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2001-08-30
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- Ecclesia
in Oceania
Exhortation apostolique post-synodale
Sa
Sainteté le pape Jean-Paul II
EXHORTATION APOSTOLIQUE
POST-SYNODALE
ECCLESIA IN OCEANIA
DE SA SAINTETé LE PAPE JEAN-PAUL II
AUX éVÊQUES
AUX PRÊTRES ET AUX DIACRES
AUX PERSONNES CONSACRéES
ET À TOUS LES FIDÈLES LAÏCS
SUR JéSUS CHRIST
ET LES PEUPLES DE L'OCéANIE:
SUIVRE SON CHEMIN
PROCLAMER SA VéRITé
VIVRE SA VIE
INTRODUCTION
1. L'église en Océanie rend gloire à Dieu
à l'aube du troisième millénaire et proclame
son espérance à la face du monde. Sa gratitude envers
Dieu jaillit de sa contemplation des dons innombrables qu'elle
a reçus, y compris la richesse des peuples et des cultures
ainsi que les merveilles de la création. Mais, pardessus
tout, elle le remercie pour le don incomparable de la foi en Jésus
Christ, Premier-Né de toute créature
(Col 1, 15). Au cours du dernier millénaire, l'église
en Océanie a accueilli et conservé précieusement
ce don de la foi, le transmettant fidèlement aux nouvelles
générations. Pour tout cela, l'église entière
fait monter sa louange vers la Très Sainte Trinité.
Dès les origines, les peuples de l'Océanie ont
été sensibles à la présence divine
manifestée dans la richesse de la nature et des cultures.
Mais ce n'est qu'à l'arrivée des premiers missionnaires
étrangers, dans la dernière moitié du deuxième
millénaire, que ces populations autochtones entendirent
pour la première fois parler de Jésus Christ, le
Verbe fait chair. Ceux qui immigraient d'Europe ou d'autres parties
du monde apportaient leur foi avec eux. Pour tous, l'évangile
de Jésus Christ, reçu dans la foi et vécu
dans la communio de l'église, réalisait, en les
dépassant, les désirs les plus profonds du cour
humain. L'église en Océanie est forte dans l'espérance,
car elle a fait dans le Christ l'expérience de l'infinie
bonté de Dieu. De nos jours, le trésor de la foi
chrétienne se maintient grâce à un dynamisme
renouvelé et prometteur, car l'Esprit de Dieu est toujours
nouveau et surprenant. Partout dans le monde, l'église
partage cette espérance des peuples de l'Océanie:
l'avenir apportera dans les terres du Grand Océan des dons
de la grâce nouveaux et plus merveilleux encore.
2. L'Assemblée spéciale pour l'Océanie du
Synode des évêques, qui s'est tenue du 22 novembre
au 12 décembre 1998, a été un moment privilégié
où l'église en Océanie a pu manifester sa
gratitude et son espérance. J'avais suggéré
l'utilité d'une telle Assemblée dans la lettre apostolique
Tertio millennio adveniente, la proposant comme l'une des Assemblées
continentales qui devaient préparer l'église au
nouveau millénaire.(1) Aux évêques de l'Océanie
se sont joints des évêques d'autres continents ainsi
que les Chefs des Dicastères de la Curie romaine. Parmi
les participants se trouvaient d'autres membres de l'église:
prêtres, laïcs, personnes consacrées, ainsi
que des délégués fraternels d'autres églises
et Communautés ecclésiales. L'Assemblée a
fait porter ses analyses et ses discussions sur la situation actuelle
de l'église en Océanie en vue d'envisager l'avenir
de manière plus efficace. Elle a aussi concentré
l'attention de l'église universelle sur les espoirs et
les défis, les besoins et les possibilités, les
tristesses et les joies de cette immense tapisserie humaine qu'est
l'Océanie. La rencontre de tant d'évêques
à Rome, avec le Successeur de Pierre et autour de lui,
fut une magnifique occasion de célébrer les dons
de la grâce qui ont produit une moisson si abondante parmi
les peuples de l'Océanie. La foi en Jésus Christ
était le fondement et le cour de la prière et des
discussions des participants. Les évêques et tous
ceux qui étaient avec eux ont été animés
par la seule foi au Christ. Et tous ont reçu inspiration
et force de la communio ecclésiale qui les unissait et
qui, tout au long des journées de l'Assemblée synodale,
s'est exprimée, avec puissance et de manière émouvante,
comme une véritable unité dans la diversité.
CHAPITRE I
JéSUS CHRIST ET LES PEUPLES DE L'OCéANIE
Comme Jésus marchait au bord du lac de Galilée,
il vit deux frères, Simon, appelé Pierre, et son
frère André, qui jetaient leurs filets dans le lac;
c'étaient des pêcheurs. Jésus leur dit: Venez
derrière moi, et je vous ferai pêcheurs d'hommes.
Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent (Mt
4, 18-20).
La personne de Jésus
L'appel
3. Durant l'Assemblée synodale, l'église universelle
fut à même de voir plus clairement comment le Seigneur
Jésus vient à la rencontre des peuples de l'Océanie,
sur leurs terres et sur les innombrables îles. Car c'est
le Seigneur lui-même qui pose sur eux un regard d'amour
qui est à la fois un défi et un appel. Tout comme
Simon Pierre et son frère André, ces peuples sont
invités à tout quitter, à se tourner vers
Lui, le Seigneur de la Vie, et à le suivre. Ils doivent
non seulement abandonner les chemins de péché, mais
aussi les formes stériles d'une certaine manière
de penser et d'agir, afin de se mettre sur la voie d'une foi toujours
plus profonde et de suivre le Seigneur avec une fidélité
toujours plus grande.
Le Seigneur a appelé à lui l'église en Océanie:
c'est un appel qui, comme toujours, comporte aussi un envoi en
mission. Il faut être avec Jésus, pour repartir de
Jésus, mais toujours revêtu de sa force et de sa
grâce. Le Christ appelle maintenant l'église à
prendre part à sa mission avec une énergie et une
créativité renouvelées. C'est ce que le Synode
a vu clairement dans la vie de l'église en Océanie.
Ce fut une joie pour les évêques de constater que
dans la vie de l'église en Océanie le Seigneur Jésus
s'est montré fidèle à sa promesse:
Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin
du monde (Mt 28, 20). L'assurance de sa présence
donne la force et le courage dont les disciples ont besoin pour
devenir pêcheurs d'hommes . Durant l'Assemblée
spéciale, la présence du Seigneur a été
expérimentée dans la prière, dans le partage
des espoirs et des inquiétudes, mais aussi dans les liens
de la communio ecclésiale. Croire en la présence
de Jésus parmi son peuple en Océanie rendra toujours
possibles de nouvelles et merveilleuses rencontres avec lui, et
ces nouvelles rencontres deviendront semences pour la nouvelle
mission.
Quand nous marchons avec le Seigneur, nous lui laissons tous
nos fardeaux et cela nous donne la force d'accomplir la mission
qu'il nous confie. Il prend et il donne: il prend notre faiblesse
et il donne sa force. Tel est le grand mystère de la vie
du disciple et de l'apôtre. Nous avons la certitude que
le Christ travaille avec nous et en nous tandis que nous
avançons au large , comme nous devons le faire maintenant.
Quand les temps sont difficiles ou peu propices, le Seigneur lui-même
nous incite à jeter nos filets encore une fois
(cf. Lc 5, 1-11).(2) Nous ne pouvons pas désobéir.
Annoncer Jésus Christ
4. Trouver les moyens adaptés pour annoncer aujourd'hui
aux peuples de l'Océanie Jésus Christ comme Seigneur
et Sauveur, telle fut la préoccupation centrale de l'Assemblée
synodale. Mais quelle voie nouvelle peut-on utiliser pour le présenter
afin que de plus en plus de personnes le rencontrent et croient
en lui? Les interventions des Pères du Synode ont reflété
les défis et les difficultés, mais aussi les possibilités
et les espoirs, inhérents à cette question.
Tout au long de l'histoire, grâce aux extraordinaires efforts
missionnaires et pastoraux de l'église, les peuples de
l'Océanie ont rencontré Jésus Christ qui
les appelle sans cesse à la foi et leur donne une vie nouvelle.
À l'époque coloniale, le clergé et les religieux
catholiques ont très vite mis en place des institutions
visant à soutenir et à fortifier dans la foi les
nouveaux arrivants en Australie et en Nouvelle-Zélande.
Les missionnaires ont porté l'évangile aux autochtones
de l'Océanie, les invitant à croire au Christ et
à trouver dans son église leur demeure véritable.
Ceux-ci ont répondu en grand nombre à cet appel,
ils sont devenus disciples du Christ et ont commencé à
vivre selon ses commandements. Le Synode n'a eu aucun doute sur
le fait que l'église, la communio des croyants, est maintenant
une réalité vivante parmi les nombreux peuples de
l'Océanie. Aujourd'hui, Jésus les regarde de nouveau
avec affection et les appelle à une foi toujours plus profonde,
à une surabondance de vie en lui. Les évêques
ne pouvaient manquer de se demander alors: comment l'église
peut-elle être un instrument efficace de Jésus Christ
qui désire maintenant aller à la rencontre des peuples
de l'Océanie par des chemins nouveaux?
Jésus Christ: Pasteur, Prophète et Prêtre
5. Dans son amour infini pour le monde, Dieu a donné son
Fils unique pour être Dieu-avec-nous. S'abaissant lui-même
pour devenir semblable à nous, Jésus est né
de la Vierge Marie, dans l'humilité et la pauvreté.(3)
Totalement dépouillé et pauvre sur la Croix, Jésus
est le Fils bien-aimé de Dieu, le Sauveur du monde, un
monde vide et pauvre. Quand le Christ demeurait parmi nous, il
proclamait la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu qui était
arrivé, un Royaume de paix, de justice et de vérité.
