'est à
l'heure que vous ne pensez pas que le Fils de l'homme viendra.
La
liturgie a droit à son propre vocabulaire, mais les mots
employés ont aussi un sens profane dont la liturgie ne
peut faire abstraction, et le terme roi en est un exemple. Il
existe toutefois une réalité historique dont nul,
si croyant fut-il, ne peut faire abstraction même si les
mots comportent des résonances sociales qui répugnent
à notre sensibilité contemporaine. Il suffit de
prendre la signification du vocable roi dans la bouche Pilate.
Ce dernier établit son royaume sur la puissance alors que
Jésus fonde sa royauté sur la faiblesse. Mais, par
son annonce du Royaume de Dieu, Jésus réveillait
un vieil espoir politique ancestral : la terre enfin possédée
et la libération de l'occupant. Au jour même de l'Ascension,
les disciples lui demandèrent : Est-ce maintenant
le temps où tu vas rétablir la royauté en
Israël ? (Ac.1 : 6)
Pour nous, la fête du Christ Roi et l'évangile proclamé
pourraient être comme l'apothéose d'une catéchèse
lucanienne qui a porté, ces derniers dimanches, sur la
fin des temps. La fin viendra, assurément, mais prendra-telle
l'image de l'effondrement des tours du World Trade Center et de
la mort de milliers d'occupants et sauveteurs ? Cette page constitue,
au cur de l'évangile de Luc, un petit évangile
au sens le plus fort du terme : le joyeux message de la force
libératrice de la mort de Jésus, message d'espérance,
message pascal
Les
chefs se moquaient : Il en a sauvé d'autres, qu'il
se sauve lui-même s'il est le Christ de Dieu, l'élu.
Les soldats s'associaient à leurs moqueries :
Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! L'inscription
même au sommet de la croix ajoutait à la dérision
: Celui-ci est le roi des Juifs. Faut-il compléter
le tableau : les propos de l'un des malfaiteurs qui, à
son tour, va défier Jésus. Trois paroles de railleries
forment donc la trame de ce passage et toutes trois présentent
des éléments identiques : une interpellation au
crucifié et le défi de se sauver lui-même.
Si Jésus ne peut donner suite à cette fanfaronnade,
c'est que sa vie est dans la main du Père (23 : 46): Père,
je remets mon esprit entre tes mains. Sauver sa propre
vie, Jésus l'a refusé dès le début
de sa mission (4 : 9+) ; mais sauver ceux que le Père a
tirés du monde pour les lui donner (Jn. 17 : 60), telle
est la sa volonté. Tout son uvre se réalise
en cette dernière heure de sa vie. Tel est le sens de ce
passage de Luc : la délivrance par Jésus et le salut
venant de la croix. Ce que les Juifs tournaient en dérision
se révèle en ce jour comme vérité
et réalité. Un Christ crucifié, scandale
pour les juifs, folie pour les païens. Mais pour les appelés,
juifs ou grecs, c'est le Christ, puissance de Dieu et sagesse
de Dieu. 1 Co.,1 : 23-24
Les
propos du bon larron sont bouleversants. Malgré le désespoir
d'une vie ratée, l'angoisse d'une mort prochaine et l'acuité
de ses souffrances, il trouve la force de reprendre son compagnon
et de lui signifier que, en face de la mort, toutes malédictions
et outrages doivent cesser, il n'y a de place que pour la crainte
de Dieu. Impliqués les uns avec les autres dans un même
destin, nous ne pouvons nous dégager de cette solidarité.
Cela est vrai pour chacun et chaque mort. Le témoignage
du bon larron va constituer le deuxième de trois verdicts
d'innocence outre le sien, celui de Pilate : Je ne trouve
aucune faute en lui (23 : 4, 14s ) et enfin celui du centurion
au pied de la croix : Cet homme était vraiment un
juste. (23 : 47)
La
prière du bon malfaiteur, prière du souvenir, s'inspirait
des Anciens ; dans leur détresse, les fidèles se
retournaient vers Dieu et lui demandaient de se souvenir d'eux.
Le larron interpelle Jésus par son nom : Jésus,
c'est à dire sauveur , avait précisé
l'ange à Joseph. L'imploration confiante du supplicié
ne se trouve pas seulement exaucée, mais dépassée
: Aujourd'hui, tu seras avec moi en Paradis. Personne
n'avait jamais reçu pareille promesse, c'est à lui
personnellement que Jésus promet que, aujourd'hui, cela
va se produire, à l'heure où tout s'obscurcit. Cet
aujourd'hui, jour de sa mort, sera pour le larron celui de son
entrée dans la vie, au Paradis, le terme de son espérance
contre toute espérance. D'un bout à l'autre de l'évangile
de Luc, cet aujourd'hui revient à maintes
reprises : 2 : 11 ; 4 : 21; 21 : 5, 25
Aujourd'hui, la mort
est vaincue par celle de Jésus.
Tu seras avec moi , la promesse était jusque là
l'apanage des apôtres : Et moi je dispose du Royaume
comme mon père en a disposé pour moi, afin que vous
mangiez et buviez à ma table en mon Royaume. (22
: 29) Cette même réalité devient aujourd'hui
le privilège d'un malfaiteur : dans la communion à
la mort de Jésus, le bon larron se voit appelé à
la communion de vie avec lui. Le criminel devient ainsi le porte-voix
de tous ceux et celles qui sont confrontés à la
mort, coupables ou non. Le terme Paradis, désigne la demeure
des justes où ils vivront avec moi , c'est
à dire avec Jésus..
Mourir
en fixant sur le Christ son espérance est vraiment le salut,
le triomphe de la vie sur la mort. Avec lui, durant la vie,
avec moi à la mort.
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