|
Spiritualite2000.com
|
|
Septembre
2001
|
Nouvelles semences de contemplation
de Thomas Merton (1915-1968)
Né
en France de parents américains. Il consacra la première
partie de sa vie à la littérature, obtenant un doctorat
ès lettres de l'Université de Columbia à
New -York. Converti au catholicisme en l938, il entre à
la Trappe de Gethsemane Abbey (Kentucky) le10 décembre
l941, prenant le nom de Louis. Il y passa le reste
de sa vie. Il mourut accidentellement le 10 décembre l968
lors d'un congrès à Bangkok. Comme auteur, il est
sans doute l'un des plus prolifiques dans l'histoire du monachisme.
Qu'est-ce que la liberté?
La
faculté pure et simple de choisir entre le bien et le mal
est la forme de liberté la plus basse, mais elle contient
cependant un élément libre, c'est de pouvoir encore
choisir le bien.
Dans le mesure où nous sommes libres de choisir le mal,
nous ne sommes pas libres. Un mauvais choix supprime la liberté.
Nous ne pouvons jamais choisir le mal en tant que mal, mais seulement
comme un bien apparent. Mais lorsque nous décidons de faire
une chose qui nous semble bonne alors qu'elle ne l'est pas, nous
ne désirons pas vraiment la faire et par conséquent
nous ne sommes pas vraiment libres.
La liberté spirituelle parfaite est une impossibilité
absolue de mal choisir. Lorsque tout ce que nous désirons
est vraiment bon, et que le choix que nous faisons non seulement
tend vers le bien, mais l'atteint, nous sommes libres parce que
nous faisons tout ce que nous voulons, et que chaque acte de notre
volonté aboutit à une parfaite exécution.
La liberté ne consiste donc pas à établir
une sorte d'équilibre entre nos bons et nos mauvais choix,
mais à aimer et accepter ce qui est vraiment bon, à
détester et à refuser ce qui est mauvais, de sorte
que tout ce que nous faisons est bon et nous rend heureux, et
que nous refusons, repoussons et ignorons tout ce qui pourrait
nous conduire au malheur, aux illusions et aux peines.
Seul l'homme qui a rejeté si complètement tout mal
qu'il est incapable de le désirer est complètement
libre.
Dieu, en qui ne se trouve absolument aucune ombre ou possibilité
de mal ou de péché, est infiniment libre. En fait,
Il est la Liberté.
Seule Sa volonté est indéfectible. Toute autre liberté
peut se tromper et se détruire par un choix erroné.
Toute véritable liberté est un don surnaturel de
Dieu, une participation à Sa propre Liberté essentielle
par l'amour qu'Il inspire à nos âmes, en les unissant
à Lui d'abord par l'accord total, puis par l'union transformante
des volontés.
L'autre liberté, la prétendue liberté de
notre nature, c'est-à-dire l'indifférence à
l'égard de choix bons ou mauvais, n'est qu'une disponibilité
attendant d'être transformée par la grâce,
la volonté et l'amour surnaturel de Dieu.
Tout bien, toute perfection, tout bonheur, se trouvent dans la
volonté de Dieu infiniment bonne, parfaite et sainte. Et
comme la véritable liberté n'est que la possibilité
de désirer et de choisir, toujours, sans erreur, sans défaillance,
ce qui est bon, la liberté ne se trouve que dans une union
et une soumission parfaites à la volonté de Dieu.
Si notre volonté suit la sienne, elle atteindra le même
but, jouira de la même paix et sera remplie de même
bonheur infini.
Aussi la définition la plus simple de la liberté
est-elle celle-ci : être libre, c'est faire la volonté
de Dieu. Résister à Sa volonté, ce n'est
pas être libre; il n'y a pas de vraie liberté dans
le péché.
Il existe certains avantages dans ce qui entoure le péché
-dans les péchés de la chair il y a par exemple
les plaisirs de la chair. Mais ce ne sont pas ces plaisirs qui
sont mauvais. Ils sont bons, voulus par Dieu, et même lorsqu'on
en jouit contre la volonté de Dieu, Il permet cependant
cette jouissance. Mais bien que ces plaisirs, en eux-mêmes,
soient bons, c'est la volonté qui les recherche dans des
circonstances contraires à la volonté de Dieu qui
devient mauvaise. Et comme cette direction de la volonté
est mauvaise, elle n'atteint pas la fin qu'elle se propose. C'est
pourquoi ne trouve-t-on finalement aucun bonheur dans le péché.
Imbéciles que nous sommes ! Nous avons fait, en réalité,
ce que nous ne voulions pas faire ! Dieu nous a laissé
le plaisir, parce que telle était Sa volonté : mais
nous avons négligé le bonheur qu'Il nous destinait
en plus du plaisir, ou peut-être le bonheur plus profond
qu'Il voulait nous donner sans le plaisir, et qui le dépassait
de beaucoup !
Nous avons mangé l'écorce et jeté l'orange.
Nous avons gardé le papier qui n'était qu'un emballage,
et nous avons jeté l'écrin, la bague et le diamant.
Et maintenant que le plaisir -qui a toujours une fin- est terminé,
nous n'avons pas le bonheur qui nous aurait enrichis pour toujours.
Si nous avions pris (ou refusé) le plaisir comme Dieu le
voulait pour notre bonheur, nous aurions encore ce plaisir en
même temps que notre bonheur; il ne nous quitterait pas
et nous accompagnerait partout, dans la volonté de Dieu
que nous aurions accomplie. Car un homme sain d'esprit ne peut
jamais regretter sérieusement un acte fait consciemment,
en union avec la volonté divine.
La liberté est donc un talent donné
par Dieu, un instrument de travail, l'instrument qui nous permet
de construire nos vies, notre bonheur. Ne sacrifions jamais notre
véritable liberté, car y renoncer c'est renoncer
à Dieu même. Ce qu'il faut sacrifier, c'est la fausse
spontanéité du caprice, la pseudo- liberté
du péché.
Nous devons défendre notre liberté au prix même
de notre vie, car c'est ce que nous avons le plus précieux.
C'est elle qui fait de nous des personnes ressemblant à
l'image divine. L'église, société surnaturelle,
a, comme principale mission, de préserver notre liberté
spirituelle d'enfants de Dieu. Combien peu le comprennent !
Thomas
Merton. Nouvelles semences de contemplation, traduit de l'américain
par Marie Tadié, Editions du Seuil, Paris l961.
Retour
en haut
|