Des foules l'ont suivi, surtout les petits, les pauvres et les
exclus, mais les puissants de ce monde, pour la plupart, se sont
retournés contre lui. Ils l'ont condamné et l'ont
cloué sur la Croix. Cette mort ignominieuse, acceptée
par le Père comme un sacrifice d'amour pour le salut du
monde, a ouvert la voie à la Résurrection glorieuse,
par la puissance de l'amour du Père. Jésus fut alors
établi comme Roi de l'univers, Prophète pour tous
les peuples, et Grand Prêtre du sanctuaire éternel.
Il est Prophète, Prêtre et Roi non seulement pour
ceux qui le suivent mais aussi pour tous les peuples de la terre.
Le Père le présente comme le Chemin, la Vérité
et la Vie pour tous les hommes et toutes les femmes, pour toutes
les familles et toutes les communautés, pour toutes les
nations et toutes les générations.
Comme Fils de David, Jésus n'est pas seulement Roi, mais
il est aussi le Bon Pasteur de ceux qui écoutent sa voix.
Il connaît et aime ceux qui le suivent.(4) Il est le Berger
suprême de nos âmes et le Pasteur de tous les peuples.
Il guide l'église par la puissance de son Esprit Saint,
qui repose en plénitude sur lui et qu'il souffle sur ses
disciples (cf. Jn 20, 22). Des profondeurs les plus intimes, par
une force pleine d'amour, l'Esprit di rige les peuples de l'Océanie,
touchant leurs cours et leurs intelligences, et les rendant libres
pour vivre la vie surabondante en vue de laquelle ils ont été
créés.
Comme Parole de Dieu, Jésus est le Prophète universel,
la pleine révélation de Dieu.(5) Il est la Vérité,
qui invite le peuple à croire en lui et à partager
sa vie. Son Esprit guide les baptisés sur la route quotidienne
vers de nouvelles profondeurs de cette vérité. Animés
par l'Esprit Saint, les Pères du Synode ont évoqué
bien des préoccupations liées à leur expérience
pastorale et à leur amour pour le peuple de Dieu. Toutes
les réponses n'ont pas pu être apportées pendant
le déroulement du Synode, car de nombreuses questions requièrent
davantage de réflexion, d'expérience et de prière.
Toutefois, en cherchant la lumière, les évêques
se sont trouvés profondément d'accord dans leur
conviction et leur affirmation que la vérité du
salut ne peut être trouvée qu'en Jésus Christ,
et que son Esprit donne réconfort et conseil à ceux
qui viennent vers lui chargés de leurs problèmes
et de leurs fardeaux.
Le Seigneur crucifié et ressuscité est le Grand
Prêtre qui s'offre lui-même au Père en sacrifice
éternel pour la vie du monde. Il a donné sa vie
pour tous et il continue à combler ses disciples de sa
vie, particulièrement par les sacrements. Dans sa prière,
les prières de tous les croyants s'élèvent
vers le Père. Par l'Esprit Saint, il rend les croyants
capables d'une vie d'union intime avec Dieu, d'une vie de charité
plus généreuse envers leurs frères et sours,
spécialement les pauvres et les indigents. Les discussions
synodales ont souligné que, en annonçant Jésus,
l'église doit montrer son amour plein de compassion à
un monde en attente de guérison. Tous les baptisés
sont appelés à être le peuple sacerdotal de
Dieu, à l'image de Jésus, le Grand Prêtre;
et en tant que peuple sacerdotal, ils reçoivent la mission
de tendre à tous une main miséricordieuse, surtout
à ceux qui sont particulièrement dépourvus,
ceux qui sont loin, ceux qui sont désorientés. En
tendant la main et en offrant la vie au nom de Jésus, l'église
sera pour l'Océanie d'aujourd'hui un sacrement de la justice
et de la paix de Dieu.(6)
Les peuples de l'Océanie
Lieu et temps
6. Le Synode a souligné non seulement le caractère
singulier de l'espace qui s'étend sur presque un tiers
de la surface de la terre, mais aussi le grand nombre de peuples
autochtones qui, ayant joyeusement reçu l'évangile
de Jésus Christ, font éclater leur enthousiasme
dans leur façon de célébrer le message du
salut.(7) Ces peuples constituent une portion unique de l'humanité
dans une région unique du monde. Du point de vue géographique,
l'Océanie comprend le continent australien, de nombreuses
îles, grandes ou petites, et une vaste étendue d'eau.
La mer et la terre, l'eau et le sol, s'entremêlent en une
infinité de chemins qui souvent émerveillent l'oil
humain par leur beauté. Bien que l'Océanie soit
géographiquement très étendue, sa population
est par contre assez réduite et elle est distribuée
d'une manière irrégulière; elle se compose
en réalité d'un grand nombre de peuples autochtones
et émigrés. Pour beaucoup d'entre eux, la terre
est très importante: son sol fertile ou ses déserts,
la variété de ses plantes et de ses animaux, son
abondance ou ses carences. D'autres, même s'ils vivent sur
la terre ferme, sont plus dépendants des rivières
et de la mer. L'eau leur permet de naviguer d'île en île,
d'un rivage à l'autre. La grande variété
des langues - sept cents pour la seule Papouasie-Nouvelle-Guinée
- ainsi que les grandes distances entre les îles et entre
les régions font que les communications dans toute cette
zone constituent un défi particulier. Dans de nombreuses
parties de l'Océanie, les transports sont plus importants
par voie maritime ou aérienne que par voie terrestre. Les
communications peuvent encore aujourd'hui, comme en des temps
plus reculés, s'avérer lentes et difficiles, même
si, de nos jours, en bien des régions, l'information circule
instantanément grâce aux nouvelles technologies électroniques.(8)
Le pays le plus important de l'Océanie, aussi bien par
ses dimensions que par sa population, est l'Australie, où
la population aborigène a vécu pendant des milliers
d'années en se déplaçant sur de vastes bandes
de terre et en vivant en profonde harmonie avec la nature. Découverte
et colonisée par les peuples de l'Europe qui l'appelèrent
la Terre australe du Saint-Esprit (Terra Australis de Spiritu
Sancto), l'Australie est devenue très occidentale par ses
modèles culturels et sa structure sociale. Profondément
engagée dans le développement scientifique, technologique
et social du monde occidental, l'Australie est maintenant une
nation fortement urbanisée, moderne et laïque, où
les vagues successives d'immigration en provenance d'Europe et
d'Asie ont contribué à former une société
pluriculturelle. Les Australiens sont donc un peuple original,
fruit de la rencontre d'hommes, de nations, de langues, de cultures
si diverses .(9)
La foi chrétienne a été apportée
par les immigrants qui arrivaient d'Europe. De nombreux prêtres
et religieux s'étaient joints à eux et, par leur
dévouement pastoral et leurs ouvres d'éducation,
ils les aidèrent à vivre leur vie chrétienne
sur une terre étrangère et toute nouvelle. Les personnes
appelées sur place au sacerdoce et à la vie religieuse,
ainsi que de nombreux laïcs, ont apporté une contribution
indispensable pour permettre à l'église en Australie
de grandir et d'accomplir sa mission. Parmi tous ces hommes et
toutes ces femmes, se trouvait une religieuse exceptionnelle,
la bienheureuse Mary MacKillop, qui mourut en 1909 et que j'ai
eu la joie de béatifier en 1995. À cette occasion,
j'ai rappelé que, en la déclarant bienheureuse,
l'église dit que la sainteté demandée par
l'évangile est australienne, comme le fut Mary .(10)
Les relations de l'église avec les peuples aborigènes
et avec les habitants des îles du Détroit de Torres
restent un défi important et difficile à cause des
injustices passées et actuelles, et aussi à cause
des différences culturelles. Outre ce défi, l'église
en Australie est maintenant affrontée à bien des
déserts (11) modernes, semblables à
ceux qui touchent d'autres pays occidentaux.
Les premiers habitants de la Nouvelle-Zélande, nation
insulaire, furent les Maoris, qui appelaient leur pays Aotearoa,
Terre du Grand Nuage Blanc . La colonisation, et
plus tard l'immigration, ont modelé la nation en une société
biculturelle, dans laquelle l'intégration des cultures
Maorie et Occidentale demeure un défi urgent. Ce sont d'abord
des missionnaires étrangers qui annoncèrent l'évangile
au peuple Maori. Lorsque par la suite des colons européens
arrivèrent en plus grand nombre, des prêtres et des
religieux vinrent aussi et aidèrent à l'affermissement
et à l'extension de l'église. Le développement
moderne a fait de la Nouvelle-Zélande une société
toujours plus urbanisée et plus sécularisée,
dans laquelle l'église rencontre des défis semblables
à ceux de l'Australie. Et bien qu'il y ait parmi les catholiques
une conscience croissante d'appartenir à l'église
, il est vrai aussi que, en règle générale,
le sens de Dieu et de sa Providence pleine d'amour a perdu
de sa force . Une telle société sécularisée
a besoin d'être confrontée de nouveau à l'ensemble
de l'évangile du salut en Jésus Christ .(12)
La Papouasie-Nouvelle-Guinée est la plus vaste des nations
mélanésiennes. C'est une société essentiellement
chrétienne avec de nombreuses langues locales et une grande
variété de cultures. Comme d'autres nations plus
petites des îles mélanésiennes, elle a obtenu
récemment l'indépendance politique, et son histoire
a depuis lors été marquée par des efforts
pour établir une démocratie stable, et pour promouvoir
la justice sociale et le développement intégral
et équilibré de son peuple. Ces efforts, en Papouasie-Nouvelle-Guinée
comme en d'autres parties de la Mélanésie, ont récemment
été marqués par des violences et par l'apparition
de mouvements séparatistes, sources de grandes souffrances
pour le peuple et pour les institutions. Les responsables de l'église
et nombre de chrétiens ont beaucoup contribué à
l'établissement de la paix et à la réconciliation,
et cet engagement doit évidemment se poursuivre dans une
situation qui demeure très instable.
