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Novembre
2000 |
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- Le poème de la sainte liturgie
- de
Maurice Zundel. (1897-1975).
Pasteur et théologien Suisse
L'amour, une
éternelle extase
La vie nous révèle à nous-même comme une capacité d'infini.
C'est là le secret de notre liberté. Rien n'est à notre taille et l'immensité
même des espaces matériels n'est qu'une image de notre faim. Toute barrière
nous révolte et toute limite exaspère nos désirs.
C'est aussi la source de notre misère. Une capacité n'est qu'une
aptitude à recevoir. Une capacité d'infini est une indigence infinie, qui
exige d'être comblée avec une sagesse proportionnelle à ses abîmes.
Il est d'ailleurs évident que ce n'est pas à notre corps, qui n'est qu'un
point dans l'univers, que nous devons cette ampleur illimitée du vouloir. Notre
âme s'y révèle, et la qualité des nourritures qui doivent nous combler:
c'est dans l'invisible (p.15) seulement qu'elles se peuvent rencontrer, dans l'univers intérieur de
l'Esprit.
Notre chair même y doit trouver accès et s'assouplir à ses exigences
immatérielles, si toute une part de nous-mêmes point rester étrangère a
notre suprême réalisation. Mais le monde invisible l'épouvante et la
déconcerte; elle se sent dépossédée à son approche et s'attache avec
d'autant plus de violence à son domaine.
Ne parvenant pas à réaliser notre unité par en-haut, nous nous efforçons
de l'atteindre par en-bas. Par un transfert de notre appétit sur les objets
sensibles, nous leur prêtons la séduction infinie qui répond a l'immensité
de nos désirs.
Quoi de plus naturel dès lors que de céder à leurs promesses et de subir
l'envoûtement de leur attrait? Comment pourrions-nous résister à leur appel,
affamés d'infini, quand l'infini semble à portée de la main?
Nous ne voyons pas que ce qui nous fascine et nous enivre, c'est la
projection sur les choses du besoin infini qui nous travaille, le scintillement
de l'esprit sur la croupe mobile des vagues fuyantes. Nos mains gardent de leur
capture autant qu'un enfant qui s'efforce de saisir l'iris d'une bulle de savon.
Nos désirs s'exaspèrent, nos raffinements se dépassent et notre vide
s'accroît.
Il faudrait, à ce point, nous
montrer ce que nous poursuivons réellement, plutôt que de nous accabler sous
la vanité des objets qui nous séduisent. Car ce ne sont pas eux qui nous
ensorcellent, mais le chatoiement de l'infini dans les plis de leur étoffe: nos
pires excès témoignent encore de notre vocation divine, et ne représentent,
la plupart du temps, que l'élan désespéré de notre coeur vers un bonheur
insaisissable.
Quelle blessure est souvent, en vérité, la révélation de notre grandeur,
et quelle résonance illimitée donne à toutes nos émotions cette capacité
d'infini qui est le fond de notre nature! Nos douleurs et nos joies sont sans
bornes, comme nos tendresses et nos admirations. Et pourtant nos réalisations
semblent si précaires et si vaines...
L'Amour est une éternelle extase au berceau de la vie. Il s'est enchanté
de tous les espoirs, il a connu tous les sanglots, il s'est meurtri de toutes
les blessures, il a poussé jusqu'à la mort l'ivresse de la vie. Il
s'est approprié le langage de l'adoration: tellement il était sûr d'être aux
prise avec l'Infini. Mais il est rare qu'il en ait reconnu la véritable nature.
Comme l'art et comme la science, il a subi, le plus souvent, l'aimantation qui
l'entraînait sans cesse au-delà, sans en discerner la source; et il a soumis
l'homme à d'indicibles tortures, dont celui-ci était souvent lui-même, avec
une aveugle frénésie, la victime et le bourreau...
Le mystique a sondé ces plaies avec un indicible respect et une magnanime
compassion. Il a compris que l'élan magnifique devait retomber sur soi, ou
trébucher sur une idole, que cette sortie triomphale ne pouvait qu'aboutir à
la pire captivité, si l'extase ne rencontrait son objet véritable, si l'infini
ne se révélait indubitablement comme un Autre: à qui tout l'être pût être
réellement donné, avec toutes les exigences de sa vie intérieure, toute la
richesse de ses désirs, et toute l'immensité de son cour. Un Autre, mais qui
fût de l'ordre de l'esprit, et tellement intérieur à l'âme que la personne
acquît sa véritable autonomie en lui cédant et en s'y abandonnant comme à
son vrai moi. Un Autre en nous, qui ne fût pas nous, et sur qui notre être
moral pût être fondé, dans un altruisme qui consacrât son unité.
Zundel, Maurice. Le poème de la
sainte liturgie. Oeuvre St-Augustin - St-Maurice, Suisse (DDB en France).
1934.
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