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Novembre
2001
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L'expérience de la prière
de Adrienne von Speyr (1902-1967)
Née
à La Chaux-de-Fonds (Suisse). Fille d'un médecin
protestant. Médecin elle-même, mariée , mère
de famille, elle se convertit au catholicisme en 1940, suite à
sa rencontre avec le père Hans, Urs von Balthasar. Avec
la collaboration de ce dernier, pendant vingt-sept ans, elle fonde
un institut séculier et publie une ouvre théologique
considérable (environ soixante volumes) d'une grande richesse
spirituelle et biblique. Elle meurt à Bâle en 1967.
uand
sur la terre le Fils prie en contemplant le Père, il n'a
besoin ni de chercher ses mots, ni de réfléchir
à ce qu'il veut dire : ce lui est déjà donné.
Pourtant, c'est bien comme Fils incarné qu'il se présente
au Père, comme l'envoyé du Père, celui que
le Père aime et qui aime le Père. Il doit en être
ainsi puisque le Fils se présente en même temps comme
le Fils unique du Père. Lui, le Fils éternel, et
lui, le Fils incarné parmi nous, il est la même personne.
Il ne veut souffrir aucune distance entre les deux : il est l'Un.
Cette unité, il la tire de celle qu'il a au sein de la
Trinité : de ce qu'il représente Dieu. Mais il la
tire également de ce qu'il représente les hommes
: il est Un de par son unité avec les hommes.
Chacune de ses prières est dite au Père avec nous.
Même quand nous ne l'entendons pas, quand nous n'en avons
aucune idée, elle s'adresse à Dieu en notre nom,
renferme ce qui fécondera la nôtre, ne peut se réduire
à une prière isolée, privée. Les limites
qu'il a assumées en tant qu'homme, et qui concerne son
temps et son espace, sont un avec l'illimité de sa divinité.
Comme Dieu, il est la source de l'illimité; comme homme,
la source de la limitation; en tant que source, il unit en lui
l'un et l'autre. Les limites que nous connaissons et sur lesquelles
nous achoppons partout dans notre être, participent en lui
à l'infini et ont, dans sa prière -et à travers
lui dans la nôtre-, accès au Dieu infini. Nous sommes
comme des invités à une fête à laquelle
nous pensons ne rien comprendre, la fête se passe entre
les trois Personnes divines; or entre les trois
Personnes divines revient toujours à dire à
l'intérieur de la divinité une, unique.
Lorsque nous conversons avec d'autres hommes, beaucoup de nos
paroles disent notre intention d'aider, de conseiller. Mais souvent
les paroles restent sans effet. Il arrive toutefois que notre
interlocuteur, après un certain laps de temps, suive notre
conseil et nous en remercie. Dans ce cas, notre parole a
porté, elle l'a empoigné . Il l'a gardée
en lui et elle l'a changé, elle a déclenché
quelque chose. Bien d'autres paroles sont perdues sans que nous
puissions d'avance en calculer la perte - ou, comme nous venons
de le dire, l'effet. Quand une parole porte, cela paraît
être un accident, Nous y sommes, au fond, si peu habitués
que nous nous étonnons chaque fois qu'une parole produit
son effet.
Entre Dieu le père et Dieu le Fils, aucune parole ne se
perd. L'effet que produit une parole du Fils sur son Père
est toujours clair ; l'effet d'une parole du Père sur le
Fils l'est tout autant. Or, à cette efficacité de
la parole, le Fils nous invite à participer. Il ne réitère
pas cette invitation à chacune des prières qu'il
fait, à chacun des instants où il contemple le Père,
à chacune des pensées qu'il a pour son Père,
à chacune des réponses qu'il lui donne; une fois
pour toutes il nous l'adresse. Aussi corrélativement sommes-nous
une fois pour toutes dans sa prière, non en nous y plaçant,
mais en raison de la plénitude de sa grâce. Cette
grâce s'attache à chacune de ses prières,
elle englobe toute parole qu'il profère.
De sa part, il s'agit d'une invitation sans artifice, dans laquelle
il ne cache aucune exception : c'est pour tous, en effet, qu'il
est venu dans le monde, et tout homme, croyant ou non, pourrait,
s'il consultait l'écriture, affirmer : je suis concerné.
Ce ne serait là présomption ni de la part du Juif
ni de la part du Gentil. Dans l'espace qu'ouvre cette invitation,
se situent toute conversion, toute orientation vers le Fils, tout
retour à la maison du Père, pour le plus éloigné
aussi bien que pour le plus proche déjà à
l'abri dans l'église. Au cours des siècles cet espace
ne perd rien de son actualité. Aussi, pouvons-nous, avec
un regard toujours neuf, contempler le Fils en prière pour
nous remettre à sa prière, nous confier à
sa parole, marcher sous son regard sur le chemin qui mène
au Père, accueillir, comme ses invités, le don de
son dialogue au sein de la Trinité et nous en nourrir comme
du fruit qu'il nous partage, que nous le recevions tout simplement
comme prière ou comme Eucharistie. Une Eucharistie qui
ne serait pas participation au dialogue du Père et du Fils
dans l'Esprit n'en serait pas une. Car dans le corps eucharistique
du Seigneur est incluse la signification de son corps terrestre,
qui est d'être présent devant le Père, de
converser avec lui, de le connaître par l'Esprit -Saint.
Ces trois choses font un dans le Fils et constituent pour nous
aujourd'hui la vie chrétienne. église, sacrements,
prière, tout est déjà dans le Fils, participant
de sa prière, pleinement accompli.
Adrienne
von Speyr. L'expérience de la prière, préface
de H.U. von Balthasar, Editions Lethielleux, Paris, 1978.
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