Les nations insulaires de Polynésie et de Micronésie
sont relativement petites, chacune ayant sa langue et sa culture
indigènes. Elles ont aussi à faire face aux pressions
et aux défis du monde contemporain, qui exerce une influence
puissante sur leurs sociétés. Sans perdre leur identité
ou abandonner leurs valeurs traditionnelles, elles désirent
aussi avoir part au développement résultant de l'accroissement
d'échanges directs et complexes avec d'autres peuples et
d'autres cultures. Cela s'avère un équilibre difficile
dans ces sociétés petites et vulnérables,
certaines d'entre elles ayant en outre à affronter un avenir
assez incertain, non seulement en raison d'une forte émigration,
mais aussi en raison de la montée du niveau des eaux de
la mer provoquée par le réchauffement de la planète.
Pour ces sociétés, l'évolution climatique
est beaucoup plus qu'une question économique.
Mission et culture
7. Dès le début du seizième siècle,
quand les missionnaires étrangers atteignirent l'Océanie,
les peuples des îles entendirent et accueillirent l'évangile
de Jésus Christ. Parmi ceux qui engagèrent et poursuivirent
ce travail missionnaire, il y eut des saints et des martyrs; ils
sont non seulement la plus grande gloire des origines de l'église
en Océanie, mais aussi sa source la plus sûre d'espérance
pour l'avenir. Les plus remarquables de ces témoins de
la foi sont saint Pierre Chanel, martyrisé dans l'île
de Futuna en 1841, les bienheureux Diego Luis de San Vitores et
Pedro Calungsod, tués ensemble en 1672 à Guam, le
bienheureux Giovanni Mazzuconi, martyrisé en 1851 dans
l'île Woodlark; le bienheureux Peter To Rot, tué
en Nouvelle-Bretagne en 1945, peu avant la fin de la deuxième
guerre mondiale. Avec beaucoup d'autres, ces héros de la
foi chrétienne ont contribué, chacun à sa
manière, à l'implantation de l'église dans
les îles de l'Océanie. Puisse leur mémoire
ne jamais être oubliée! Puissent-ils ne jamais cesser
d'intercéder pour les peuples bien-aimés pour lesquels
ils ont versé leur sang!
Quand les premiers missionnaires apportèrent l'évangile
aux peuples aborigènes et maoris, ou dans les nations insulaires,
ils trouvèrent des personnes qui avaient déjà
un sens profond et très ancien du sacré. Les rites
et les observances religieuses constituaient une part très
importante de leur vie quotidienne et imprégnaient profondément
leurs cultures. Les missionnaires apportèrent la vérité
de l'évangile, qui n'est étrangère à
personne; mais parfois certains cherchèrent à imposer
des éléments qui étaient culturellement étrangers
à ces peuples. Aujourd'hui un discernement attentif est
nécessaire pour comprendre ce qui appartient à l'évangile
et ce qui ne lui appartient pas, ce qui est essentiel et ce qui
l'est moins. Une telle tâche, il faut le reconnaître,
est rendue plus difficile en raison du processus de colonisation
et de modernisation qui a brouillé les repères entre
ce qui est autochtone et ce qui fut importé.
Les peuples traditionnels de l'Océanie forment une mosaïque
de cultures différentes: aborigène, mélanésienne,
polynésienne et micronésienne. Depuis l'époque
de la colonisation, la culture occidentale a aussi façonné
la région. Ces dernières années, les cultures
asiatiques ont également constitué une part de l'arrière-fond
culturel, particulièrement en Australie. Chaque groupe
culturel, différent en taille et en influence, a ses propres
traditions et ses propres expériences d'intégration
dans une nouvelle terre. On y rencontre un éventail de
sociétés, depuis les sociétés ayant
des caractéristiques communes et fortement traditionnelles,
jusqu'à celles qui sont essentiellement de facture occidentale
et moderne. En Nouvelle-Zélande, et plus encore en Australie,
les politiques coloniales et post-coloniales d'immigration ont
réduit les peuples autochtones à n'être qu'une
minorité sur leur propre terre, une minorité à
bien des égards dépossédée de ses
racines culturelles.
L'une des caractéristiques les plus marquantes des peuples
de l'Océanie est leur grand sens de la communauté
et de la solidarité dans la famille et dans la tribu, dans
le village ou avec le voisinage. Cela signifie que les décisions
sont prises par consensus, lui-même obtenu grâce à
un processus de dialogue souvent long et complexe. Touché
par la grâce de Dieu, le sens naturel de la communauté
a rendu ces peuples réceptifs au mystère de la communio
offerte dans le Christ. L'église en Océanie témoigne
d'un réel esprit de coopération, qui s'étend
aux diverses communautés chrétiennes et à
tous les peuples de bonne volonté. Le profond respect de
la tradition et de l'autorité fait aussi partie des cultures
traditionnelles de l'Océanie. Cela explique le sens de
la solidarité de la génération actuelle avec
les générations qui l'ont précédée,
et l'exceptionnelle autorité reconnue aux parents et aux
chefs traditionnels.
La diversité culturelle de l'Océanie n'est pas
à l'abri du processus mondial de modernisation, qui a des
effets à la fois positifs et négatifs. L'époque
moderne a sans aucun doute mis en relief et a mieux souligné
des valeurs humaines positives, telles que le respect des droits
inaliénables de la personne, l'introduction de processus
démocratiques dans les administrations et dans les gouvernements,
le refus d'accepter la pauvreté comme structurelle et inchangeable,
le rejet du terrorisme, de la torture et de la violence comme
moyens de changement politique, le droit à l'éducation,
aux soins médicaux et au logement pour tous. Ces valeurs,
souvent enracinées dans le christianisme - même si
ce n'est pas de manière explicite -, exercent une influence
positive en Océanie; et l'église désire faire
tout ce qui est en son pouvoir pour encourager ce processus.
Mais la modernisation a aussi des effets négatifs dans
cette région, qui voit les sociétés traditionnelles
se battre pour maintenir leur identité lorsqu'elles entrent
en contact avec les sociétés occidentales sécularisées
et urbanisées, et qu'elles subissent l'influence culturelle
grandissante des immigrés asiatiques. Les évêques
ont notamment évoqué un affaiblissement progressif
du sens religieux naturel qui a désorienté la vie
morale et la conscience de ces peuples. Une grande partie de l'Océanie,
en particulier l'Australie et la Nouvelle-Zélande, est
entrée dans une ère marquée par une sécularisation
croissante. La religion, spécialement le christianisme,
est reléguée à la périphérie
de la vie sociale et tend à être considérée
comme une affaire strictement privée relevant de chaque
personne, avec peu d'impact dans la vie publique. Les convictions
religieuses et les éléments de la foi se voient
parfois dénier leur rôle propre dans la formation
de la conscience des peuples. De même, l'église et
les autres communautés religieuses ont de moins en moins
voix au chapitre dans les affaires publiques. Dans le monde d'aujourd'hui,
les technologies les plus avancées, une meilleure connaissance
de la nature humaine et de ses comportements, les développements
économiques et politiques mondiaux, posent de nouvelles
et difficiles questions aux peuples de l'Océanie. En présentant
Jésus comme le Chemin, la Vérité et la Vie,
l'église doit répondre à ces questions morales
et sociales en proposant des chemins nouveaux et concrets, tout
en veillant à ce que sa voix ne soit pas étouffée,
à ce que son témoignage ne soit pas marginalisé.
L'Assemblée spéciale du Synode
Le thème
8. Comme l'avait suggéré le Conseil préparatoire
du Synode, qui a tenu à prendre en compte les préoccupations
des évêques de l'Océanie, le thème
choisi pour cette Assemblée spéciale pour l'Océanie
est: Jésus Christ et les peuples de l'Océanie: suivre
son Chemin, proclamer sa Vérité, vivre sa Vie. Inspiré
par les mots de l'évangile de Jean par lesquels Jésus
se désigne lui-même comme le Chemin, la Vérité
et la Vie (14, 6), ce thème réitère l'invitation
qu'il adresse à tous les peuples de l'Océanie: ceux-ci
sont invités à le rencontrer, à croire en
lui, à le confesser comme le Seigneur de toute chose. Cela
rappelle aussi à l'église en Océanie qu'elle
se rassemble comme peuple de Dieu accomplissant son pèlerinage
vers le Père. Par l'Esprit Saint, le Père appelle
les croyants - personnellement et en communauté -, à
suivre le chemin sur lequel Jésus a marché, à
annoncer aux nations la vérité que Jésus
a révélée, à vivre pleinement la vie
que Jésus a vécue et continue de partager maintenant
avec nous.
Ce thème est particulièrement approprié
pour l'église en Océanie aujourd'hui, pour les peuples
du Pacifique qui luttent pour leur unité et pour leur identité:
un grand souci de paix, de justice et de respect de la création
les habite; et nombreux sont les peuples qui sont à la
recherche du sens de leur vie. C'est seulement en acceptant que
Jésus Christ est le Chemin que les peuples de l'Océanie
découvriront ce qu'ils cherchent présentement, ce
pour quoi ils luttent. Le chemin du Christ ne peut être
parcouru sans un sens ardent de la mission; et le cour de la mission
de l'église est de proclamer Jésus Christ comme
la Vérité vivante, une vérité révélée,
une vérité expliquée, comprise et accueillie
dans la foi, une vérité transmise aux nouvelles
générations. La vérité de Jésus
est toujours plus grande que nous-mêmes, plus grande que
notre cour, car elle jaillit des profondeurs de la Sainte Trinité;
et c'est une vérité qui demande que l'église
réponde aux problèmes et aux défis actuels.
