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juin
2002
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La
Cité de Dieu (Livre X)
Augustin d'Hippone.évêque
et Docteur de l'église (354-430)
Père de l'église latine. Romain
d'Afrique du Nord, né d'un père païen et d'une
mère chrétienne, sainte Monique, il resta longtemps
étranger à l'église. Il se convertit sous l'influence
de saint Ambroise et devint évêque d'Hippone. Outre
ses Lettres et ses Sermons, ses principaux ouvrages sont : la Cité
de Dieu, les Confessions, le traité de la Grâce. Théologien,
philosophe, moraliste, il a exercé une influence capitale
sur la théologie et la vie religieuse occidentales. Ecrivain,
il a donné au latin chrétien ses lettres de noblesse.
Chapitre vingt-cinquième
La foi en l'Incarnation est et a toujours été
la source de toute grâce.
'est
par leur foi en ce mystère que les justes d'autrefois ont
pu, en vivant pieusement, se trouver eux-mêmes purifiés,
non seulement avant que la loi fût donnée au peuple
hébreu - car, pour les enseigner, Dieu ni les anges ne leur
ont jamais manqué - mais sous le règne de cette loi
même, quoique dans les passages qui figurent des réalités
spirituelles elle parût contenir des promesses charnelles,
d'où son nom d'ancien testament.
Car il y avait alors des prophètes qui ont,
comme les anges, annoncé la même promesse et il y avait
parmi eux celui dont j'ai rappelé naguère la parole
si grande et si divine sur le souverain bien de l'homme :
Mon bien, c'est d'être uni à Dieu. Ce psaume
distingue nettement les deux testaments, l'ancien et le nouveau.
Le prophète dit en effet qu'à cause des promesses
charnelles, quand il voyait les impies regorger de tous les biens
qu'elles promettent, ses pieds avaient failli être ébranlés,
ses pas glisser presque vers la chute, à la pensée
que lui-même avait servi Dieu en vain puisqu'il voyait ceux
qui le méprisent s'épanouir dans la félicité
qu'il attendait de lui; alors, continue-t-il, voulant savoir pourquoi
il en était ainsi, il avait peiné pour résoudre
ce problème jusqu'au moment où il était entré
dans le sanctuaire de Dieu et avait réfléchi sur la
fin de ceux qui, naguère, dans sa recherche errante, lui
paraissaient heureux.
Il comprit alors que, dans leur élévation,
ils avaient été, comme il dit, jetés à
bas, qu'ils avaient disparus, qu'ils avaient péri à
cause de leurs iniquités et que ce comble de félicité
temporelle était devenu pour eux comme le songe d'un homme
qui s'éveille et soudain se trouve privé des fausses
joies qu'il rêvait. Et comme ici-bas, dans la cité
terrestre, ils étaient pleins du sentiment de leur grandeur:
Seigneur, dit-il, dans ta cité, tu réduiras
au néant leur fantôme.
Il montre toutefois combien il lui a été avantageux
de n'attendre les biens mêmes de la
terre que de la libéralité du seul vrai Dieu qui tient
tout en son pouvoir: J'ai été
devant toi comme une bête et je suis toujours avec toi.
- Comme une bête ,
c'est-à-dire sans comprendre; car de vous j'aurais dû
désirer recevoir ces biens qui ne
peuvent m'être communs avec les impies; quand je les voyais
regorger de biens, j'ai
pensé que je vous avais servi en vain puisque ces biens étaient
le lot de ceux qui
n'avaient pas voulu vous servir. Cependant je suis toujours
avec vous ; car, même
lorsque je désirais de tels biens, je ne me suis pas adressé
à d'autres dieux. Aussi,
continue-t-il, vous m'avez saisi la main droite; vous m'avez
conduit dans votre
volonté et vous m'avez élevé en gloire ;
comme s'ils appartenaient à la main gauche
tous ces biens dont la jouissance accordée aux impies l'avait
presque ébranlé. Quel
trésor ai-je dans le ciel et qu'ai-je voulu recevoir de vous
sur la terre ?
