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- L'inconnu
- par Jacques
Sylvestre, o.p.
- Année A. Deuxième
dimanche T.O. 20 janvier 2002.
Évangile selon
saint Jean 1 : 29-34
e
jour suivant, Jean Baptiste voit Jésus venir vers lui et
dit : Voici l'Agneau de Dieu qui enlève le péché
du monde. Voici celui dont je disais : Lui qui vient après
moi est plus grand que moi car avant moi il était . Je
ne le connaissais pas, mais c'est pour le montrer à Israël
que je baptise dans l'eau . Jean témoigne :
J'ai vu le Souffle divin descendre du ciel comme une colombe et
se poser sur lui. Je ne le connaissais pas mais celui qui m'envoie
baptiser par l'eau m'a dit : L'homme sur qui tu verras le Souffle
descendre et se poser, c'est lui qui baptise par le Souffle saint
. J'ai vu, je suis témoin, il est le Fils de Dieu .
Rare
est l'occasion de nous mêler à la communauté
chrétienne de l'évangéliste Jean pour entendre
sa catéchèse, le disciple qui témoigne
de ces faits et qui les a écrits et nous savons que son
témoignage est véridique. (Jn.21 :24). Ce
jour-là, l'apôtre livrait une réflexion personnelle
sur Jésus, et il inspirait sa méditation de la découverte
de Jean Baptiste, le précurseur, lors du baptême
de Jésus. Les origines de cette reconnaissance de Jésus
qu'il veut susciter en ce début de l' Année
ordinaire A , rencontrent les conditions requises de tout
apôtre, un de ces hommes qui nous ont accompagnés
tout le temps que le Seigneur a vécu au milieu de nous,
en commençant par le baptême de Jean jusqu'au jour
où il nous fut enlevé pour qu'il devienne avec nous
témoin de la résurrection . (Ac. 1:22) Quel
long cheminement personnelle cette expérience représente
et quelle balise pour nous qui devons maintenant répondre
de notre foi !
Pour
Jean Baptiste, Jésus n'était pas un inconnu, mais
de sa parenté. Et s'il parle ici d'une autre connaissance,
c'est que vraisemblablement, il n'avait jamais vu en Jésus
autre réalité que l'homme ; mais au baptême,
la véritable identité de Jésus lui est révélée
. C'est cette expérience fondée sur celle du Baptiste
que l'évangéliste veut en ce jour partager avec
nous.
Qui
est Jésus, d'où vient-il ?
La conviction était
alors que le Christ quand il viendra, personne ne saura
d'où il est . (Jn.7 :27). Jean Baptiste veut rendre
témoignage de ce qu'il a vu, mais de là à
en avoir une conviction inébranlable
Un jour, de
sa prison, il déléguera des messagers pour faire
le point sur la véritable identité de Jésus.
Les disciples eux-mêmes, au moment de l'Ascension, reviendront
une fois encore avec leur espérance purement matérielle,
et ce, après trois ans de vie commune avec Jésus.
C'est pourquoi Jean l'évangéliste, s'inspirant de
l'expérience du Baptiste et de la sienne propre, débute
sa catéchèse avec cette méditation sur la
baptême de Jésus. Et c'est dans cet esprit que nous
devons lire cette page. Et si Jean l'évangéliste
utilise ce passage comme enseignement, Jean Baptiste en demeure
le personnage principale. Voici l'agneau de Dieu,
proclame-t-il en relation avec les propos du prophète Isaïe
(53), qui désigne le Messie comme l'Agneau qui prend sur
lui le péché du monde, et en vue de la purification
que son rite baptismal annonce. Pourtant, c'est d'une autre façon
que Jean Baptiste prévoyait cette purification : menaces,
châtiments, colère à venir, rien ne manquait.
Il faut croire qu'avec le temps, la main de l'évangéliste
Jean, le Boanerges, fils de la colère, en est venu à
corriger la vision du précurseur.
Le
Baptiste n'annonce pas le Messie, il le désigne et le montre
: C'est de lui que j'ai dit
Mais l'évangéliste,
à son tour, va le faire d'une manière paradoxale,
avec une particulière insistance sur l'infériorité
du Baptiste comparée à la supériorité
de Jésus. Lui qui vient après moi est plus
grand que moi
et d'ajouter : Il est passé
devant moi
Avant moi, il était, avant moi,
dans sa préexistence divine. L'évangéliste
faisait ainsi front aux partisans du Baptiste qui, soucieux de
faire campagne pour la messianité de leur maître,
recouraient à l'argument chronologique, à savoir
que Jean Baptiste avait précédé Jésus
dans le temps . La réponse du Précurseur pourtant
ne laisse aucun doute : Lui qui vient après moi
est plus grand que moi, car avant moi il était .
Nous retrouvons ici textuellement la pensée de Jean dans
le prologue de son évangile. (Jn. 1 :15) : Voici
celui dont j'ai dit : Lui qui vient après moi est
passé devant moi, parce qu'avant moi il était .
Qui
est Jésus ? la question demeurera perpétuellement
. Où demeure-tu ? demandaient les premiers
appelés ( Jn 1 :38) ; Es-tu celui que nous doit
venir ou devons-nous en attendre un autre ? interrogeait
Jean de sa prison. Jésus lui-même interroge les siens
: Pour vous qui suis-je ? (Mt.16 :15) La question
est pour tous, et chacun doit avoir l'honnêteté de
la reprendre à son compte à l'occasion d'un baptême,
de mariages, de funérailles, lieux propices à cette
mise au point et ce profond silence dont s'enveloppe toujours
le mystère de Jésus.
Du
vivant de Jésus, certains ne voulaient pas croire en lui
ou n'arrivaient pas à lui faire confiance; ils le percevaient
comme un glouton, un ivrogne, ami des petites gens, possédé,
imposteur. ( Mt.3.22; 11:19; 27:63) Deux mille ans plus tard,
il existe encore en tout chrétien une part d'incroyance
ou de mauvaise foi qui amène à voir en Jésus
un justicier auquel on fait appel et dont on s'inspire pour de
justes causes, ou encore un homme exceptionnel de dignité,
de liberté, au sein d'un monde inhumain, bref, la révélation
de l'humain à laquelle tout homme peut se reconnaître
et se sentir prédestiné, symbole des plus hautes
aspirations de l'humanité.
Pour
vraiment reconnaître et confesser Jésus, il faudrait
suivre le chemin de Jean l'évangéliste et des apôtres
et vérifier en soi-même les dire et les actes de
Jésus. Cette route devra être jalonnée d'une
méditation assidue de la Parole proclamée au cur
de la première communauté chrétienne et nous
devrons confronter notre vie à cette parole, dans la docilité
à l'Esprit qui s'exprime en de multiples façons
dans l'église. Jean l'évangéliste a trouvé
solution à sa méconnaissance lorsqu'il avoue :
Ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce
que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché
du Verbe de vie
nous vous l'annonçons afin que vous
aussi soyez en communion avec nous et que votre joie soit complète
. (1 Jn 1 :1-4) C'est à travers le témoignage
de Jean Baptiste que l'évangéliste Jean peut affirmer
: Et moi j'ai vu et je témoigne .
Mais
il a fallu à l'évangéliste un long moment
de méditation et de silence pour en arriver à travers
la révélation du Baptiste à cette connaissance
de l'Inconnu.
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