À la lumière de l'évangile, nous découvrons
que Jésus est la Vie. La vie du Christ est offerte aussi
comme une grâce de guérison qui permet à l'humanité
d'être ce que le Créateur a voulu qu'elle soit. Vivre
de la vie de Jésus Christ implique un profond respect pour
toute vie. Cela implique aussi une spiritualité vivante
et une authentique vie morale, soutenues par la Parole de Dieu
contenue dans l'écriture et célébrée
dans les sacrements de l'église. Quand les chrétiens
vivent la vie du Christ avec une foi toujours plus profonde, leur
espérance ne cesse de s'affermir et leur charité
devient plus rayonnante. Tel était le but de ce synode,
et tel est le but de la nouvelle évangélisation
à laquelle l'Esprit convoque l'église tout entière.
L'expérience
9. Il convenait que l'Assemblée synodale commence le jour
de la solennité du Christ Roi, lorsque l'église
célèbre Jésus comme le Seigneur, en qui le
Royaume de Dieu est établi dans le monde et dans l'histoire.
Au cours du déroulement de l'assemblée, il devint
de plus en plus clair que le Christ lui-même montrait le
chemin, que c'était lui qui régnait au sein de l'Assemblée.
Les liturgies d'ouverture et de clôture ont intégré
des signes et des symboles des cultures propres aux îles
du Pacifique, expressions de foi et de profond respect. En un
mélange harmonieux, ces cérémonies ont exprimé
l'unité de la foi dans la diversité de la liturgie
catholique, et elles ont montré d'une manière saisissante
que la foi catholique atteint les rivages les plus lointains du
Grand Océan et permet à chacun de trouver son
chez soi dans l'église catholique. Tel un symbolique
échange de dons , les liturgies ont manifesté
la profonde communio entre l'église de Rome et les églises
locales de l'Océanie. Les évêques ont apporté
au Vatican la riche variété de leurs expériences
et de leurs trésors culturels, et leurs liens de communio
locale et universelle s'en sont trouvés raffermis; ce fut
pour eux un grand réconfort et un encouragement pour l'avenir.
Vu les caractéristiques originales de l'église
en Océanie, il était important de convoquer une
assemblée synodale distincte. Les évêques
de l'Océanie sont organisés en quatre Conférences,
réunies en une Fédération des Conférences
des évêques catholiques de l'Océanie (F.C.B.C.O.).
Le nombre des évêques étant relativement faible,
cela permit au Synode de rassembler tous les évêques
en activité, qui représentaient donc toutes les
églises particulières. Pour de nombreux participants,
ce fut une véritable découverte des richesses spirituelles,
des cultures et des histoires des peuples de l'Océanie.
Ils prirent davantage conscience des grâces souvent cachées
ou non reconnues que le Seigneur a répandues sur son église,
et ce fut aussi une source de grand encouragement. Le dialogue
et le discernement qui eurent lieu au Synode ouvrirent les yeux
du cour et de l'âme pour découvrir ce qui doit être
fait pour vivre la foi chrétienne plus pleinement et plus
activement. Il y eut de nombreuses raisons de prier et de remercier
Dieu pour les trésors découverts et de nouveau appréciés.
L'Assemblée fut pour les évêques une expérience
de fraternité et de communio autour du Siège de
Pierre. Se déroulant au Vatican, elle permit à tous
les participants de se sentir chez eux avec l'évêque
de Rome. Cela permit aussi à l'évêque de Rome
de se sentir chez lui avec eux et d'entendre de
leur bouche combien ils ont apprécié cette expérience
unique de l'universalité de l'église. Le sens de
l'unité et de la fidélité permit de surmonter
les distances importantes, qu'elles soient d'ordre géographique
ou culturel, entre Rome et l'Océanie. Cette expérience
fut l'un des nombreux dons que le Christ, dans sa bonté,
prodigua durant le Synode.
Entre eux également, les évêques firent l'expérience
d'un sens nouveau et plus fort de leur identité et de la
communio. De grandes distances les séparent souvent les
uns des autres, et il ne leur est pas facile de maintenir des
communications régulières. Pour l'église
dans son ensemble, la diversité des cultures en Océanie
constitue un défi permanent: travailler à une plus
grande unité. Les évêques veulent renforcer
leur communio et aider les peuples de l'Océanie à
travailler ensemble de manière plus efficace. Les églises
locales dans cette région du monde sont un élément
particulier de l'église universelle. Comme telles, elles
réalisent qu'elles peuvent et qu'elles doivent mettre leurs
dons particuliers au service de toute l'église. Je prie
pour que, grâce au Synode, les évêques de l'Océanie
se sentent de plus en plus proches les uns des autres et qu'ils
réalisent plus que jamais que, avec leurs églises
particulières, ils appartiennent pleinement à l'église
universelle, à laquelle ils apportent un enrichissement
spécial.(13)
Il était significatif que cette Assemblée synodale
se déroule dans la période de préparation
immédiate du grand Jubilé de l'An 2000. La bulle
d'indiction du Jubilé, Incarnationis mysterium, fut promulguée
au cours du Synode,(14) et l'Assemblée elle-même
a représenté une occasion pour l'église en
Océanie de se préparer à accueillir le don
de l'Année sainte. Il est certain que l'Assemblée
a aidé les églises du Pacifique à célébrer
le Jubilé en s'engageant plus résolument pour la
réconciliation et la paix; elle avait plus que jamais conscience
que l'église, ayant reçu du Christ le pouvoir
de pardonner en son nom, est dans le monde la présence
vivante de l'amour de Dieu qui se penche sur toute faiblesse humaine
pour l'accueillir dans l'étreinte de sa miséricorde
.(15) Ce serait un merveilleux fruit du Jubilé si
l'église en Océanie, affermie de tant de manières
par l'expérience du Synode, pouvait continuer à
mettre en ouvre les perspectives et les appels du Jubilé,
dans la ligne suggérée par la lettre apostolique
Novo millennio ineunte. De même que le Jubilé a proclamé
les profondeurs insondables de la miséricorde de Dieu révélée
dans le Christ, de même il a suscité de nouvelles
énergies pour affronter les défis que le Synode
a fait apparaître et qui ont été l'objet de
discussions.(16) Dans l'amour qui pardonne, le Père
anticipe les cieux nouveaux et la terre nouvelle :(17) puisse
cette vision des cieux nouveaux et d'une terre nouvelle ne jamais
cesser de conduire plus profondément les peuples de l'Océanie
dans cette nouveauté de la vie!
CHAPITRE II
MARCHER EN OCéANIE SUR LE CHEMIN DE JéSUS CHRIST
Plus loin, il vit deux autres frères, Jacques,
fils de Zébédée, et son frère Jean,
qui étaient dans leur barque avec leur père, en
train de préparer leurs filets. Il les appela. Aussitôt,
laissant leur barque et leur père, ils le suivirent
(Mt 4, 21-22).
L'église comme communio
Mystère et Don
10. Marchant le long des rives de la mer de Galilée, Jésus
appelait les gens à devenir disciples. Il les invitait
à suivre son chemin, à mettre leurs pas dans ses
pas. C'est par la même route qu'a suivie le Christ
lui-même que, sous la poussée de l'Esprit du Christ,
l'église doit marcher, l'église, c'est-à-dire
nous tous, unis comme un corps qui reçoit son influx vital
du Seigneur Jésus .(18) Le chemin de Jésus
est toujours la route de la mission; le Christ invite maintenant
ceux qui le suivent à proclamer de nouveau l'évangile
aux peuples de l'Océanie, afin que la culture et la prédication
de l'évangile s'enrichissent de leur rencontre mutuelle
et que la Bonne Nouvelle soit entendue, crue et vécue plus
profondément. Cette mission s'enracine dans le mystère
de la communion.
Le Concile Vatican II a choisi la notion de communio pour exprimer
avec justesse le mystère profond de l'église;(19)
et l'Assemblée extraordinaire du Synode de 1985 nous a
rendus plus conscients que la communio est le cour même
de l'église. Ainsi, les Pères du Synode ont aussi
déclaré que l'église est essentiellement
un mystère de communion, un peuple qui tire son unité
de l'unité du Père et du Fils et de l'Esprit Saint...
Partager la vie de la Sainte Trinité est la source et l'inspiration
de toute relation chrétienne et de toute forme de communauté
chrétienne (20). Cette perspective a constitué
l'arrière-plan doctrinal et spirituel de toutes les délibérations
du Synode. Elle est complétée et illustrée
par la façon d'envisager l'église comme peuple de
Dieu et communauté de disciples. L'église en tant
que communion reconnaît une égalité fondamentale
entre tous les fidèles du Christ, laïcs, religieux
et ministres ordonnés. La communion est façonnée
et animée par les dons du Saint-Esprit que sont les charges
et les charismes .(21)
La communio de l'église est un don de la Sainte Trinité,
qui partage merveilleusement la profondeur de sa vie intime avec
l'humanité. Elle est le fruit de l'initiative amoureuse
de Dieu, accomplie dans le mystère pascal du Christ, par
lequel l'église participe à la communio d'amour
entre le Père, le Fils et le Saint-Esprit. L'amour
de Dieu a été répandu dans nos cours par
l'Esprit Saint qui nous a été donné
(Rm 5, 5). Le jour de la Pentecôte, la Pâque du Christ
a été portée à son achèvement
par l'effusion de l'Esprit, qui nous a donné les premiers
fruits de notre héritage: prendre part à la vie
du Dieu Un et Trine, ce qui nous rend capables d'aimer
puisque Dieu nous a tant aimés (1 Jn 4, 11).
