| Spiritualite2000.com
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Novembre
2002 |
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Être ou ne pas être |
par Jacques Sylvestre, o.p.
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Année
A. Fête du Christ-Roi, 24 novembre 2002
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Evangile de Jésus
Christ selon saint Matthieu (25 : 31-46)
Alors
viendra le Fils de l’homme dans sa gloire. Les messagers du
Seigneur feront cercle autour de lui, et il prendra place sur son
siège de gloire. Les peuples se rassembleront devant lui.
Et, comme le berger sépare brebis et chèvres, il les
départagera. Les brebis iront à sa droite, les chèvres
à sa gauche. Aux brebis qui sont à sa droite, le roi
dira : « Vous voici, vous que mon Père a reconnus.
Recevez l’héritage du Règne qui vous est réservé
depuis la fondation du monde. J’avais faim. Vous m’avez
nourri. J’avais soif. Vous m’avez donné à
boire. J’étais un étranger. Vous m’avez
ouvert votre porte. J’étais sans vêtement. Vous
m’avez vêtu. J’étais malade. Vous avez
veillé sur moi. J’étais au cachot. Vous êtes
venus me voir. » Et les justes lui diront : « Maître,
quand cela ? Nous t’aurions vu affamé, et t’aurions
rassasié ? Nous t’aurions vu assoiffé, et t’aurions
donné à boire ? Mais quand ? Nous t’aurions
vu étranger, et t’aurions ouvert notre porte ? Sans
vêtements, et nous t’aurions vêtu ? Mais quand
» ? Nous t’aurions vu malade ou dans un cachot, et serions
allés te rendre visite ? » Le roi répondra :
« Croyez-en ma parole : chaque fois que vous avez agi de la
sorte avec le plus petit de mes frères, c’est à
moi que vous l’avez fait » …
Commentaire
ans
cette page d’évangile, l’évangéliste
Matthieu rappelle à sa génération, et ceci
vaut pour chaque génération, l’enjeu de ce qui
se vit présentement. Le jugement de demain ne fera que révéler
les actes ou omissions d’aujourd’hui. Tout ce récit
est construit sur l’opposition entre « faire et ne pas
faire », action et omission. C’est l’ «
Être ou ne pas être » de la révélation
évangélique. Tout est au plan de l’agir et non
d’une attitude purement intérieure, le niveau des bonnes
intentions. Ceci concerne le prochain sans référence
aucune au culte ou connaissance de Dieu ou du Christ. En fait, toutes
ces œuvres appartiennent à un fond commun de la morale
humaine qu’Israël a maintes fois reprises et développées.
( Is.1 : 17; 58 : 6-7; Am.5 : 7). On croirait réentendre
l’évangéliste dans un passage précédent,
extrait du Sermon sur la montagne. ( 7 : 21-23). Jean dans sa première
lettre écrivait : « Petits enfants, n’aimons
ni de mots ni de langue, mais en actes, véritablement...
» (1 Jn. 3 : 18)
Ce
récit du jugement dernier met le point final au dernier des
cinq grands discours de l’évangile de Matthieu. Après
avoir donné les règles du Royaume, envoyé en
mission ses disciples non sans les avoir éclairés
sur les secrets de Dieu et les règles de vie en communauté,
Jésus annonce sa venue et son jugement sur le monde. Le temps
et le lieu en demeurent imprécis, mais cette sentence concrétisera
ce qui était préparé depuis la fondation du
monde. La promesse de la récompense trouve en saint Paul
une expression mémorable : « Béni soit le Père
de Notre Seigneur Jésus le Christ qui nous a élus
en lui dès avant la création du monde… »
( Eph. 1 : 4+)
Le
« juge » porte ici la gloire et le titre de «Fils
de l’Homme ». Identifié à toutes les misères
de l’humanité, il a vécu toutes les faiblesses
de la condition humaine. Il a Dieu pour Père et les pauvres
sont ses frères. De là à l’identifier
à Jésus, il n’y a qu’un pas et sans doute
peu de pourcentage d’erreurs. D’autre part, le terme
« peuples » désigne l’ensemble des hommes
et non seulement Israël ou encore les nations païennes.
La visée universelle de l’évangéliste,
surtout dans les derniers chapitres, ne permet pas de percevoir
ici une distinction entre Israël et les autres nations. Le
texte de Matthieu évoque un jugement universel de tous les
hommes croyants ou païens.
«Les
plus petits de mes frères. » Selon les exégètes
les mieux chevronnés, il semble que l’expression renvoie
aux disciples missionnaires (Mat. 12 : 50 ; 28 : 10 ; 23 : 12 et
34) Dans ce passage, l’évangéliste Matthieu
lance donc un solennel avertissement au monde entier : «Comment
avez-vous accueilli les prédicateurs de l’évangile
? » Matthieu rappelle à sa génération
l’enjeu de ce qu’elle vit. Cela constitue non moins
un avertissement à toutes les communautés chrétiennes.
Avec les années, l’engourdissement, l’affadissement
de la foi et les divisions à l’intérieur des
communautés seront objet de jugement. Cela n’empêche
que dans la bouche de Jésus, la parabole à laquelle
on a greffé par la suite des propos qu’il avait tenu
concernant les classes pauvres de la société, constitue
une description du jugement sur des attitudes concrètes prêchées
et voulues par le Christ.
En
cette fête du Christ Roi, évoquons davantage le projet
de Jésus qu’un titre qui a certes perdu ses lettres
de noblesse. Ce dessein n’était autre que d’établir
sur terre un « Royaume «, une communauté chrétienne,
signe de justice, de paix et d’amour. Or ce ne peuvent être
quelques gestes isolés, quelques manifestations collectives
qui définiront ce témoignage. Non seulement l’église,
la communauté chrétienne doit-elle se montrer généreuse
et inventive dans cet universel mouvement d’amour, de justice
et de paix, mais encore doit-elle se faire un devoir de soutenir
et de participer à tous les efforts réalisés
sur le plan de la communauté civile. Toutes organisations
civiques, internationales en faveur des « pauvres »
de la société méritent de notre part un réel
intérêt, une sincère admiration mais davantage
une franche collaboration. Le Christ souffre dans tous les pauvres,
et la foi doit l’approcher pour l’aider. La communauté
chrétienne deviendra dès lors signe de charité
non seulement par ses institutions caritatives, mais non moins par
la présence active et généreuse de ses membres
dans le monde.
Tout
est là : « Être ou ne pas être «,
nous situer en permanence aux frontières de toute action
de justice, de paix et d’amour. Alors le Christ nous reconnaîtra
comme les « brebis de mon Père « et nous invitera
à « recevoir la récompense préparée
depuis la fondation du monde. J’avais faim… j’avais
soif… j’étais nu, malade, en prison » …
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