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- Au coeur de l'évangile
- par Jacques
Sylvestre, o.p.
- Année C. 24e
dimanche. T.O. 16 septembre 2001.
Évangile selon
saint Luc 15 : 1-32
Cependant
les publicains et les pécheurs s'approchaient tous de lui
pour l'entendre. Et les Pharisiens et les Scribes de murmurer
:Cet homme, disaient-ils, fait bon accueil aux pécheurs
et mange avec eux ! Jésus leur dit alors cette parabole
: Lequel d'entre vous, s'il a cent brebis et vient à
en perdre une, n'abandonne les quatre-vingt-dix-neuf autres dans
le désert, pour s'en aller après celle qui est perdue,
jusqu'à ce qu'il l'ait retrouvée ? Et, quand il
l'a retrouvée, il la met, tout joyeux, sur ses épaules,
et, de retour chez lui, il assemble amis et voisins et leur dit
: Réjouissez-vous avec moi, car je l'ai retrouvée
ma brebis qui était perdue ! C'est ainsi, je vous
le dis, qu'il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur
qui se repent que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n'ont
pas besoin de repentir.
Ou
bien, quelle est la femme qui, si elle a dix drachmes et vient
à en perdre une, n'allume la lampe, ne balaie la maison
et ne cherche avec soin, jusqu'à ce qu'elle l'ai retrouvée
? Et, quand elle l'a retrouvée, elle assemble amies et
voisines et leur dit : Réjouissez-vous avec moi,
car je l'ai retrouvée, la drachme que j'avais perdue !
C'est ainsi, je vous le dis, qu'il y a de la joie parmi les anges
de Dieu pour un seul pécheur qui se repent.
Il
dit encore :Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit
à son père : Père donne-moi la part
de fortune qui me revient. Et le père leur partagea
son bien. Peu des jours après, le plus jeune des fils,
rassemblant tout son avoir, partit pour un pays lointain et y
dissipa son bien dans une vie de prodigue. Quand il eut tout dépensé,
une grande famine survint en ce pays et il commença à
sentir la privation. Il alla se mettre au service d'un des habitants
de la contrée qui l'envoya dans ses champs garder les cochons.
Il aurait bien voulu se remplir le ventre des caroubes que mangeaient
les cochons. Mais personne ne lui en donnait. Rentrant alors en
lui-même, il se dit : Combien de journaliers de mon père
ont du pain en abondance, et moi, je suis ici à mourir
de faim ! Je veux partir, retourner vers mon père et lui
dire : Père, j'ai péché contre le Ciel et
contre toi ; je ne mérite plus d'être appelé
ton fils, traite-moi comme l'un de tes journaliers. Il partit
donc et s'en retourna vers son père. Comme il était
encore loin, son père l'aperçut et fut touché
de compassion ; il courut se jeter à son cou et l'embrassa
longuement.
Le
fils alors dit à son père : Père, j'ai péché
contre le Ciel et contre toi, je ne mérite plus d'être
appelé ton fils. Mais le père dit à ses serviteurs
: Vite, apportez la plus belle robe et l'en revêtez, mettez-lui
un anneau au doigt et des chaussures aux pieds. Amenez le veau
gras, tuez-le, mangeons et festoyons, car mon fils que voilà
était mort et il est revenu à la vie ; il était
perdu et il est retrouvé ! Et ils se mirent à festoyer.
Son fils aîné était aux champs. Quand, à
son retour, il fut près de la maison, il entendit la musique
et les danses. Appelant un des serviteurs, il lui demanda ce que
cela signifiait. Celui-ci lui dit : C'est ton frère qui
est de retour, et ton père a tué le veau gras, parce
qu'il est revenu en bonne santé. Le fils aîné
se mit alors en colère et refusa d'entrer. Son père
sortit l'en prier. Mais il répondit à son père
: Voici tant d'années que je te sers sans avoir jamais
transgressé un seul de tes ordres, et jamais tu ne m'as
donné un chevreau, à moi, pour festoyer avec mes
amis ; et puis ton fils que voilà revient-il, après
avoir dévoré tout ton bien avec les femmes, tu fais
tuer pour lui le veau gras ! Mais le père lui dit : Toi,
mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à
moi est à toi. Mais il fallait bien festoyer et se réjouir,
puisque ton frère que voilà était mort et
il est revenu à la vie, il était perdu et il est
retrouvé.