église particulière et église universelle
11. Au cours de l'Assemblée synodale, les évêques
ont donné une place particulière à la notion
d'église comme communio. Ils ont mis l'accent sur les aspects
d'appartenance et de relations interpersonnelles qui sous-tendent
la compréhension de l'église comme peuple de Dieu.
La communio ecclésiale est exprimée et vécue
d'une manière spéciale par l'église locale
qui est rassemblée autour de l'évêque et dont
les membres collaborent à la mission de l'église.(22)
En tant que Pasteur, chaque évêque cherche à
promouvoir cette communio à travers son ministère,
en prenant part à la charge pastorale, prophétique
et sacerdotale du Christ. Les Actes des Apôtres décrivent
le signe et l'effet de cette communio : La multitude de
ceux qui avaient adhéré à la foi avaient
un seul cour et une seule âme (4, 32). Les Pères
du Synode ont reconnu que la préparation d'un projet pastoral
diocésain en relation avec les fidèles et leurs
organisations constituait une expression très concrète
de cet esprit. Cela atteste que le projet découle de la
spiritualité de communio promue par le Concile Vatican
II.(23)
La communio parmi les églises locales est fondée
sur l'unité de la foi, sur le Baptême et l'Eucharistie,
mais aussi sur l'unité de l'épiscopat. La communio
de l'église comprend toutes les églises locales
à travers leurs évêques, unis à l'évêque
de Rome comme chef visible de l'église. Le collège
des évêques uni au Successeur de Pierre donne une
expression authentique à la communio de l'église
.(24) Cette unité de l'épiscopat se perpétue
au cours des siècles à travers la succession apostolique;
en tout temps, elle est le terreau de l'identité de l'église,
établie par le Christ sur Pierre et sur le collège
des Apôtres. Le Successeur de Pierre est vraiment
le principe stable et le fondement visible de l'unité
de l'église.(25) Le Seigneur a lui-même commandé
à Pierre et à ses successeurs de confirmer leurs
frères dans la foi (cf. Lc 22, 32) et de nourrir le troupeau
du Christ (cf. Jn 21, 15-17). Il existe entre les évêques
un lien qui exprime de manière personnelle et collégiale
la communion - la koinonia - qui caractérise toute la vie
de l'église... Ensemble, au sein du Collège des
évêques, ils partagent le ministère de promouvoir
l'unité du peuple de Dieu dans la foi et dans la charité
.(26) Le Synode a exprimé le souhait que les relations
entre les églises locales et l'église universelle,
notamment le Saint-Siège, reflètent et établissent
la communio, et que ces relations s'accomplissent dans l'attention
due au ministère d'unité de Pierre et dans le respect
dû aux églises locales.(27) Les églises locales
en Océanie ont conscience de participer à la communio
de l'église universelle, et elles y voient un motif de
joie. Malgré la vaste diversité des cultures et
les grandes distances en Océanie, les évêques
locaux réalisent qu'ils sont liés les uns aux autres
et avec l'évêque de Rome, et ils y reconnaissent
aussi un grand don. Entre le Successeur de Pierre et les
successeurs des autres Apôtres, il y a en effet un lien
spirituel et pastoral profond: c'est notre collegialitas
affectiva et effectiva. Puissions-nous toujours trouver
des moyens de nous aider les uns les autres dans nos efforts communs
pour construire l'église et vivre cette communion dans
le service et dans la foi! .(28)
Comme frères dans le Collège des évêques,
les Pères synodaux ont exprimé sans équivoque
le désir de fortifier leur union avec l'évêque
de Rome,(29) et l'évêque de Rome a été
lui-même touché et encouragé par leur désir.
Enrichissement mutuel
12. Il existe un signe et un instrument de la collégialité
et de la communion entre les évêques: la Conférence
des évêques, une sainte harmonie des forces
en vue du bien commun des églises ,(30) qui contribue
de multiples manières à la réalisation concrète
de l'esprit de collégialité. Les Conférences
épiscopales ont établi des relations fructueuses
dans de nombreux domaines. L'échange de dons est caractéristique
de beaucoup de régions de l'Océanie et il peut être
considéré comme un modèle de relations positives
des évêques de l'Océanie entre eux et avec
les autres. Ce modèle promeut un échange de dons
spirituels qui stimule les relations d'amour mutuel, de respect
et de confiance. Ces dernières sont le fondement d'un dialogue
ouvert, d'une participation et d'une coopération comme
expressions concrètes de la communio qui caractérise
l'église.
Les églises orientales catholiques se sont implantées
en Océanie dans une période relativement récente,
et le fait qu'elles se sont établies en divers lieux de
l'Océanie, particulièrement en Australie, constitue
une riche expression de la catholicité. Avec leur
histoire et leurs traditions particulières, elles portent
un témoignage significatif de la pleine diversité
et de la totale unité de l'église universelle .(31)
Au Synode, il était clair que les églises orientales
catholiques étaient conscientes de la générosité
de l'église catholique latine en Océanie. Au cours
des années, souvent dans des circonstances difficiles,
les évêques, les prêtres et les paroisses leur
ont offert l'hospitalité dans leurs églises et dans
leurs écoles, et les liens d'amitié et de coopération
se poursuivent à tous les niveaux. Il est vrai que ces
églises sont vulnérables en raison du nombre relativement
restreint de leurs fidèles et de la grande distance qui
les séparent de leurs églises-mères, et leurs
communautés peuvent se sentir contraintes ou tentées
de s'assimiler à l'église latine, qui est majoritaire.
Le Synode a également fait apparaître que les évêques
latins de l'Océanie ont le souci d'apprécier, de
comprendre et de promouvoir les traditions, la liturgie, la discipline
et la théologie des églises orientales catholiques.
On voit donc l'importance que revêtent pour les catholiques
latins la conscience accrue et la compréhension des richesses
des églises orientales catholiques.
Pour l'église en Océanie, le défi est de
parvenir à une compréhension plus profonde de la
communio locale et universelle, et à une mise en ouvre
effective de ses implications pratiques. Mon prédécesseur
le Pape Paul VI résumait en ces termes ce défi:
Le premier aspect de cette communion, la première
unité, c'est celle de la foi. L'unité dans la foi
est nécessaire et fondamentale... Nous devons en arriver
à une charité plus consciente et plus active dans
les divers aspects de la vie ecclésiale .(32) Les
peuples de l'Océanie ont d'instinct un sens très
fort de la communauté, mais l'unité dans la foi
est nécessaire lorsque la réconciliation et l'amour
doivent remplacer le conflit et la haine. Dans les cultures les
plus occidentalisées de la région, les institutions
sociales sont en difficulté et les peuples aspirent à
une existence plus digne de l'être humain. Là où
l'individualisme menace de ruiner la construction d'une société
humaine, l'église s'offre elle-même comme un sacrement
qui guérit, un foyer de communion qui répond aux
soifs les plus profondes du cour. Les peuples de l'Océanie
ont actuellement un besoin évident d'un tel don.
Communion et mission
L'appel à la mission
13. C'est des premières générations de chrétiens
et de missionnaires venant d'au-delà des mers que l'église
en Océanie a reçu l'évangile. Le Synode rend
hommage aux nombreux missionnaires - prêtres, religieux
et religieuses, fidèles laïcs - qui se sont dépensés
en apportant l'évangile à l'Océanie(33) et
dont les sacrifices, par la grâce de Dieu, ont fait naître
des fruits nombreux. Alors que les peuples de l'Océanie
commençaient à accepter la plénitude de la
rédemption dans le Christ, ils en trouvèrent un
symbole frappant dans les cieux étoilés où
la Croix du Sud brille comme un signe lumineux de la grâce
et de la bénédiction enveloppantes de Dieu.(34)
La génération actuelle des chrétiens est
maintenant appelée et envoyée pour accomplir une
nouvelle évangélisation parmi les peuples de l'Océanie,
une proclamation renouvelée de la vérité
éternelle évoquée par le symbole de la Croix
du Sud. Cet appel à la mission impose de grands défis,
mais il ouvre aussi de nouveaux horizons, pleins d'espérance
et même d'esprit d'aventure.
L'appel à la mission est adressé à tous
les membres de l'église. Toute l'église est
missionnaire, car l'activité missionnaire... est partie
intégrante de sa vocation .(35) Certains membres
de l'église sont envoyés à ceux qui n'ont
pas encore entendu parler de Jésus Christ, et leur mission
demeure toujours aussi essentielle. Mais beaucoup d'autres sont
envoyés près de chez eux, et les Pères du
Synode ont tenu à mettre l'accent sur la mission des membres
laïcs de l'église. En famille, sur le lieu de travail,
dans les écoles, dans les activités associatives,
tous les chrétiens peuvent contribuer à apporter
la Bonne Nouvelle au monde dans lequel ils vivent. Être
une communauté chrétienne n'a jamais signifié
que ses membres ont une place confortable. Les Pères du
Synode ont voulu encourager les communautés locales à
porter leurs regards au-delà de leurs préoccupations
immédiates pour rejoindre les autres.
La paroisse en tant que communauté ne peut pas vivre isolée
des réalités du monde qui l'entoure. Il faut que
la communauté chrétienne soit attentive aux questions
de la justice sociale et de la soif spirituelle qui se manifestent
dans la société. Ce que Jésus offre à
ceux qui le suivent doit être partagé avec tous les
peuples de l'Océanie, quelle que soit leur situation, parce
qu'en lui seul réside la plénitude de la vie.
Défis
14. Les Pères du Synode ont voulu que Jésus Christ
soit entendu et compris par les personnes confiés à
leurs soins, et par beaucoup d'autres. Ils ont vu la nécessité
de rejoindre ceux qui vivent avec des espérances et des
désirs insatisfaits, ceux qui ne sont chrétiens
que de nom et ceux qui se sont progressivement éloignés
de l'église, peut-être en raison d'expériences
douloureuses. Tout doit être entrepris pour guérir
de telles blessures, et pour que la brebis perdue retourne au
bercail.
