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Mai
2002
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Textes
choisis
de sainte
Marguerite Bourgeoys (1620-1700)
Religieuse française née à
Troyes (Champagne). Elle s'embarque en 1653 pour la Nouvelle-France
(Canada). Elle ouvre, à Montréal, la première
école pour les enfants des colons et fonde la Congrégation
de Notre- Dame. Elle meurt à Montréal le 17 janvier
1700, acclamée comme la Mère de la colonie
. Elle a été canonisée le 31 octobre
l982 par le pape Jean-Paul II..
Diverses sortes d'amour
Je trouve qu'il y a plusieurs
sortes d'amour parmi le monde : l'amour des étrangers, l'amour
des passants, l'amour des pauvres, l'amour des associés,
celui des amis, des parents, et enfin l'amour des amants. On est
touché de compassion pour les étrangers, quand on
apprend que leur pays est opprimé et saccagé. On aime
les passants, parce qu'ils apportent quelque gain
les pauvres,
à qui on donne le superflu
les associés, car
leur perte est dommageable
les amis, parce que leur conversation
plaît et est agréable
les parents, parce que
l'on en reçoit du bien, ou que l'on craint d'être châtié
par eux
Mais il n'y a que l'amour des amants qui pénètre
le Cur de Dieu, et à qui rien n'est refusé;
cet amour se trouve rarement et c'est le véritable amour,
car il ne connaît pas ses intérêts, ni même
ses besoins; la maladie et la santé lui sont indifférentes;
la prospérité ou l'adversité, la consolation
ou la sécheresse, tout lui est égal; il donne sa vie
avec plaisir pour la chose aimée;
Je regarde les personnes détachées de tout, et seulement
attachées à Dieu, comme ce petit poisson, appelé
remora, qui arrête les grands navires, c'est-à-dire
tout ce qui peut nuire à l'avancement d'une communauté.
O qu'une communauté est obligée à Dieu, s'Il
lui fait la grâce de posséder ce petit remora, qui
obtient de son Dieu tout ce qu'il demande pour sa gloire et pour
le bien du prochain. Les personnes de communauté ont tous
les moyens de parvenir à cette union : l'obéissance
des Règles, l'accomplissement des vux, les maximes
de l'évangile, les grâces de Dieu qu'elles reçoivent
en très grande abondance.
Notre-Seigneur a fait la grâce
à sainte Madeleine de répondre à l'amour qu'Il
lui avait porté. Cet aimable Sauveur avait eu pour elle l'amour
de complaisance, quand elle détesta ses péchés;
l'amour de bienveillance, quand elle se jeta à ses pieds
en les arrosant de ses larmes; et l'amour de bénévolence
ou bienfaisance, quand Il fit connaître à tout le monde
que beaucoup de péchés lui étaient pardonnés,
parce qu'elle avait beaucoup aimé. Cette chère Amante
a porté la reconnaissance aussi loin qu'il est possible à
une créature; elle a ressenti toutes sortes de complaisances
pour tout ce qu'elle pouvait entendre des divines perfections; elle
a pratiqué l'amour bienveillant en attirant beaucoup de personnes
à la suite de son Maître; et l'amour de bénévolence
ou de bienfaisance en publiant sa résurrection partout où
elle a pu.
La lampe fait bien comprendre l'union
L'huile étant bien
clarifiée et le coton bien préparé, aussitôt
qu'on l'allume, ce feu qui la fait éclairer tire l'huile
jusqu'à la dernière goutte. Notre âme est représentée
par l'huile; notre corps par le coton, duquel il reste ensuite un
peu de cendre, marque de la résurrection qui doit arriver
à la fin du monde; et le Saint-Esprit est figuré par
le feu. Si l'huile est sale, elle ne peut éclairer; si la
mèche n'est pas propre, le feu n'a pas moyen de tirer cette
huile. De même, le Saint-Esprit ne trouvant pas nos âmes
bien préparées, ni nos corps purifiés, ne trouve
point lieu de nous embraser de son divin Amour, et ne fait pas cette
union avec Dieu dont je parle.
Comme des charbons propres à s'enflammer...
II m'a semblé que nous
étions toutes comme des charbons propres à s'enflammer,
et que la Sainte Communion était comme un feu tout propre
à nous allumer; mais quand ces charbons ne sont allumés
qu'à la superficie, si on vient à les écarter
les uns des autres, ils s'éteignent facilement... au lieu
que s'ils sont allumés jusque dans le centre, ils ne s'éteignent
pas, mais se consument en eux-mêmes. Or, c'est écarter
les charbons, après la Sainte Communion, que de se livrer
à la dissipation, de s'entretenir dans ses humeurs naturelles,
de s'occuper de ses aises et de ses commodités; en un mot,
de s'occuper de toute autre chose que du bien qu'on a reçu
et des obligations que notre état nous impose.
La parole de Dieu est une semence
La parole de Dieu est une semence;
notre cur est la terre où elle doit être semée,
et c'est par les lectures et exhortations que cette divine semence
est jetée dans notre cur. Mais pour qu'elle y puisse
germer et produire quelque fruit, il est nécessaire que cette
terre soit échauffée par la grâce de Jésus-Christ
qui est le vrai soleil de justice. Si nous opposons des obstacles
aux ardeurs de ce divin soleil, la semence demeurera certainement
inutile et sans fruit. Or, nos vices et nos passions sont souvent,
pour ce divin soleil, des obstacles impénétrables.
Les uns y opposent comme une
muraille haute et épaisse, que la lumière ni la chaleur
ne pénètrent jamais; ce sont ceux qui refusent d'entendre
la parole de Dieu, ou qui l'entendent sans y faire attention.
D'autres entendent la divine
parole, et y réfléchissent quelquefois; mais ils conservent
de fortes attaches à mille bagatelles qui partagent presque
continuellement leur esprit et leur cur. C'est comme si, dans
le mur dont nous venons de parler, il y avait à la vérité
quelques fenêtres ou ouvertures, mais qui seraient fermées
comme avec des contrevents qu'on n'ouvrirait que rarement, et qui
arrêtant ainsi toute l'ardeur du soleil, feraient que la terre
ne pourrait encore rien produire.
D'autres, plus fidèles,
mais encore bien imparfaits, écoutent et méditent
la divine parole; mais c'est à travers plusieurs imperfections
dont ils ne font aucun compte, et qu'ils se mettent peu en peine
de corriger. Ceux-là ont ôté les contrevents
des fenêtres de leur mur; mais ils y ont substitué
des châssis et des vitres, à travers lesquels la chaleur
et la lumière pénètrent à la vérité,
mais dont l'impression est bien faible... en sorte que la semence
ne peut produire qu'à peine des fleurs sans éclat,
et des fruits sans saveur.
Mais ôtez tous ces différents
obstacles, jetez la semence dans un cur entièrement
libre et dégagé, ouvert aux influences du soleil de
justice... vous verrez bientôt naître en abondance,
de cette semence, des fleurs vives, agréables, de bonne odeur,
qui porteront leur fruit dans leur temps et feront voir qu'on a
profité de la parole de Dieu
Marguerite Bourgeoys. Textes choisis et présentés par
Hélène Bernier, Collection Classiques canadiens N°
3, Editions Fides, Montréal, l958.
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