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Janvier
2001
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Au jour de l'annonciation
(
Oraison XI )
- de Sainte Catherine de Sienne,
(1347-1380)
Ô Marie, Marie,
temple de la Trinité, ô Marie porteuse du feu! Marie porteuse de
miséricorde, Marie qui fais germer le fruit, Marie qui rachètes
l'humaine génération, parce que ta chair portant en elle le
Verbe, le monde fut racheté.(...)
Ô Marie, océan de
paix, Marie donatrice de paix, Marie terre fructifère. Toi,
Marie, tu es cette plante nouvelle de laquelle nous vient cette
fleur odoriférante, le Verbe Fils unique de Dieu parce qu'en toi,
terre fructifère, fut semé ce Verbe. Tu es la terre et tu es la
plante.(...)
Ô Marie, vase
d'humilité, et dans ce vase se trouve et brûle la lumière de la
vraie connaissance, avec laquelle tu t'élevas au-dessus de toi et
tu plus au Père éternel, alors il te ravit et te tira à lui en
t'aimant d'un singulier amour. Avec cette lumière et ce feu de ta
charité et avec l'huile de ton humilité tu tiras et inclinas sa
divinité à venir en toi, bien qu'auparavant il fut tiré par le
très ardent feu de son inestimable charité à venir à
nous.(...)
Toi, ô Marie, tu es
faite livre, dans lequel est écrite aujourd'hui notre règle. En
toi aujourd'hui est écrite la sagesse du Père éternel, en toi
se manifeste aujourd'hui la force et la liberté de l'homme. Je
dis que se montre la dignité de l'homme parce que si je regarde
en toi, Marie, je vois que la main de l'Esprit Saint a écrit en
toi la Trinité: formant en toi le Verbe incarné Fils unique de
Dieu, elle y a écrit la sagesse du Père c'est-à-dire le Verbe même:
elle y a écrit la puissance puisqu'il eut la puissance de faire
ce grand mystère, et elle y a écrit la clémence de l'Esprit
Saint, car uniquement par grâce et clémence divine fut ordonné
et accompli un tel mystère.
Si je considère ton
grand conseil, Trinité éternelle, je vois que dans ta lumière
tu as vu la dignité et la noblesse de la génération humaine,
alors comme l'amour t'avait contrainte à tirer l'homme de toi,
ainsi ce même amour t'a contrainte à le racheter alors qu'il était
perdu. Tu as bien démontré que tu as aimé l'homme avant qu'il
soit quand tu as voulu le tirer de toi par seul amour, (...) Et
que pouvais-tu lui donner plus que de te donner toi-même? D'où
vraiment tu peux lui dire: « Que t'ai-je pu ou dû faire que
je ne l'aie fait?» (...)
Quelle façon as-tu
trouvée, Trinité éternelle, pour que s'accomplisse ta vérité,
et que tu fasses miséricorde à l'homme et que soit satisfait à
ta justice? Quel remède as-tu donné? Ô voici ton remède: tu as
disposé de nous donner le Verbe, ton Fils unique, et qu'il prenne
la masse de notre chair qui t'avait offensé, (...)
Ô Marie, je vois ce
Verbe à toi donné, être en toi et néanmoins n'être pas séparé
du Père, de même que la parole que l'homme a dans l'esprit qui,
bien qu'elle soit proférée au-dehors et communiquée à
d'autres, ne sépare pourtant pas, et n'est pas séparée du
coeur. En ces choses se montre la dignité de l'homme pour lequel
Dieu a opéré tout et de si grandes choses.
En toi encore, Ô
Marie, se montrent aujourd'hui la force et la liberté de l'homme,
parce que, après la décision d'un tel et si grand conseil, t'est
envoyé l'ange pour t'annoncer le mystère du conseil divine et
chercher ta volonté. Et le Fils de Dieu ne descendit pas dans ton
ventre avant que tu y consentis avec ta volonté. Il attendait à
la porte de ta volonté que tu lui ouvres, et jamais il ne serait
entré si tu ne lui avais ouvert en disant: «Voici
la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon ta parole.»
Ô Marie, mon très doux amour, en toi est écrit le Verbe dont
nous avons la doctrine de vie, tu es la tablette qui nous tend cette doctrine. Je vois
que ce Verbe, aussitôt qu'il est écrit en toi n'est pas sans la
croix du saint désir, mais aussitôt qu'il fut conçu en toi, lui
fut greffé et annexé le désir de mourir pour le salut de
l'homme, pour lequel il s'est incarné, ainsi ce lui fut une
grande croix à porter si longtemps ce désir qu'il aurait voulu
aussitôt accomplir.(...)
Je te prie encore
pour ceux que tu as mis dans mon désir avec un amour singulier
afin que tu brûles leurs coeurs qui soient des charbons non éteints
mais ardents et brûlants de ta charité et de celle du pro- chain,
si bien qu'au temps du besoin qu'ils aient leurs nacelles bien
fournies pour eux et pour autrui.(...)
Mais aujourd'hui je
demande hardiment, parce que c'est un jour de grâces, et je sais
que toi, Marie, tu ne refuses rien. Ô Marie, ta terre aujourd'hui
a germé pour nous le Sauveur.
Ô Marie, sois bénie,
toi entre toutes les femmes pour les siècles des siècles. Car
aujourd'hui tu nous as donné de ta farine. Aujourd'hui la déité
est réunie et pétrie avec notre humanité si fortement que
jamais cette union ne peut être séparée ni par la mort, ni par
notre ingratitude; mais toujours fut unie la déité, même avec
le corps dans le sépulcre et avec l'âme dans le limbe, et l'âme
avec le corps en Christ. De telle façon fut contractée et unie
cette parenté que, de même qu'elle ne fut jamais séparée,
jamais elle sera défaite in perpetuo.
Catherine de Sienne. Les
Oraisons, traduction de l'italien par Lucienne Portier, Éditions
de Cerf, Paris, l992.
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