Commentaire
En
quoi, aux yeux de saint Luc, ce chapitre 15e peut-il être
d'actualité pour nous chrétiens d'hier et aujourd'hui
? Faut-il transférer dans ce christianisme primitif le
problème juif indiqué dans l'introduction ? Les
premiers chrétiens auraient-ils réparti leurs coreligionnaires
en deux catégories ? Ou bien, faut-il croire qu'au temps
de l'évangéliste, une cassure s'était produite
concernant la réception du message de l'évangile
: refusé par les juifs, le message de miséricorde
avait trouvé bon accueil de la part des païens. Paul
et Barnabé déclaraient : C'est à vous
d'abord, Juifs, qu'il fallait annoncer la Parole de Dieu. Puisque
vous la repoussez et que vous ne vous jugez pas dignes de la vie
éternelle, nous nous tournons vers les païens.
(Ac. 13:44-48 et 28:25-28)
Si
nous établissons un rapport entre l'introduction de ce
chapitre 15e et l'épisode terminal, nous pourrions peut-être
discerner la ligne directrice de l'ensemble. Des murmures sont
à l'origine de l'enseignement de Jésus et le murmure
revient avec l'entrée en scène du fils aîné.
Tout le passage et ses refrains, ses appels à la joie,
pourraient être comme un appel aux auditeurs récalcitrants.
Le chapitre indiquerait alors comment passer du murmure à
la joie partagée. Le chapitre reste ouvert et interpelle
aujourd'hui encore le lecteur chrétien de l'évangile.
Il stigmatise toute attitude d'ostracisme, d'intolérance
de groupes choisis, d'élites, fermés sur eux-mêmes,
incapables d'amour pour ceux que l'on méprise. Comment
corriger pareille attitude : partager les sentiments de Dieu.
Jésus
étonne et scandalise ceux qui se considèrent comme
justes et estiment que Dieu ne peut que se réserver aux
gens pieux plutôt qu'aux méchants. Jésus va
répondre en révélant quelle est la conduite
de Dieu. Le Fils de l'homme est venu chercher et sauver
ce qui était perdu. Appeler non les justes mais les pécheurs.
(Mc.2 :17)
Dans
les première et deuxième paraboles, si la recherche
retient davantage l'attention de Matthieu (18 :12-14), en saint
Luc, c'est la joie qui sous tend tout le récit.
Un
fils pour son père : tel est sans doute le secret de la
parabole de l'enfant prodigue. Chacun de deux fils a une fausse
idée à ce sujet : Le cadet s'imagine ne plus être
fils, en raison de ses inconduites. L'aîné, lui,
se considère comme serviteur de son père, mais un
serviteur mal rétribué. Le père corrige en
redisant à son aîné qu'il est non pas serviteur
mais le fils à qui tout appartient en même temps
qu'à son père. Et du cadet que l'aîné
dénonce comme Ton fils que voilà , la
père le dit Ton frère que voilà .
Jésus dénonce ici une religion mercenaire qui rend
incapable d'adopter envers Dieu, une attitude filiale en même
temps qu'une attitude fraternelle avec les hommes. Opposition
de Jésus au type de religion servile que peut engendrer
certain culte de la loi ou certaine fausse théologie non
inspirée de la Révélation. Car, il y a belle
lurette que Dieu voit en nous des fils. Relire les premiers accents
prophétiques (Osée 11, Jér. 2-3)
Dans
cette révélation , car c'en est une, chacun, quelle
que soit sa condition, peut se resituer devant Dieu. Le secret
est le même qu'aux premiers temps : pour Dieu, nous sommes
des fils et des filles éternellement bien-aimés,
et les uns pour les autres, des frères et des surs
. C'est pourquoi nous pouvons dire avec l'Esprit qui crie en nous
: Abba ! Père !
Nous
sommes au cur de l'évangile, la Bonne Nouvelle, la
Révélation.
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