Il se blâme lui-même et prend justement sa conduite
en horreur pour avoir, possesseur au ciel d'un si grand bien - comme
il l'a compris plus tard - demandé à son Dieu sur
la terre des biens passagers, fragiles, et comme une félicité
de boue. Mon cur et ma chair ont défailli, Dieu
de mon cur ; entendez d'une heureuse défaillance
qui fait quitter les choses d'en bas pour celles d'en haut; de là,
et dans un autre psaume : Mon âme est consumée
de désirs et défaille à la pensée des
parvis du Seigneur. Et ailleurs : Mon âme a
défailli à la pensée de votre salut.
Cependant, et quoiqu'il eût parlé de l'une et de l'autre,
de la défaillance du cur et de celle de la chair, il
n'a pas ajouté : Dieu de mon cur et de ma chair; mais
Dieu de mon cur . Car c'est par le cur
que la chair reçoit sa purification. De là vient que
le Seigneur dit : Purifiez ce qui est en
dedans et ce qui est en dehors sera pur.
II dit ensuite que son partage c'est Dieu lui-même, non pas
rien qui vienne de lui, mais
lui-même : Dieu de mon cur, dit-il, et Dieu qui
êtes mon partage pour tous les
siècles ; parce qu'entre tous les biens qui s'offrent
au choix des hommes, c'est Dieu
lui-même qu'il a voulu choisir. Car voici, dit-il :
ceux qui s'éloignent de vous
périront; vous avez condamné tous ceux qui forniquent
loin de vous , c'est-à-dire tous
ceux qui veulent se prostituer à plusieurs dieux. Enfin,
cette parole pour laquelle nous
avons également cité les autres versets du psaume
: Mon bien, c'est d'être uni à
Dieu , de ne pas m'éloigner de lui, de ne pas m'avilir
en de multiples fornications. Or
cette union sera parfaite quand tout ce qui doit être libéré
aura été libéré.
Mais maintenant c'est l'heure, comme il le dit ensuite, de
mettre en Dieu notre
Espoir. Car, nous dit l'apôtre, voir ce qu'on
espère ce n'est plus espérer ; ce qu'on
voit en effet, pourquoi l'espérer encore ? Mais si nous espérons
ce que nous ne voyons
pas, nous l'attendons par la patience. établis maintenant
dans cette espérance, suivons
le conseil du psalmiste et soyons, nous aussi, selon nos faibles
moyens, les anges de
Dieu, c'est-à-dire ses hérauts, annonçant sa
volonté, louant sa gloire et sa grâce.
Mettre en Dieu mon espoir , dit-il et il ajoute:
afin d'annoncer toutes vos louanges
aux portes de la fille de Sion. II s'agit ici de la très
glorieuse cité de Dieu, de celle qui
connaît et honore un seul Dieu, de celle qu'ont annoncée
les saints anges qui nous ont
invités à en faire partie et ont voulu que nous y
fussions leurs concitoyens ; ils ne
veulent pas que nous les honorions comme nos dieux, mais que nous
honorions avec
eux celui qui est leur Dieu et notre Dieu; ils ne veulent pas que
nous leur offrions des
sacrifices, mais que nous soyons avec eux un sacrifice à
Dieu.
Aussi, quiconque porte sur ces choses un jugement libre de toute
obstination maligne est indubitablement assuré que ces bienheureux immortels
qui, loin de nous porter
envie (car s'ils connaissaient l'envie, seraient-ils heureux?),
nous aiment et veulent
nous voir devenir heureux nous-mêmes avec eux, nous y aident
avec plus d'ardeur et
d'efficacité quand nous honorons avec eux un seul Dieu, Père,
Fils et Saint-Esprit, que
si nous les honorions eux-mêmes avec des sacrifices.
Saint Augustin. La Cité de Dieu, tome deuxième, texte
latin et traduction française avec
une introduction et des notes par Jacques Perret, Librairie Garnier
, Paris 1946.
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