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Janvier
2002
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La crèche et la croix
de de Sainte Thérèse
Bénédicte de la Croix, Edith Stein (l991-l942)
Philosophe
et religieuse allemande d'origine juive. Convertie au catholicisme
(l922), elle entre au Carmel à Cologne puis à Echt
(Pays-Bas) où elle est arrêtée par les nazis.
Déportée, elle meure dans le camp d'Auschwitz- Birkenau.
Béatifiée en l987, canonisée en l998, elle
est proclamée co-patronne de l'Europe en 1999.
Prooïmion
ette joie de Noël, chacun de nous a pu l'éprouver;
mais le ciel et la terre ne sont pas encore unis. Aujourd'hui
encore, l'étoile de Bethléem brille dans une nuit
profonde. Déjà au lendemain de Noël, l'église
dépose ses ornements blancs pour revêtir la pourpre
du sang et, au quatrième jour, le violet du deuil. Etienne,
premier martyr à suivre le Seigneur dans la mort, et les
saints Innocents, les nourrissons de Bethléem et de Juda
impitoyablement massacrés, font cortège à
l'Enfant dans la crèche. Qu'est-ce que cela signifie? Où
donc est l'allégresse des cohortes célestes, où
est la tranquille félicité de la nuit sainte? Où
est la paix sur terre?
Paix sur terre aux hommes de bonne volonté. Mais tous ne
sont pas de bonne volonté. Le Fils du Père éternel
dut descendre de la gloire du ciel parce que le mystère
du mal avait enveloppé le monde de ténèbres.
La nuit couvrait la terre, et il vint comme la Lumière
qui brille dans les ténèbres; mais les ténèbres
ne l'ont pas reçu. A ceux qui l'accueillirent, il apporta
la lumière et la paix: la paix avec le Père céleste,
la paix avec tous ceux qui, comme eux, sont des fils de lumière
et des enfants du Père, et la profonde paix du cour - mais
non la paix avec les enfants des ténèbres. A eux
, le Prince de la Paix n'apporte pas la paix mais le glaive. Pour
eux il est la pierre d'achoppement contre laquelle ils s'élancent
et se brisent. C'est là une vérité difficile
et grave, que l'image poétique de l'Enfant dans la crèche
ne doit pas nous masquer.
Le mystère de l'Incarnation et le mystère du mal
sont étroitement liés. Sur la lumière descendue
du ciel se détache, d'autant plus sombre et menaçante,
la nuit du péché.
L'Enfant de la crèche tend les mains, et son sourire semble
déjà exprimer ce que l'Homme dira plus tard: Venez
à moi, vous tous qui êtes fatigués et qui
ployez sous le fardeau. Les premiers à suivre son appel
sont les pauvres bergers des champs de Bethléem, à
qui l'éclat du ciel et la voix de l'ange annoncèrent
la bonne nouvelle et qui, disant: Allons à Bethléem,
se mirent en marche; ce sont les rois, venus du lointain Orient,
qui avec la même foi simple, suivirent la merveilleuse étoile.
Sur eux les mains de l'Enfant répandirent une rosée
de grâces, et ils se réjouirent d'une grande joie.
Ces mains donnent et exigent à la fois: sages, déposez
votre sagesse et devenez simples comme des enfants; rois, donnez
vos couronnes et vos trésors et rendez humblement hommage
au Roi des rois; prenez sans hésiter votre part des peines,
des souffrances et des fatigues que son service exige . Et vous,
enfants, qui n'avez encore rien à offrir, c'est votre tendre
vie, avant même qu'elle ait vraiment commencé, que
vous prennent les mains de l'Enfant - et à quelle meilleure
fin pourrait-elle servir que d'être sacrifiée au
Seigneur de la vie?
Sui-moi, disent les mains de l'Enfant, comme plus tard la bouche
de l'Homme. Ainsi
a-t-il appelé le disciple que le Seigneur aimait, qui appartenait
lui aussi à la suite de l'Enfant. Saint Jean partit sans
demander où ni pourquoi. Il abandonna la barque de son
père et suivit le Seigneur sur tous ses chemins, jusqu'au
Golgotha. Suis-moi. Cet appel, le jeune Etienne l'entendit à
son tour. Il suivit le Seigneur dans son combat contre les puissances
des ténèbres, contre l'aveuglement et le refus obstiné
de croire. Il témoigna pour lui par sa parole et par son
sang. Il le suivit aussi dans son esprit, l'Esprit d'amour qui
combat le péché mais qui aime le pécheur,
et qui devant Dieu plaide en faveur du meurtrier jusque dans la
mort.
Ces silhouettes agenouillées autour de la crèche
sont des figures de pure lumière: les frêles Innocents,
les Bergers confiants, les humbles Rois- mages, Etienne, le disciple
ardent, et Jean l'apôtre de l'Amour; tous ont répondu
à l'appel du Seigneur. En face d'eux se dresse la nuit
de l'inconcevable endurcissement, de l'aveuglement: celui des
docteurs de la Loi, capables de prévoir l'heure et le lieu
de la naissance du Sauveur du monde, mais incapables d'agir en
conséquence et de dire: Allons à Bethléem,
et celui du roi Hérode, qui veut tuer le Seigneur de la
vie.
Devant l'Enfant de la crèche, les esprits se divisent.
Il est le Roi des rois, celui qui règne sur la vie et la
mort. Il dit: Suis-moi, et qui n'est pas pour lui est contre lui.
Il le dit aussi pour nous, et nous place devant le choix entre
lumière et ténèbres.
Edith
Stein. La crèche et la croix, traduit de l'allemand par Genia
Català et Philibert Secretan, préface de Philibert
Secretan, éditions Ad Solem, Genève 1995.
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