Par-dessus tout, les Pères du Synode ont voulu toucher
le cour des jeunes gens. Beaucoup d'entre eux cherchent la vérité
et le bonheur, et leur recherche peut les conduire à expérimenter
les attraits et les revendications du monde contemporain, dont
certains sont clairement destructeurs. Cela peut engendrer une
confusion chez le jeune qui veut les quitter, car il est incapable
de savoir ce que sont les vraies valeurs et où se trouve
le vrai bonheur. Le grand défi et la grande occasion pour
l'église, c'est de leur offrir les dons de Jésus
Christ dans l'église, car seuls ces dons satisferont leurs
aspirations. Mais le Christ doit être présenté
de manière adaptée à la nouvelle génération
et aux changements rapides de la culture dans laquelle elle vit.
On dit parfois de l'église catholique qu'elle propose
un message inadapté, ni attrayant ni convaincant; mais
nous ne pouvons pas laisser de telles critiques ébranler
notre confiance, parce que nous avons trouvé une perle
de grand prix (cf. Mt13, 46). Il n'y a donc plus de place pour
la suffisance. L'église est mise au défi d'interpréter
la Bonne Nouvelle pour les peuples de l'Océanie en fonction
de leurs besoins d'aujourd'hui et dans les circonstances actuelles.
Nous devons présenter le Christ à notre monde de
telle manière que cela donne de l'espérance aux
nombreuses personnes qui souffrent de la misère, de l'injustice
et de la pauvreté. Le mystère du Christ est le mystère
d'une vie nouvelle pour tous ceux qui sont dans le besoin ou dans
la souffrance, pour les familles disloquées ou pour toutes
les personnes qui sont affrontées au chômage, pour
celles qui sont marginalisées, blessées dans leur
âme ou dans leur corps, malades ou toxicomanes, et pour
toutes celles qui sont égarées sur leur route. Le
mystère de la grâce, le mysterium pietatis, est le
cour même de l'église, c'est sa mission.
Une église engagée
15. Les communautés catholiques de l'Océanie sont
de plus en plus conscientes de ce qu'elles ont à offrir
à l'église universelle; en retour, l'église
se réjouit des dons spécifiques offerts par ces
communautés. Beaucoup d'entre elles se sont engagées
dans une assistance missionnaire en Océanie et au-delà,
dans les îles du Pacifique et en Papouasie-Nouvelle-Guinée,
ainsi qu'en Asie du Sud-Est et dans d'autres contrées plus
éloignées du monde. Les églises locales,
fondées par les missionnaires, envoient à leur tour
des missionnaires à l'étranger, et cela constitue
un signe éminent de maturité. Elles ont compris
le message missionnaire que le Pape Paul VI, avec le peuple des
îles Samoa, avait adressé aux peuples catholiques
du monde: Entendez l'appel à devenir les hérauts
de la Bonne Nouvelle du salut .(36) Ce que j'avais exprimé
comme un souhait aux évêques de la C.E.PAC. à
Suva en 1986 est devenu réalité: Que les
églises qui ont été fondées par des
missionnaires envoient à leur tour des missionnaires à
d'autres nations .(37) Cependant, quelques diocèses
de l'Océanie dépendent encore de la solidarité
d'autres églises locales, et leur manque de ressources
ne devrait pas les empêcher de remplir pleinement leur mission
avec générosité. Le partage des ressources
pour le bien de tous est une tâche insigne de la vie chrétienne
et c'est parfois un devoir urgent et nécessaire pour les
chrétiens.
Dans de nombreuses îles de l'Océanie, les catéchistes
assistent les ministres ordonnés dans leur travail missionnaire
ou pastoral. En Australie et en Nouvelle-Zélande, les catéchistes
enseignent la foi dans les communautés locales, spécialement
aux enfants et aux catéchumènes. Ils sont
des témoins directs, des évangélisateurs
irremplaçables, qui représentent la force de base
des communautés chrétiennes .(38) Ces coopérateurs
laïcs sont efficaces notamment parce que leur vie et leur
travail les rendent proches des gens. Ils ont apporté
et apportent encore une contribution vraiment irremplaçable
à la vie et à la mission de l'église .(39)
Dans de nombreuses îles, les catéchistes ne sont
pas seulement entraînés à enseigner, mais
aussi à conduire la prière de la communauté
et à évangéliser au-delà des limites
de la communauté catholique. Dans les cultures traditionnelles,
la foi se transmet souvent mieux oralement, par des contes, en
prêchant, en priant avec des paroles, des chants et des
danses. Pour guider et pour développer ce type d'activités,
des cours spécialisés, des formations et des retraites
sont nécessaires. Aujourd'hui, la tâche consiste
à présenter Jésus Christ à ceux dont
la foi s'est affaiblie sous la pression de la sécularisation
et du consumérisme et qui ont tendance à considérer
l'église comme l'une des nombreuses institutions de la
société moderne qui influencent les modes de pensée
des gens et leurs comportements. Dans une telle situation, l'église
a besoin de responsables et de théologiens bien formés,
pour présenter Jésus Christ de manière convaincante
aux peuples de l'Océanie.
Durant l'Assemblée, ce fut une joie d'entendre beaucoup
d'évêques évoquer les parcours de renouveau
de la vie chrétienne et d'approfondissement de la foi proposés
aux personnes de leurs diocèses. L'engagement de nombreux
laïcs est l'une des caractéristiques remarquables
de ces parcours. Nous sommes tous reconnaissants envers Dieu pour
les dons variés qu'il a offerts aux fidèles laïcs,
hommes et femmes, afin de les aider à mener à bien
leur mission, qui n'est pas seulement un appel à l'action
et au service, mais aussi un appel à la prière.(40)
Les laïcs sont invités, ainsi que leurs pasteurs,
à aller de l'avant avec une nouvelle énergie et
à proclamer Jésus Christ à leurs peuples
avec une conviction renouvelée. Les communautés
catholiques en Océanie font déjà de gros
efforts pour rejoindre les autres, en paroles et en actes. Les
Pères du Synode ont exprimé leur profonde gratitude
pour ces efforts, et ont manifesté un soutien sans faille
à ceux qui se sont préparés à s'offrir
eux-mêmes pour travailler à la mission de l'église.
Je prie pour que ceux qui travaillent dans la vigne du Seigneur
trouvent plénitude et joie dans la tâche à
laquelle Dieu lui-même les a appelés.
De nombreux autres défis attendent les membres de l'église,
en particulier ceux qui assument des responsabilités pastorales.
Conscients des limites de tout effort humain, les Pères
du Synode ne se sont pas découragés, mais ils se
sont souvenus de l'assurance simple et vigoureuse du Seigneur.
En envoyant les Apôtres prêcher la Bonne Nouvelle
à toutes les nations, le Seigneur ressuscité leur
dit: Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à
la fin du monde (Mt 28, 20). Cette promesse du Seigneur
fut une source de vive espérance pour les évêques,
alors qu'ils portaient leurs regards sur les nombreux défis
qu'ils auraient à relever pour annoncer Jésus Christ,
le Chemin, la Vérité et la Vie; et ils ont appelé
tout le peuple catholique de l'Océanie à les rejoindre
dans cette espérance.
L'évangile et la culture
Inculturation
16. Les Pères du Synode ont fréquemment mis l'accent
sur l'importance de l'inculturation pour une vie chrétienne
authentique en Océanie. Le processus d'inculturation est
le chemin progressif par lequel l'évangile s'incarne dans
les différentes cultures. D'une part, certaines valeurs
culturelles doivent être transformées et purifiées
si elles veulent prendre place dans une culture chrétienne
authentique. D'autre part, dans de nombreuses cultures, les valeurs
chrétiennes prennent facilement racine. L'inculturation
naît du respect qui est dû à la fois à
l'évangile et à la culture dans laquelle il est
proclamé et accueilli. Le processus d'inculturation a commencé
en Océanie lorsque des immigrants apportèrent de
chez eux la foi chrétienne. Pour les peuples indigènes
de l'Océanie, l'inculturation signifiait un nouveau dialogue
entre le monde qu'ils avaient connu et la foi à laquelle
ils avaient adhéré. C'est ainsi que l'Océanie
offre de nombreux exemples d'expressions culturelles singulières
dans les domaines de la théologie, de la liturgie, et dans
l'utilisation des symboles religieux.(41) Les Pères du
Synode ont vu dans le développement de l'inculturation
de la foi chrétienne le chemin qui mène à
la plénitude de la communio ecclésiale.
Une authentique inculturation de la foi chrétienne est
fondée sur le mystère de l'Incarnation.(42)
Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils
unique (Jn 3, 16); dans un temps et dans un lieu précis,
le Fils de Dieu a pris chair, il est né d'une femme
(Ga 4, 4). Pour préparer cet événement
capital, Dieu s'est choisi un peuple avec une culture propre,
et il a guidé son histoire sur la voie de l'Incarnation.
Tout ce que Dieu a fait au milieu du peuple élu a révélé
ce qu'il avait l'intention de faire pour toute l'humanité,
pour tous les peuples et pour toutes les cultures. Les écritures
nous racontent l'histoire de Dieu qui agit au milieu de son peuple.
Par-dessus tout, elles racontent l'histoire de Jésus Christ,
par qui Dieu lui-même est entré dans le monde et
dans ses diverses cultures. Dans tout ce qu'il a dit et accompli,
mais spécialement dans sa mort et sa résurrection,
Jésus a révélé l'amour de Dieu pour
l'humanité. Profondément ancrée dans l'histoire
humaine, l'histoire de Jésus s'adresse non seulement aux
personnes de son époque et de sa culture, mais aussi à
celles de tous les temps et de toutes les cultures. Jésus
est pour toujours le Verbe fait chair pour le monde entier; il
est l'évangile qui a été apporté à
l'Océanie; et il est l'évangile qui doit être
maintenant proclamé à nouveau.
