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Spiritualite2000.com
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Seigneur, sauve - moi !
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par Jacques
Sylvestre, o.p.
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Année
A. 19e dimanche T.O. 11 août 2002.
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Evangile de Jésus
Christ selon saint Matthieu (14 : 22 - 23)
Aussitôt,
Jésus obligea ses disciples à remonter dans la barque
et à le devancer de l'autre côté, pendant qu'il
renverrait les foules. Et quand il les eut renvoyées, il
gravit la montagne, à l'écart, pour prier. Le soir
venu, il était là, seul. La barque, elle, se trouvait
déjà au milieu de la mer, harcelée par les
vagues, car le vent était contraire. A la quatrième
veille de la nuit, Jésus alla vers eux en marchant sur la
mer. Quand ils virent qu'il marchait sur la mer, les disciples furent
troublés : C'est un fantôme , disaient-ils,
et, pris de peur, ils se mirent à crier. Mais aussitôt
Jésus leur adressa ces mots : Rassurez-vous, c'est
moi, n'ayez pas peur. Sur quoi, Pierre lui répondit
: Seigneur, si c'est bien toi, donne-moi l'ordre de venir
à toi sur les eaux. - Viens ! dit Jésus.
Et Pierre, descendant de la barque, se mit à marcher sur
les eaux en venant vers Jésus. Mais, voyant la violence du
vent, il prit peur et, commençant à couler, il cria
: Seigneur, sauve-moi. Aussitôt Jésus
tendit la main et le saisit, en lui disant : Homme de peu
de foi, pourquoi as-tu douté ? Et quand il furent
remontés dans la barque, le vent tomba. Ceux qui étaient
dans la barque se prosternèrent devant lui en disant :
Vraiment, tu es le Fils de Dieu.
Commentaire
a
marche sur les eaux : aujourd'hui, les heures difficiles de l'église
; autrefois, les persécutions, les schismes, les hérésies.
L'église doit toujours lutter. Partout des chrétiens
doivent traverser la nuit de la foi. C'est la condition du croyant
et du fidèle tout au long de sa traversée terrestre.
En chaque instant, le disciple, secoué par l'épreuve,
perdu dans la tempête, doit reconnaître que seul Jésus
peut le sauver. Soutenu par la foi, il fera des merveilles plus
grandes encore que celles de Pierre, plus grandes que celle de Jésus
(Jn.14 : 12)
Après le dénouement de la multiplication des pains,
ce passage de Matthieu se déroule en trois parties : retraite
de Jésus dans la montagne, marche de Jésus sur les
eaux et tentative de marche de Pierre sur les eaux. Cherchons avant
tout le sens du miracle dans les évangiles.
LE MIRACLE
En prélevant quelques fragments d'impressions relevés
ici et là dans les évangiles, nous voyons que le miracle
met d'abord en évidence la puissance de Dieu : Jamais
nous n'avons rien vu de pareil (Mc.2 : 12) ; Qui est
donc celui-là à qui le vent et la mer obéissent
? (Mc.4 : 41) Après la guérison du possédé
muet, la foule s'écrie : Jamais on n'a vu pareille
chose en Israël. (Mt.9 : 33) Rarement cependant, la
foi ne caractérise la réaction psychologique des témoins
du miracle, l'acte de croire constitue au contraire une condition
préalable au miracle : Croyez-vous que je puisse le
faire ? demande Jésus aux deux aveugles. (Mt.9 : 27-31)
Dans les évangiles, le miracle est diversement perçu.
