Si vous m'aimez, vous
garderez mes commandements. Je prierai le Père et il vous
donnera un autre Paraclet (Défenseur) pour être avec
vous à jamais, l'Esprit de Vérité, que le
monde ne peut recevoir parce qu'il ne le voit ni ne le connaît.
Vous, vous le connaissez parce qu'il demeure avec vous et qu'il
est en vous. Je ne vous laisserai pas orphelins. Je reviendrai
vers vous. Sous peu le monde ne me verra plus, mais vous, vous
me verrez parce que je vis et que vous vivrez. Ce jour-là,
vous comprendrez que je suis en mon Père, vous en moi et
moi en vous. Celui qui a commandements et qui les garde, voilà
celui qui m'aime ; et celui qui m'aime sera aimé de mon
Père, et je l'aimerai et me manifesterai à lui.
Commentaire
Extrait
du premier discours d'adieu (13 : 12 - 14 : 31) , ce dialogue
entre Jésus et ses disciples appartient à la dernière
partie d'un développement en cinq points que le père
Charlier (Bible et Vie chrétienne 2. 1953) intitulait :
Présence dans l'absence. Nous n'avons certes
pas ici un reportage sténographique des dernières
paroles de Jésus, mais le résultat d'une réflexion
profonde et prolongée que l'évangéliste Jean
fait de paroles entendues durant la dernière Cène,
dernier entretien du Maître. La promesse de Jésus
aux siens suscitera notre confiance et notre adhésion entière
à ces propos de Jean : J'ai encore beaucoup de choses
à vous dire, mais vous ne pouvez les porter maintenant.
L'Esprit Saint que le Père enverra en mon nom vous enseignera
tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit. (14
: 25 et 16 : 12) Une fois encore, l'expérience vécue
des premières communautés chrétiennes a mené
Jean à mieux comprendre le sens de la présence de
Jésus, du Père et de l'Esprit, ce dont il nous entretient
en ces versets (15-21). Ce passage annonce une triple venue :
celle de l'Esprit (15-17), celle de Jésus (18-20) et sa
venue avec le Père (21-24), triple manifestation exclusive
aux disciples, car le monde en sera exclu (17 : 19-22).
LE MONDE
Mais qui est ce monde ? Dieu
a envoyé son fils pour que le monde soit sauvé par
lui ( 1 : 29; 4 : 42; 6 : 33; 12 : 47) ; mais le monde, c'est
à dire l'ensemble des hommes qui rejettent le salut et
le Sauveur, n'accepte pas Jésus et son message, ne croit
pas en lui (16 : 9, 8 : 23+), ne l'aime pas (14 : 22+) et le haït
(15 :18), ce monde est irréductiblement séparé
de Dieu. L'incroyant peut être sauvé mais à
condition de renoncer à son appartenance à ce monde
d'opposition et d'opérer un changement fondamental d'orientation.
Le monde d'opposition reste foncièrement incapable de recevoir
l'Esprit ; par suite de son manque de foi, son intelligence il
ne parvient pas à discerner et à saisir le mystère
de Jésus.
CE JOUR-LÀ (18-20)
Si la mort a définitivement
séparé Jésus du monde qui l'a rejeté
et s'est condamné de ce fait, pour les disciples, la promesse
demeure : Sous peu le monde ne me verra plus, mais vous
vous me verrez vivant. Cette promesse deviendra réalité
dans la soirée pascale (20 : 20 et 25). Elle comporte tellement
plus qu'une vision, mais une expérience et prise de conscience
de l'unité de vie entre Jésus et son Père,
ce à quoi les disciples sont eux-mêmes promis :
Vous me verrez vivant et vous vivrez . Jésus avait
promis de ne pas les laisser orphelins, leur laissant entrevoir
une présence qui se poursuivrait bien au-delà des
apparitions du Ressuscité : Ce jour-là, vous
comprendrez que je suis en mon Père, vous en moi et moi
en vous. (20) Pareille réflexion ne peut qu'évoquer
le ravissement de l'auteur de la première épître
lorsqu'il écrit : Voyez quel grand amour nous a donné
le Père, pour que nous soyons appelés enfants de
Dieu - car nous le sommes. Bien aimés, dès maintenant
nous sommes enfants de Dieu et ce que nous serons alors n'a pas
encore été manifesté. Nous savons que lors
de cette manifestation, nous lui serons semblables parce que nous
Le verrons tel qu'Il est. (1 Jn. 3 :1-2)
L'AMOUR (15-17 et 21)
Aucune relation avec Dieu
ou en Dieu Père, que ce soit en Esprit et par Jésus,
ne peut être possible sans l'amour, même commandé.
L'expression peut prêter à confusion : Si
vous m'aimez vous garderez mes commandements. Celui qui a mes
commandements et qui les garde, voila celui qui m'aime et celui
qui m'aime sera aimé de mon Père . De quels
commandements Jésus parle-t-il alors qu'il n'en avait prescrit
qu'un seul : Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous
les uns les autres comme je vous aimés (13-34) et
quelques instants après : Mon commandement, c'est
que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés.
Il n'est pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses
amis. Vous êtes mes amis si vous faites ce que je commande.
(15 : 12-13) Aimer, telle est le commandement à
observer et la condition de la manifestation du Père et
de l'Esprit de Vérité que le Père enverra.
L'Esprit sera avec les disciples à cause de leur amour
non seulement futur (16), mais l'amour par lequel ils se sont
attachés à Jésus (17b). Promesse de présence
intime et souverainement efficace, l'Esprit sera communiqué
par le Père à la demande de Jésus.
LE PARACLET
Cet Esprit aura comme fonction
d'approfondir la foi des disciples (14 : 26 et 16 : 12-15) : soutenir
leur témoignage contre les attaques du monde (15 : 26+)
et confondre le péché du monde qui a refusé
Jésus (16 : 7-11). Il permettra aux disciples d'accepter
et de comprendre la vérité de Jésus, son
mystère, sa vie et ses gestes. Il éclairera les
situations conflictuelles avec lesquelles le disciple pourra être
confronté. C'est pourquoi on lui donne le nom de Paraclet,
c'est à dire Défenseur, soutien. Pour l'église,
en ses débuts, l'esprit de Vérité a donc
été saisi de la révélation apportée
par Jésus et assistance.
CONCLUSION
Le passage de Jean décrit
un aller-retour rempli de promesses et d'espérance, non
moins qu'une expérience à nulle autre pareille de
la vie trinitaire en nous. L'apôtre en parlera avec plus
d'abondance dans le chapitre suivant (15) en ses innombrables
emplois de la proposition en. Certains auteurs ont
parlé de cette expérience de vie divine en nous
comme d'une circuminsession, mot susceptible d'évoquer
la circulation sanguine qui va et vient du cour au coeur. Quel
aller-retour mystique offert à chacun de nous !
Retour
en haut