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- Soyez sur le guet
- par Jacques
Sylvestre, o.p.
- Année C. 29e
dimanche. T.O. 21 octobre 2001.
Évangile selon
saint Luc 18 : 1-8
uis
Jésus leur dit une parabole sur ce qu'il fallait toujours
prier sans jamais se lasser. Il y avait dans une ville un
juge qui ne craignait Dieu et se moquait des hommes. Il y avait
aussi dans cette ville une veuve qui venait la trouver, en disant
: Rends-moi justice contre mon adversaire! Longtemps, le juge
s'y refusa. Puis il se dit : J'ai beau ne pas craindre
Dieu et me moquer des hommes, néanmoins, comme cette veuve
m'importune, je vais lui faire justice, pour qu'elle ne vienne
pas sans fin me casser la tête. Et le Seigneur dit
: écoutez ce que dit ce juge inique. Et Dieu ne ferait
pas justice à ses élus qui crient vers lui nuit
et jour, tandis qu'il temporise à leur sujet ! Je vous
le dis, il leur fera prompte justice. Mais le Fils de l'homme,
quand il viendra, trouvera-t-il encore la foi sur la terre?
Question
déplacée ? Vieille hantise ? Avenir improbable,
coup de tonnerre dans un ciel estival ! Tel est le sujet sur lequel
l'évangéliste veut retenir notre attention en ce
dimanche, dans cette parabole exclusive à Luc.
Précédemment,
l'évangéliste avait entretenu ses disciples sur
la venue du Règne de Dieu, (17 :22-37), enseignement qu'il
avait introduit par une question venant des pharisiens : Quand
donc viendra le règne de Dieu ? (17 :20-21) Cette
parabole de la veuve se termine sur le thème du jugement
: Le Fils de l'homme, quand il viendra, trouvera-t-il la
foi sur la terre? (18 :8)
La
question hantait les hommes de ce temps, davantage que nous. Nous
n'avons qu'à relire les deux lettres de Paul aux Thessaloniciens
(2 Th.5 :1-11 et 2 Th.2 :1-17). Vous savez vous-mêmes
parfaitement que le Jour du Seigneur arrive comme un voleur en
pleine nuit. Et l'auteur de la Lettre aux Hébreux
insiste : Le Christ, après s'être offert une
seule fois pour enlever les péchés d'un grand nombre,
apparaîtra une seconde fois à ceux qui l'attendent
pour leur donner le salut, à ceux et celles qui vivent
en ces jours qui sont les derniers.(He.1:2) Voilà
qui est de nature à expliquer le préambule de la
parabole de Luc, disciple de Paul. Dans la pensée de son
enseignement et pour ceux qui vivaient en attente, Luc débute
ainsi : il faut prier et ne jamais se lasser de prier.
Une
veuve, le type même de la personne sans défense,
se présente devant son juge et le prie de lui faire justice,
de la venger de ses ennemis. Mais le juge laisse traîner
l'affaire. Un monologue intérieur dénué de
toute psychologie amène finalement le juge à changer
son attitude. Sans motifs valables, simplement par égoïsme,
il prête l'oreille aux demandes de la veuve importune. L'action
du juge, voilà bien la pointe de la parabole.
évidemment,
la veuve demeure pour Luc le modèle des fidèles
qui prient avec constance. L'évangéliste pense sans
doute aux persécutions qui imposent aux croyants de rendre
témoignage à Jésus au péril de leur
vie. (Lc.6 :22-23, 9 :26; 12 : 4,8,12; 21 :12-19). Si Dieu tient
ses promesses, les fidèles seront-ils fidèles jusqu'au
bout ?
Mais
l'important pour Luc dans cet enseignement est de raviver dans
l'esprit des siens l'attente de la Parousie, du retour glorieux
du Christ à la fin des temps, la venue du Règne
de Dieu. Le Seigneur ne se manifestera plus visiblement, il faut
l'attendre dans la foi jusqu'au dernier jour. La parousie viendra
soudainement, de façon inopinée, c'est pourquoi
les disciples doivent se montrer vigilants et alertes, et prier
sans désarmer, avec assiduité et sans défaillance.
Telle est bien l'intention première de Luc dans cette parabole
de la veuve.
Car
Le Fils de l'homme quand il viendra, trouvera-t-il la foi
sur la terre? Personne ou si peu ne l'attendront vraisemblablement.
Beaucoup se seront assoupis, vivant dans une insouciance absolue,
une torpeur spirituelle, sans préoccupation religieuse,
se jugeant en sécurité, comme à la veille
du Déluge et de la destruction de Sodome. (17 :26-30) A
l'inverse du premier avènement, celui de Jésus en
son Incarnation, progressif et à peine visible, le second
sera soudain et instantané.
Cette
exhortation à la prière importune ne concerne pas
ici les nécessités quotidiennes, mais la fermeté
dans l'attente de la venue du Christ. Et il s'agit moins de ténacité,
que de hardiesse, absence de timidité, d'audace, source
d'opiniâtreté, appuyée sur la foi.
Si
le juge inique a finalement prêté l'oreille à
la prière importune de la veuve, combien plus Dieu, la
justice même, entendra-t-il le cri de détresse de
ses élus, Il fera justice impromptu. (18 :8)
La prière apparemment inefficace doit donc se poursuivre,
encore qu'on ne sache ni sous quelle forme, ni à quelle
époque elle obtiendra ce qu'elle implore. C'est en
tenant ferme que vous gagnerez. (21 :19).
Oui,
maintenant, demeurez en lui, petits enfants, pour que s'il venait
à paraître, nous ayons pleine assurance et non point
la honte de nous retrouver loin de lui à son Avènement.
(I Jn. 2 :28)
Soyez
sur le guet ! Veillez et priez car vous ne savez ni le
jour ni l'heure (Mat. 24;42)
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