Le premier jour de la semaine,
Marie de Magdala se rend de bonne heure au tombeau. Il faisait
encore sombre. Elle voit que la pierre a été enlevée
du tombeau. Elle court alors trouver Simon-Pierre et l'autre disciple,
celui que Jésus aimait, et leur dit : On a enlevé
le Seigneur du tombeau et nous ne savons pas où on l'a
mis. Pierre partit donc avec l'autre disciple et ils se
rendirent au tombeau. Ils courraient tous deux ensemble. L'autre
disciple plus rapide que Pierre le distança et arriva le
premier au tombeau. Se penchant alors, il voit les bandelettes
à terre ; cependant il n'entre pas. Simon-Pierre arrive
à son tour, il entre dans le tombeau et voit les bandelettes
à terre ainsi que le suaire qui recouvrait sa tête
; ce dernier n'était pas avec les bandelettes, mais roulé
dans un endroit à part. Alors entra à son tour l'autre
disciple arrivé le premier au tombeau. Il vit et il crut.
En effet, ils n'avaient pas encore compris que, d'après
les écritures, il devait ressusciter des morts. Les disciples
s'en retournèrent alors chez eux.
Commentaire
Une nouvelle,
un scoop qui va percer l'ombre de la mort sur le cénacle.
Chacun et ensemble, tous vivaient un deuil, l'incontournable événement
: Christ est mort ! Mort malgré la contestation de Pierre,
tous les serments de fidélité n'avaient pu faire
obstacle au destin. La confession du centurion au pied de la croix,
bel éloge funèbre ! Nul ne pouvait plus rien devant
cette mort : toutes les espérances se trouvaient anéanties,
la foi privée de tous ses appuis. Il ne restait plus que
l'amitié, trois ans de vie commune l'avait créée
entre les disciples. Mais l'heure allait bientôt sonner
pour que cette jeune et fragile communauté se désintègre
et que chacun rentre chez soi, tels les disciples d'Emmaüs.
Mais voici que, le petit
matin suffisant à peine jeter quelques lumières
blafardes dans la chambre haute où tous cherchaient encore
sommeil et oubli, on frappe à la porte. Une voix de femme
: Ouvrez ! On a enlevé le Seigneur de son tombeau
et nul ne sait où on l'a mis. Il fallait bien ce
nouveau problème, épreuve inattendue, pour compliquer
davantage une existence qui n'avait plus aucun sens!
Nous du temps présent,
ne lisons pas ce récit du lendemain du sabbat comme une
page d'histoire bonne à entendre en ces festivités
pascales. Même si elle reproduisait la réalité
des faits, dans quelle mesure nous amènerait-elle à
vivre la résurrection du Christ, y croire et nous procurer
la joie de ce jour, en notre temps cruellement ébranlé.
La vie ou le retour à la vie peut-il avoir encore du sens
après le 11 septembre ? Pourquoi vivre ou espérer
vivre si ce n'est dans la peur ou une haine sans fin ?
Pourtant, au jour de l'Ascension,
deux hommes vêtus de blanc inviteront les
Apôtres à regarder vers la terre. C'est ici-bas qu'il
importe de redécouvrir le Christ présent et préparer
son avènement. La Résurrection de Jésus ne
fut pas un retour à la vie, mais le passage (Pâques)
à une vie nouvelle, la destruction du pouvoir de la mort
et l'annonce d'une humanité recrée. Et c'est quotidiennement,
collectivement et personnellement, que nous devons être
témoins et artisans de cette victoire de l'Esprit de Jésus.
Une immense espérance traverse l'humanité, même
s'il lui arrive de vivre des drames indéfinissables. Cette
Résurrection peut être considérée comme
un enfantement : la tête est déjà dans cet
autre monde et le corps, l'église, l'humanité sauvée
suivra. Avec le Christ glorifié, l'un des nôtres
est entré comme premier-né d'une multitude de frères
dans le Paradis de Dieu. En Jésus Christ, l'avenir
véritable de l'homme est assuré.
événement actuel,
non seulement dominical mais quotidien, la Résurrection
que nous célébrons en ce jour, nous invite à
des débordements de joie, de liberté, de foi, d'amour
et d'espérance. A l'annonce de Marie de Magdala, deux apôtres,
Pierre et Jean, courent au sépulcre. Et c'est dans l'expérience
du vide du sépulcre qu'ils réalisent la réalité
des paroles annonciatrices de l'événement :
Le Fils de l'homme doit être livré aux mains des
hommes, ils le tueront, et, le troisième jour, il ressuscitera.
(Mt.17 : 22-23) Il ressuscitera : aucun n'avait vraiment
porté attention à ces mots pré-annonciateurs.
Mais la foi de ce jour explique
l'engagement des apôtres à la construction d'un nouveau
monde. Soit par leur exemple, leur prédication, leur témoignage
jusqu'à la mort, rien ne leur échappe de cette restauration
de l'univers : La création en attente aspire à
la révélation des fils de Dieu. Et si elle fut assujettie
à la vanité, c'est avec l'espérance d'être
elle aussi libérée de la servitude de la corruption
pour entrer dans la liberté de la gloire des enfants de
Dieu. (Rom. 8 : 19+) Avec la collaboration de chacun, comme
par Jésus, la parole du prophète se réalise
: Les sourds entendent, les aveugles voient, les boiteux
marchent, les morts ressuscitent et les pauvres sont évangélisés.
Ces signes se réalisent dans les moindres démarches
humaines. Rien en effet ne peut demeurer étranger au salut
du monde et à la résurrection,
Toute célébration,
travail, présence, service rendu, rien, absolument rien
ne peut être indifférent à cet ouvre de salut
qui ensemence la vie de nos frères et sours des grâces
de la résurrection. Il ne faut plus vivre la résurrection
au passé ou en termes d'espérance, mais comme une
réalisation concrète et quotidienne. Si Massadie,
notre Renan moderne, réussissait à nous convaincre
de la fausseté des évangiles, il faudrait fermer
boutique, retourner les cloches de Pâques et rentrer chacun
chez soi sans espérance. Avec le carillonnement de Pâques,
c'est une réalité concrète qui nous saisit,
l'alléluia pour notre monde qu'il faut chanter ensemble,
chacun selon sa voix et ses possibilités. Le tombeau vide
s'anime, la mort est vaincue et la lumière envahit l'obscur
cénacle où vivent tant des nôtres sans espérance.
Dans l'expérience
du vide, de la vacuité d'un lieu, d'un désert de
vie, de l'absence, des hommes et des femmes ont retrouvé
sens à leur vie grâce à la mémoire
d'une Parole : Ne sentions-nous pas nos cours se réchauffer
pendant qu'il nous parlait, confient à mi-voix les
disciples d'Emmaüs. Ils n'avaient pas encore compris que,
d'après les écritures, Jésus devait ressusciter
d'entre les morts. Dans le chaos de l'univers, par son Fils ressuscité,
le Créateur fait rejaillir la création, la lumière,
la vie, l'être humain. Dans le désert, autrefois,
un peuple a trouvé son identité et sa raison d'être.
Dans le vide présent, le désarroi, l'absence, nous
aussi, comme ce peuple errant et les apôtres, nous pouvons
retrouver le Ressuscité, Lumière des hommes, réalité
de vie.
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