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Avril
2002
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Homélie
sur la sainte et salutaire Pâque
de Grégoire
de Nysse (335-394)
Père
de l'église grecque né à Césarée
de Cappadoce, frère de saint Basile et évêque
de Nysse. Il lutta contre l'arianisme ; ses ouvres de spiritualité
en font un grand théologien mystique.
Signification du sabbat
1.Le vrai repos du
sabbat, que Dieu a béni et durant lequel le Seigneur s'est
reposé après avoir accompli sa tâche quand il
s'est plongé, pour le salut du monde, dans l'inertie de la
mort, touche déjà à son terme. Ce jour a révélé
sa grâce particulière à nos yeux, à nos
oreilles, à notre cour, car c'est de toutes ces manières
que la fête s'est déroulée pour nous : nous
avons vu, nous avons entendu, nous avons reçu la joie en
notre cour. Nos yeux pouvaient contempler la lumière visible
que les torches nous apportaient en procession dans la nuit en une
nuée de feu ; toute la nuit l'écho de psaumes, d'hymnes
et de chants spirituels frappait nos oreilles, il s'écoulait
par elles vers notre âme comme un fleuve de joie et nous a
remplis de bonne espérance; notre cour, lui, réjoui
par ces textes et ce spectacle, recevait l'empreinte de la béatitude
indicible, conduit vers l'invisible par ce qu 'il pouvait voir.
De la sorte, ces biens que l'oil n'a pas vus et que l'oreille
n'a pas entendus, et qui ne sont pas montés au cour de l'homme
(cf. 1Co 2,9) se trouvaient reflétés par les
biens de ce jour de repos, garantissant, par eux-mêmes, l'espérance
ineffable en ceux qui nous sont réservés.
Puisque cette nuit lumineuse a mêlé l'éclat
des torches aux rayons matinaux du soleil et a ainsi fait un jour
unique et continu, ininterrompu par l'interposition des ténèbres,
considérons, mes frères, la prophétie qui dit
: Voici le jour qu'a fait le Seigneur (cf. Ps 117,24).
Agir n'est en ce jour ni pesant ni difficile, mais est plaisir,
joie, jubilation. L'écriture proclame ainsi : En lui
jubilons, soyons heureux (Ps 117,24). Quels beaux commandements
! Quelles douces lois ! Qui peut tarder à obéir à
de tels ordres ? Qui ne voir pas non plus comme un tort le plus
petit retard dans ces commandements ? Notre tâche est joie
et le commandement est jubilation : de la sorte est abolie la sentence
qui nous condamne pour notre péché, et les peines
se métamorphosent en plaisir.
La victoire de la vie
2. Voici le précepte
de la sagesse : Au jour du bonheur on oublie le malheur
(Si 11,25). Ce jour fait oublier la première sentence prononcée
contre nous, mieux, il l'annule, non content de la faire oublier.
Il a effacé absolument toute trace du jugement nous condamnant.
Alors l'enfantement se passait dans la douleur; maintenant la mise
au monde est sans souffrance. Alors nous étions chair, nés
d'une chair : maintenant ce qui naît est esprit, né
de l'esprit. Alors nous étions fils d'hommes; maintenant
nous sommes nés enfants de Dieu. Alors nous avons été
chassées des cieux vers la terre; maintenant celui qui règne
dans les cieux fait de nous aussi des êtres célestes.
Alors, à cause du péché, la mort régnait;
maintenant, à travers la vie, la justice reprend le pouvoir.
Alors un seul a ouvert les portes de la mort; maintenant aussi,
par un seul, celle-ci laisse la place à la vie.
Alors nous avons perdu la vie à cause de la mort; maintenant
la vie a aboli la mort. Alors la honte nous a poussés à
nous cacher sous le figuier; maintenant la gloire nous permet de
nous approcher de l'arbre de vie. Alors nous avons été
chassés du paradis pour avoir désobéi; maintenant
notre foi nous place à l'intérieur de ce paradis.
De nouveau le fruit de la vie est là, pour notre bonheur,
à notre portée. De nouveau la source du paradis, qui
se divise en quatre selon les fleuves des évangiles, abreuve
toute la personne de l'église : de la sorte, les sillons
de notre âme, qu'a ouverts la charrue de l'enseignement celui
qui sème la Parole, connaîtront aussi cette ivresse
et les produits de la vertu se multiplieront.
Que convient-il donc de faire encore dans ces circonstances ? Quoi
d'autre que d'imiter les montagnes du prophète et les collines
en bondissant ? Les montagnes bondirent comme des béliers,
les collines comme des agneaux (Ps 113,4). Allons donc, réjouissons-nous
dans le Seigneur qui a ravi la puissance de l'ennemi et qui a élevé
le grand trophée de la croix pour notre salut, par la chute
de l'adversaire. Poussons des cris de guerre. Ces cris sont des
chants de victoire, entonnés par les vainqueurs contre les
vaincus.
Prière finale
Puisque l'ennemi et
sa ligne de bataille ont été renversés, puisque
le chef de la mauvaise armée des démons disparaît,
aboli et désormais anéanti, disons que le Seigneur
est un grand Dieu et un grand roi sur toute la terre
(cf. Ps 94,3 et 46,3), lui qui bénit la couronne
de l'année de ses biens (cf. Ps 64,12) et qui nous
a rassemblés en ce chour spirituel, en Christ Jésus
notre Seigneur. Gloire à lui pour les siècles, amen.
Grégoire de Nysse. Le Christ Pascal : cinq homélies
pascales, homélie sur l'Ascension, traité Quand
le Fils aura tout soumis ; traductions de Christian Bouchet
et de Mariette Canevet; introduction, notes et guide thématique
par A.-G. Hamman . Collection Les pères dans la foi
N° 55, Migne : diffusion Brépol, Paris, 1994
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