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Novembre
2002 |
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Prêts à risque |
par Jacques Sylvestre, o.p.
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Année
A. Trente-troisième dimanche T.O. 17 novembre
2002
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Evangile de Jésus
Christ selon saint Matthieu (25 : 14-30)
Car
c’est comme un homme qui, partant pour l’étranger,
appela ses serviteurs et leur confia sa fortune. À l’un,
il remit cinq talents, deux à un autre, un seul au troisième,
à chacun selon ses capacités ; puis, il partit. Aussitôt,
celui qui avait reçu cinq talents alla les faire produire
et en gagna cinq autres. Pareillement celui qui en avait reçu
deux en gagna deux autres. Mais celui qui n’en avait reçu
qu’un s’en alla faire un trou en terre et enfouit l’argent
de son maître. Après un long délai, le maître
de ces serviteurs arrive et règle ses comptes avec eux. Celui
qui avait reçu les cinq talents s’avança et
en présenta cinq autres : Seigneur, dit-il, tu m’as
confié cinq talents ; voici cinq autres talents que j’ai
gagnés. » - « C’est bien, serviteur bon
et fidèle, lui dit son maître, en peu de choses tu
as été fidèle, sur beaucoup je t’établirai
; entre dans la joie de ton seigneur. » Vint ensuite celui
qui avait reçu deux talents : « Seigneur, dit-il, tu
m’avais confié deux talents ; voici deux autres talents
que j’ai gagnés. » - « C’est bien,
serviteur bon et fidèle, lui dit le maître, en peu
de choses tu as été fidèle, sur beaucoup je
t’établirai ; entre dans la joie de ton seigneur. »
Vint ensuite celui qui détenait un seul talent : «
Seigneur, dit-il, j’ai appris à te connaître
pour un homme âpre au gain : tu moissonnes où tu n’as
point semé, et tu ramasses où tu n’as rien répandu.
Aussi, pris de peur, je suis allé enfouir ton talent dans
la terre ; le voici, tu as ton bien. » Mais son maître
lui répondit : « Serviteur mauvais et paresseux ! Tu
savais que je moissonne là où je n’ai pas semé
et que je ramasse où je n’ai rien répandu ?
Eh bien! tu aurais dû placer mon argent chez les banquiers
et à mon retour j’aurais recouvré mon bien avec
un intérêt. Enlevez-lui donc son talent et donnez-le
à celui qui a les dix talents. Car à tout homme qui
a, l’on donnera et il aura du surplus ; mais à celui
qui n’a pas, on enlèvera même ce qu’il
a. Et ce propre à rien de serviteur, jetez-le dehors dans
les ténèbres ; là seront les pleurs et les
grincements de dents.
Commentaire
ntre
Jésus qui l’a prononcée une première
fois et la prédication de l’église primitive
à l’intention des chrétiens de la première
heure et de leurs besoins spirituels, cette parabole des talents
présente sans doute un point d’aboutissement qu’il
importe de saisir pour notre bien spirituel d’aujourd’hui.
Voyons donc où Jésus voulait en venir, et l’enseignement
auquel elle servit dans la primitive église.
JéSUS
Cette
scène de reddition de compote comporte trois petits tableaux
: trois serviteurs se présentent, chacun dit ce qu’il
a fait de l’argent confié par le maître et entend
le jugement que ce dernier rend sur sa conduite. Hors de tout doute,
la scène de comparution du troisième serviteur retient
davantage l’attention. Les deux premiers reçoivent
un même éloge, alors que le troisième retient
surtout le jugement du maître. Sans doute touchons-nous ici
la clé de la parabole.
Le
récit souligne davantage l’idée que le troisième
serviteur se fait de son maître : son peu de souci de justice,
sa dureté. D’où sa conduite : retenu par une
crainte justifiée, le serviteur cache le peu que le maître
lui a confié, pour éviter le risque d’un mauvais
placement. « Seigneur, voici ta mine ! » ce qui t’appartient,
ton bien. En somme, le serviteur n’a nullement lésé
son maître, il lui rend simplement son bien, et se croit quitte
pour autant, assuré que la justice est de son côté.
En droit, admettons-le, il demeure irréprochable. Ce point
de vue rejoint assez bien celui des ouvriers de la première
heure ( 20 : 12) et du fils aîné, dans la parabole
de l’enfant prodigue. (Lc. 15)
La
nécessité de veiller et d’être prêt
pour que le jour du jugement ne nous prenne pas au dépourvu,
thème de la vigilance, fait l’objet de tout ce discours
sur le retour du Sauveur. (24 : 43 - 25 : 46) Le Seigneur vise incontestablement
les mécontents de toujours que sont les scribes et les Pharisiens,
pieux observateurs de la Loi. Malgré leurs obligations morales
vis-à-vis le peuple dont ils ont charge, il augmente peu
leur rendement spirituel.
MATTHIEU
La
parabole chez Matthieu débute par la préposition «
car », elle constitue donc de ce fait comme un développement
de la sentence déjà portée au v. 13, en conclusion
de la parabole des dix vierges : « Veillez, car vous ne savez
ni le jour ni l’heure. On peut donc songer ici au problème
posé aux chrétiens de la fin de l’âge
apostolique : la lenteur du retour du Christ qui semblait à
tous pourtant imminente. L’expression «serviteur bon
et fidèle » semble comme un écho de la conclusion
du sermon sur la montagne : sage est l’homme qui bâtit
sa maison sur le roc. (Mat. 7 : 22 ) Même si la parousie,
le retour du Christ tarde, les chrétiens doivent demeurer
vigilants à la pensée du jugement qui sera porté
sur leur conduite. Cette vigilance est fidélité dans
l’accomplissement des tâches assignées, devoirs
de la vie chrétienne : il ne suffit pas d’écouter
la parole de Dieu, encore faut-il la mettre en pratique. Le croyant,
sourd à l’invitation, serait comparable au convive
entré dans la salle du festin sans le vêtement de noce,
aux jeunes filles insensées, à l’homme qui a
bâti sa maison sur le sable et enfin ce serviteur qui n’a
pas pris la peine de faire valoir le talent reçu. L’évangile
est un capital, il importe de le faire fructifier.
L’évangéliste
tente de faire comprendre aux médiocres la vraie nature du
rapport qui lie l’homme à Dieu. Parce que serviteur,
l’homme est tenu d’accepter et d’accomplir la
volonté divine manifestée dans le moment présent,
et non de vivre dans la crainte servile en quête de refuge
et de sécurité contre Dieu dans une exacte observance
des commandements. Le moty de saint Paul cadre tellement bien ici
: « Nous n’avons pas reçu un esprit d’esclaves
pour retomber dans la crainte ; vous avez reçu un esprit
de fils adoptif qui nous fait nous écrier :Abba ! Père!
» (Rm.8 : 15) Le mauvais serviteur manifeste non un manque
à gagner, mais davantage un manque d’aimer, cette liberté
que donne l’amour qui ne craint aucun risque. La crainte servile
le retient de prendre le risque d’aimer.
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