Il est premièrement l'effet de la victoire de l'Esprit de
Dieu sur les puissances du mal. En ce cas, le miracle est toujours
accordé à la foi et la foi précède le
miracle. En deuxième lieu, le miracle est le signe que Jésus
a été envoyé par Dieu qui agit en lui. Le miracle
ici précède la foi. Et enfin, le récit du fonctionnaire
royal de Capharnaüm en est une preuve, le miracle connaît
une certaine dépréciation ; sa relation à la
foi est distendue, la foi n'a plus besoin de miracle pour s'épanouir
dans le cur des hommes : Dis seulement une parole et
mon serviteur sera guéri. La Parole seule provoque
ici la foi. Celle-ci est réponse de l'homme à Dieu
qui lui parle par le Christ. Puissance persuasive de la parole proclamée
par saint Paul : Tandis que les Juifs demandent des signes
et que les Grecs sont en quête de sagesse, nous prêchons,
nous, un Christ crucifié, scandale pour les juifs et folie
pour les païens ; mais pour ceux qui sont appelés, Juifs
comme Grecs, c'est le Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu.
Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce
qui est faiblesse de Dieu est plus forte que les hommes.
(1 Co.1 : 22-25)
LE RECIT
Après la multiplication des pains, Jésus, raconte
l'évangéliste, obligea ses disciples à monter
dans une barque pendant qu'il renverrait les foules ; question de
permettre aux siens de goûter de quelques heures de repos
et non moins de les préserver de la tentation de triomphalisme
qui les menace à l'instar de la foule qui voulait faire lui
un roi ? (Jn.6 ; Mt.16 : 22) Jésus veut soustraire les siens
à la séduction de l'illusion. Jésus se retire
alors dans la montagne, la solitude, pour se tourner vers son Père.
Il a besoin de fuir, comme au Mont de la Quarantaine, la tentation
de la facilité (Mt.4 : 5-7) : séduire les foules par
des faits merveilleux, alors que dans le dessein de Dieu, seule
son élévation sur la croix attirera tout à
lui. (Jn.12 : 32) Cette prière dans la solitude va affermir
le sens de sa mission. Jésus, le soir venu, était
là, seul.
MARCHE SUR LES EAUX
La nuit descend, le vent souffle, et en mer, les disciples se sentent
perdus. Ils ont peur et ne reconnaissent point Jésus venu
vers eux sur les flots. Ils prennent alors pour un fantôme
cet homme au-dessus des lois de la nature. Jésus veut leur
donner un signe de sa divinité. L'océan a toujours
été pour l'homme une force écrasante, menace
dangereuse pour l'humanité (Ps. 69 : 3; 107 : 25-27) que
Dieu seul peut mater. (Job.38 : 3-11) Les versets du psaume 107
peuvent trouver place dans notre prière. Chez Matthieu, la
barque symbolise toujours l'église (8 : 23; 15 : 39) tourmentée
par les vagues et les vents contraires ; l'attention de l'évangéliste
est donc concentrée sur l'église. Par trois fois,
l'auteur semble s'être complu à remettre en scène
ce duo barque-église. (8 : 24-27; 26 : 36-39)
TENTATIVE DE PIERRE
Dans ce contexte tourmenté, émerge la figure de Pierre.
L'apôtre demande : Si c'est toi, ordonne-moi de venir
à toi sur les eaux. Naïveté du caractère
de Pierre ou prophétie ? La grâce va peu à peu
transformer l'âme de Pierre et faire du timoré qu'il
était, l'homme fort et courageux, capable d'aller jusqu'au
martyre, l'homme constamment soulevé par le désir
de rejoindre et d'accompagner son Maître comme plus tard après
la résurrection. (Jn.21 : 7) Pierre incarne tout le cheminement
de la foi dans le cur de l'homme : il croit, mais sa foi demeure
fragile. Pense-t-il à Jésus, il se sent fort, prend-il
conscience de son existence humaine, il enfonce. Parfait modèle
de notre pèlerinage humain : dès que Jésus
est là, nous avons atteint le but de notre voyage et de notre
recherche. Il est lui-même le but de notre vie, le
chemin, la vérité et la vie. Pierre d'achoppement,
objet de scandale à certains moments, mais salut pour qui
l'implore.
Seigneur, sauve-moi !
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