Le Verbe fait chair n'est étranger à aucune culture
et doit être annoncé à toutes les cultures.
Le processus de rencontre et de confrontation avec les
cultures est une expérience que l'église a vécue
depuis les origines de la prédication de l'évangile
.(43) De même que le Verbe fait chair est entré
dans l'histoire et a habité parmi nous, de même son
évangile a pénétré profondément
la vie et la culture de ceux qui entendent, qui écoutent
et qui croient. L'inculturation, c'est-à-dire l'incarnation
de l'évangile dans les diverses cultures, prend
le même chemin que celui par lequel l'évangile est
proclamé, compris et vécu.(44) L'église enseigne
la Vérité immuable de Dieu, adressée à
l'histoire et à la culture d'un peuple particulier. Cependant,
dans chaque culture, la foi chrétienne sera vécue
de façon unique. Les Pères du Synode étaient
convaincus que l'église, dans ses efforts pour présenter
concrètement Jésus Christ aux peuples de l'Océanie,
devait respecter chaque culture et ne jamais demander au peuple
d'y renoncer.
L'église invite tous les peuples à exprimer la
parole vivante de Jésus en des manières qui parlent
à leurs cours et à leurs esprits .(45)
L'évangile n'est pas opposé à telle ou telle
culture, comme si, lorsqu'il la rencontre, il voulait la priver
de ce qui lui appartient et l'obligeait à assumer des forces
extrinsèques qui ne lui sont pas conformes .(46)
Il est vital pour l'église de s'insérer pleinement
dans la culture et de provoquer de l'intérieur le processus
de purification et de transformation.(47)
Une inculturation authentique de l'évangile présente
un double aspect. D'un côté, une culture offre des
valeurs et des modèles positifs qui peuvent enrichir la
manière dont l'évangile est annoncé, compris
et vécu. D'un autre côté, l'évangile
défie les cultures et rend nécessaire le changement
de certaines valeurs et de certains modèles.(48) De même
que le Fils de Dieu est devenu l'un de nous en toutes choses excepté
le péché (cf. He 4, 15), de même la foi chrétienne
accueille et reconnaît tout ce qui est authentiquement humain,
tandis qu'elle rejette tout ce qui est source de péché.
Le processus d'inculturation engage l'évangile et la culture
dans un dialogue qui inclut l'identification de ce qui
est et de ce qui n'est pas du Christ .(49) Toute culture
a besoin d'être purifiée et transformée par
les valeurs révélées dans le mystère
de Pâques.(50) Ainsi, les valeurs et les modèles
positifs trouvés dans les cultures de l'Océanie
enrichiront la manière dont l'évangile est annoncé,
compris et vécu.(51) La Bonne Nouvelle de l'évangile
est la forme réelle de la libération par
rapport à tout désordre introduit par le péché
et, en même temps, elle est un appel à la vérité
tout entière. Dans cette rencontre, les cultures non seulement
ne sont privées de rien, mais elles sont même stimulées
pour s'ouvrir à la nouveauté de la vérité
évangélique, pour en tirer une incitation à
se développer ultérieurement .(52)
Transformées par l'Esprit du Christ, ces cultures atteignent
la plénitude de la vie vers laquelle leurs valeurs les
plus profondes ont toujours tendu et à laquelle leurs peuples
ont toujours aspiré. En réalité, sans le
Christ, aucune culture humaine ne peut devenir ce qu'elle est
vraiment.
La situation actuelle
17. Récemment, l'église a vivement encouragé
l'inculturation de la foi chrétienne. Dans cette perspective,
lorsque le Pape Paul VI a visité l'Océanie, il a
insisté sur le fait que le catholicisme, loin d'étouffer
ce qu'il y a de bon et d'original dans toute forme de culture
humaine, accepte au contraire, respecte et valorise le génie
de chaque peuple, et il revêt de variété et
de beauté l'unique vêtement sans couture de l'église
du Christ .(53) J'ai fait écho à ces paroles
lorsque j'ai rencontré le peuple aborigène d'Australie:
L'évangile de Jésus Christ parle toutes les
langues. Il estime et embrasse toutes les cultures.
Il les soutient dans toutes les choses humaines et, si nécessaire,
les purifie de leurs scories. Toujours et partout, l'évangile
élève et enrichit les cultures par le message révélé
d'un Dieu aimant et miséricordieux .(54) Les Pères
du Synode ont demandé que l'église en Océanie
fasse comprendre et présentent la vérité
du Christ en s'inspirant des traditions et des cultures de la
région. Dans les zones de mission, il est urgent que tous
les missionnaires travaillent en harmonie avec les chrétiens
autochtones pour faire en sorte que la foi et la vie de l'église
soient exprimées selon des formes légitimes appropriées
à chaque culture.(55)
Depuis l'arrivée des premiers immigrants et des premiers
missionnaires, l'église en Océanie a inévitablement
été impliquée dans un processus d'inculturation
au sein des nombreuses cultures de la région, qui souvent
coexistent. Attentifs aux signes des temps, les Pères du
Synode ont reconnu que les nombreuses cultures, chacune
de différentes façons, apportent des intuitions
qui aident l'église à mieux comprendre et à
mieux exprimer l'évangile de Jésus Christ .(56)
Pour mener à bien ce processus, la fidélité
au Christ et à la Tradition authentique de l'église
est requise. Une inculturation authentique de la foi chrétienne
doit toujours être faite sous la conduite de l'église
universelle. Tandis qu'elles demeurent pleinement fidèles
à l'esprit de communio, les églises locales devraient
chercher à exprimer la foi et la vie de l'église
selon des formes légitimes appropriées aux cultures
autochtones.(57) De nouvelles expressions et de nouveaux modèles
devraient être évalués et approuvés
par les autorités compétentes. Une fois approuvés,
ces modèles authentiques d'inculturation permettront aux
peuples de l'Océanie de mieux faire eux-mêmes l'expérience
de la vie abondante offerte par Jésus Christ.(58)
Les Pères du Synode ont exprimé le désir
que les futurs prêtres, les diacres et les catéchistes
soient profondément imprégnés de la culture
du peuple qu'ils ont à servir. Afin qu'ils deviennent de
bons guides chrétiens, ils devront être formés
de manière à ne pas être coupés des
conditions concrètes de la vie ordinaire des gens. Ils
sont appelés au service d'une évangélisation
inculturée, par un travail pastoral approprié qui
autorise la communauté chrétienne à accueillir,
à vivre et à transmettre la foi dans sa propre culture
en harmonie avec l'évangile et en communion avec l'église
universelle.(59)
Selon la vision qui les guide, les Pères du Synode ont
évoqué l'idéal des nombreuses cultures de
l'Océanie qui forment une civilisation riche et caractéristique
inspirée par la foi en Jésus Christ. Avec eux, je
prie avec ferveur pour que les peuples de l'Océanie découvrent
l'amour du Christ, Chemin, Vérité et Vie, afin qu'ils
expérimentent et qu'ils édifient ensemble la civilisation
de l'amour et de la paix que les peuples du Pacifique ont toujours
eu envie de bâtir.
CHAPITRE III
ANNONCER LA VéRITé DE JéSUS CHRIST EN OCéANIE
Un jour, Jésus se trouvait sur le bord du lac de
Génésareth; la foule se pressait autour de lui pour
écouter la Parole de Dieu. Il vit deux barques amarrées
au bord du lac; les pêcheurs en étaient descendus
et lavaient leurs filets. Jésus monta dans une des barques,
qui appartenait à Simon, et lui demanda de s'éloigner
un peu du rivage. Puis il s'assit et, de la barque, il enseignait
la foule (Lc 5, 1-3).
Une nouvelle évangélisation
L'évangélisation en Océanie
18. L'évangélisation est la mission qu'a l'église
de porter au monde la vérité de Dieu révélée
en Jésus Christ. Les Pères du Synode ont fortement
souhaité que la communio soit le thème et la visée
de toute l'évangélisation en Océanie,(60)
et le fondement de tout programme pastoral. Dans l'évangélisation,
l'église exprime sa propre communion intérieure
et agit comme un unique corps, essayant de conduire toute l'humanité
à l'unité en Dieu, par le Christ. Tous les baptisés
ont la responsabilité d'annoncer l'évangile, en
paroles et en actes, au monde dans lequel ils vivent.(61) L'évangile
doit être entendu par tous en Océanie, croyants et
non-croyants, autochtones et immigrants, riches et pauvres, jeunes
et vieux. En vérité, tous ont le droit d'entendre
l'évangile, ce qui signifie que les chrétiens ont
le devoir solennel de le partager avec eux. Une nouvelle évangélisation
est aujourd'hui nécessaire pour que chacun puisse entendre
et comprendre la grâce de Dieu offerte à tous les
peuples en Jésus Christ, et y croire.
Au cours de cette Assemblée spéciale, les évêques
ont partagé le riche capital de leurs expériences
pastorales et des expériences de leurs collaborateurs les
plus proches. Ils ont ainsi discerné ensemble de nouvelles
perspectives pour l'avenir de l'église en Océanie.
Beaucoup d'entre eux ont parlé de l'épreuve de l'isolement,
de la difficulté de parcourir d'immenses distances et de
vivre dans un environnement austère.
