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Mars
2002
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Quatrième
état d'oraison de Marie de l'Incarnation
de Marie
Guyart (l1599-1672)
Née
à Tours (France), elle épouse, à 17 ans,
Claude Martin, négociant en soie. A 19 ans, elle devient
veuve. Elle commence alors à être favorisée
de grâces mystiques qui intensifient son union à
Dieu, tout en déployant une activité intense dans
l'entreprise de son beau-père. En 1631, Marie entre au
monastère des Ursulines de Tours et confie la garde et
l'éducation de son fils Claude à sa sour. En 1639,
elle peut répondre à sa vocation pour le Canada
et s'embarque pour une fondation des Ursulines en Nouvelle-France
. Elle se dépense sans compter pour la fondation et l'éducation
et la catéchisation des fillettes, françaises et
autochtones, qui lui sont confiées. Elle meurt le 30 avril
1672 à Québec. Elle est déclarée bienheureuse
le 22 juin l980. Par la qualité mystique des ses écrits
(autobiographie, instructions, lettres, catéchismes, prières),
elle a sa place parmi les maîtres de vie spirituelle.
ès
que la divine Majesté m'eut communiqué le don de
l'oraison, il me donna ensemble la grâce de sa sainte présence:
ce qui était ce qui me soutenait et établissait
en un colloque continuel avec Notre-Seigneur, lequel, quoique
intérieurement ce fût en tant que Dieu-Homme, mon
imagination ne faisait aucune réflexion, mais tout se passait
dans l'entendement et la volonté spirituellement, avec
une grande pureté. J'avais quelquefois un sentiment intérieur
que Notre-Seigneur Jésus-Christ était proche de
moi, à mon côté, lequel m'accompagnait. Cette
présence et compagnie m'étaient si suaves et étaient
une chose si divine que je ne pouvais dire la manière comme
cela était. En cet état tout ce qui se passe en
l'âme est plus spirituel et abstrait.
Dieu fait expérimenter
à l'âme qu'il la veut tirer du soutien de ce qui
est corporel, pour la mettre dans un état plus détaché,
et dans une pureté par où elle n'a pas encore passé;
qu'elle a été soutenue en quelque manière
par les sens, qui étaient remplis de l'exubérance
qui rejaillissait de l'Humanité sainte de Notre-Seigneur.
Et en effet, elle avait, en jouissant de sa présence, l'expérience
de sa douceur qui lui faisait dire: Votre nom est comme un onguent
répandu; pour ce, les jeunes filles vous ont grandement
aimé. Elle ont sauté et tressailli de joie en savourant
<vos> mamelles. Or, ç'ont été les puissances
de l'âme et tout ce qui est de la partie sensitive qui,
dans ces douces approches, ont été en des jubilations
plus suaves que toute suavité, qui lui ont fait couler
des larmes immenses qui lui étaient plus précieuses
que tous les trésors imaginables, que si elle eût
possédés, elle les eût donnés pour
les acheter, et après tout, elle eût confessé
qu'elle les eût eues à vil prix.
Comme j'ai dit, l'âme
se sentant appelée à choses plus épurées,
ne sait où l'on la veut mener. Quoiqu'elle ait une tendance
à choses qu'elle ne connaît pas encore ni qu'elle
ne peut concevoir, elle s'abandonne, ne voulant rien suivre que
le chemin que Celui à qui elle tend avec tant d'ardeur
lui fera tenir. On lui ouvre l'esprit de nouveau pour la faire
entrer en un état comme de lumière. Dieu lui fait
voir qu'il est comme une grande mer, laquelle, tout ainsi que
la mer élémentaire ne peut souffrir rien d'impur,
aussi que lui, Dieu de pureté infinie, ne veut et ne peut
souffrir rien d'impur, qu'il rejette toutes les âmes mortes,
lâches et impures.
Cette lumière
opère choses grandes en l'âme. Il faut avouer que,
quand j'eusse fait l'imaginable pour confesser et anéantir
tout ce que j'avais d'impur en moi, que je vis en une si grande
disproportion de la pureté de l'esprit humain pour entrer
en union et communication avec la divine Majesté, que cela
est épouvantable. O mon Dieu ! qu'il y a d'impuretés
à purger pour arriver à ce terme auquel l'âme,
esquillonnée de l'amour de son souverain et unique Bien,
a une tendance si ardente et si continuelle ! Cela n'est pas imaginable,
non plus que l'importance de la pureté de cour en toutes
les opérations intérieures et extérieures
qui est requise, car l'Esprit de Dieu est un senseur inexorable
et, après tout, l'état dont je parle n'est que le
premier pas, et l'âme qui y est arrivée en peut déchoir
en un moment. Je frémis quand j'y pense, et combien il
importe d'être fidèle.
Il est vrai que la
créature ne peut rien de soi; mais lorsque Dieu l'appelle
à ce genre de vie intérieure, la correspondance
est absolument requise avec l'abandon de tout soi-même à
la divine Providence, supposée la conduite d'un directeur,
duquel elle doit suivre les ordres à l'aveugle, pourvu
que ce soit un homme de bien: ce qui est bien aisé à
reconnaître, car Notre-Seigneur en pourvoit lui-même
ces âmes-là qui se sont ainsi abandonnées
de bon cour à sa conduite. Ah ! mon Dieu, que je voudrais
publier bien haut, si j'en étais capable, l'importance
de ce point. Il conduit l'âme à la vraie simplicité
qui fait les saints. J'ai voulu quelquefois inculquer à
des novices, avec qui j'avais à converser, ce point, afin
de les rendre simples et candides, ne voyant rien qui les pût
avancer ni disposer davantage à de grandes grâces,
et enfin dans les voies de Dieu.
Marie de l'Incarnation. écrits spirituels et historiques,
tome premier, publiés par Dom Claude Martin de la Congrégation
de Saint-Maur, réédités par Dom Albert Jamet
de la Congrégation de France avec des annotations critiques,
des pièces documentaires et une biographie nouvelle, Desclée-de-Brouwer,
Paris 1929.
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