En même temps, ils ont évoqué des expériences
très positives de jeunesse de la foi et de la communio,
quand les gens accueillent l'évangile et découvrent
l'amour de Dieu. Les évêques ont aussi parlé
d'espérances et de craintes, de satisfactions et de déceptions,
de croissance et de déclin d'églises particulières
en Océanie. Certains ont perçu que l'église
en Océanie, dans son ensemble, était à un
carrefour, ce qui lui demande de faire des choix importants pour
l'avenir. Ils ont pris conscience du fait que les nouvelles circonstances
en Océanie font apparaître de grands défis,
et que le temps est venu d'une nouvelle présentation de
l'évangile aux peuples du Pacifique, afin qu'ils puissent
entendre la Parole de Dieu avec une foi renouvelée et trouver
une vie plus abondante dans le Christ. Mais ils ont reconnu qu'il
faut, pour y parvenir, de nouvelles manières et de nouvelles
méthodes d'évangélisation, inspirées
par un surcroît de foi, d'espérance et d'amour du
Seigneur Jésus.
Comme première étape dans ce nécessaire
renouvellement de notre façon de penser (cf.
Rm 12, 2), les évêques ont parlé très
positivement des nombreux efforts réalisés pour
appliquer les directives du Concile Vatican II. Ils ont insisté
sur le fait qu'il faut construire sur ces fondements, ce qui implique
d'autres initiatives pour affermir la foi de ceux dont la croissance
est fragile et pour la présenter d'une façon plus
convaincante à l'ensemble de la société.
L'appel au renouveau est un appel à proclamer au monde
la vérité de Jésus Christ, en lui rendant
témoignage, même jusqu'au sacrifice suprême
du martyre. C'est à cela que l'église en Océanie
est maintenant appelée; et telle est la raison sous-jacente
de la célébration de cette Assemblée spéciale
du Synode des évêques.(62) étant donné
la situation en Océanie, il peut arriver que l'appel de
Dieu ne soit pas entendu à cause de la transformation globale
qui, dans la région, affecte l'identité culturelle
et les institutions sociales. Certains craignent que ces changements
puissent saper les fondements de la foi et conduire au
dégoût de l'esprit et au désespoir.
En de telles circonstances, nous devons nous rappeler que le Seigneur
donne la force de vaincre ce genre de tentations. Notre foi en
lui est comme une maison bâtie sur le roc. La pluie
est tombée, les torrents ont dévalé, la tempête
a soufflé et s'est abattue sur cette maison; la maison
ne s'est pas écroulée, car elle était fondée
sur le roc (Mt 7, 25).
Par la puissance du Saint-Esprit, l'église en Océanie
se prépare à une nouvelle évangélisation
des peuples qui aujourd'hui ont soif du Christ. C'est maintenant
le moment favorable; c'est maintenant le jour du salut
(2 Co 6, 2).
De nombreux Pères synodaux se sont dits inquiets du statut
social de la foi chrétienne en Océanie, notant qu'elle
exerce une moindre influence dans les politiques qui concernent
le bien commun, la moralité publique et l'administration
de la justice, le statut du mariage et de la famille, ou même
le droit à la vie.
Certains évêques ont fait remarquer que l'enseignement
de l'église était parfois remis en cause même
par des catholiques. Dans la mesure où cela est vrai, il
n'est presque pas surprenant que la voix de l'église soit
moins influente dans la vie publique. Les défis de la modernité
et de la post-modernité sont vécus par toutes les
églises locales en Océanie, mais avec une force
particulière par celles qui se trouvent dans des sociétés
plus puissamment affectées par la sécularisation,
l'individualisme et le consumérisme. Beaucoup d'évêques
ont attribué les signes d'un affaiblissement de la foi
catholique et de la pratique dans la vie de certaines personnes
au fait que ces dernières acceptent comme critère
de jugement et de comportement une perspective totalement sécularisée.
À cet égard, le Pape Paul VI donnait déjà
cet avertissement: Il y a le danger de tout ramener à
un humanisme terrestre, d'oublier la dimension morale et spirituelle
de la vie, de ne plus se soucier de la relation nécessaire
de l'homme au Créateur .(63)
L'église doit répondre à sa mission d'évangéliser
dans un monde de plus en plus sécularisé. Le sens
de Dieu et de sa Providence aimante a diminué chez bien
des gens et même dans des secteurs entiers de la société.
L'indifférence pratique à l'égard des vérités
et des valeurs religieuses voile le visage de l'amour divin. De
ce fait, parmi les priorités d'un effort renouvelé
d'évangélisation, il faut qu'il y ait un retour
au sens du sacré, à une conscience de la place centrale
de Dieu dans toute l'existence humaine .(64)
La première priorité pour l'église en Océanie,
c'est de procéder à une nouvelle évangélisation.
En un sens, sa mission est simple et claire: proposer une nouvelle
fois à la société humaine l'évangile
intégral du salut en Jésus Christ. L'église
est envoyée au monde d'aujourd'hui, aux hommes et aux femmes
de notre temps, pour annoncer l'évangile... pour
que ne soit pas réduite la puissance de la Croix du Christ...
Le langage de la Croix est en effet puissance de Dieu (1 Co 1,
17-18) .(65)
Les agents de l'évangélisation
19. Comme les Apôtres, les évêques sont envoyés
dans leurs diocèses pour être les premiers témoins
du Christ ressuscité. Unis autour du Successeur de Pierre,
ils forment un collège chargé de répandre
l'évangile à travers le monde. Pendant cette Assemblée
spéciale pour l'Océanie, les évêques
ont reconnu qu'ils étaient eux-mêmes les premiers
à être appelés à un renouveau de la
vie chrétienne et du témoignage. Une meilleure étude
des écritures et de la Tradition, nourrie par la prière,
les conduira à une connaissance et à un amour plus
profonds de la foi. En ce sens, comme pasteurs de leurs peuples,
ils contribueront encore plus efficacement à la tâche
de la nouvelle évangélisation.(66) Comme les Actes
des Apôtres le montrent clairement, la caractéristique
fondamentale de la mission apostolique, inspirée par le
Saint-Esprit, réside dans le courage d'annoncer
la Parole de Dieu avec assurance (4, 31). Ce courage leur
est donné en réponse à la prière de
toute la communauté: Donne à ceux qui te
servent d'annoncer ta parole avec une parfaite assurance
(4, 29). C'est ce même Esprit qui, aujourd'hui encore, rend
les évêques capables de parler ouvertement, clairement
et courageusement quand ils se trouvent face à une société
qui a besoin d'entendre la parole de la vérité chrétienne.
Les catholiques de l'Océanie continuent à prier
avec ferveur pour que, comme les Apôtres, leurs pasteurs
soient des témoins audacieux du Christ; et le Successeur
de Pierre se joint à leur prière.
Avec les évêques, tous les fidèles chrétiens
- clergé, religieux et laïcs - sont appelés
à proclamer l'évangile. Leur communios'exprime dans
un esprit de coopération, qui est lui-même un puissant
témoignage rendu à l'évangile. Les prêtres
sont les plus proches collaborateurs des évêques
et ils constituent pour eux l'aide la plus efficace dans le travail
de l'évangélisation, particulièrement dans
les communautés paroissiales confiées à leurs
soins.(67)
Ils offrent le Sacrifice du Christ pour les besoins de la communauté,
ils réconcilient les pécheurs avec Dieu et avec
la communauté, ils fortifient les malades dans leur pèlerinage
vers la vie éternelle,(68) et ils mettent ainsi la communauté
tout entière en mesure de témoigner de l'évangile
à chaque moment de la vie et de la mort. Les hommes et
les femmes engagés dans la vie consacrée sont des
signes vivants de l'évangile. Leurs voux de pauvreté,
de chasteté et d'obéissance évangéliques
sont des chemins assurés pour approfondir la connaissance
et l'amour du Christ, et de cette intimité avec le Seigneur
découle leur service consacré dans l'église,
qui a constitué pour l'Océanie une grâce magnifique.(69)
Les laïcs prennent aussi leur part en consacrant le monde
à Dieu, et beaucoup d'entre eux parviennent à une
perception plus profonde de leur rôle indispensable dans
la mission évangélisatrice de l'église.(70)
Par le témoignage d'amour dans le sacrement de mariage
ou dans le don généreux de ceux qui sont appelés
au célibat, par leurs activités dans le monde quelles
qu'elles soient, les laïcs peuvent et doivent être
un véritable levain en tous points de la société
en Océanie. Le succès de la nouvelle évangélisation
en dépend pour une large part.
Une nouvelle annonce du Christ doit se faire jour grâce
à un renouvellement intérieur de l'église,
et tout renouvellement dans l'église doit avoir pour but
la mission, afin de ne pas tomber dans le risque d'une église
centrée sur elle-même. Toutes les facettes de la
mission de l'église dans le monde doivent venir d'un renouveau
qui prend sa source dans la contemplation du visage du Christ.(71)
Ce renouvellement engendre à son tour des plans pastoraux
concrets; et, de ce point de vue, l'Assemblée spéciale
a invité les communautés locales à contribuer
à la nouvelle évangélisation en développant
un esprit de communion fraternelle dans leurs liturgies, ainsi
que dans leurs activités sociales et apostoliques; en s'efforçant
de toucher les catholiques non pratiquants et ceux qui sont loin;
en renforçant l'identité des écoles catholiques;
en donnant aux adultes les moyens de progresser dans leur foi
grâce à des programmes d'étude et de formation;
en enseignant et en explicitant efficacement la doctrine catholique
à ceux qui n'appartiennent pas à la communauté
chrétienne; en amenant la doctrine sociale de l'église
à porter du fruit dans la vie sociale en Océanie.(72)
Du fait de ces initiatives concertées, l'évangile
apparaîtra à la société d'une manière
plus convaincante et pourra influencer plus profondément
la culture.
Les premiers chrétiens étaient poussés par
l'Esprit Saint à croire au Christ et à le proclamer
comme l'unique Sauveur du monde, envoyé par le Père.
À chaque époque, le véritable agent du renouveau
et de l'évangélisation est l'Esprit Saint, qui,
c'est bien certain, ne manquera pas d'aider l'église de
ce temps à trouver les énergies missionnaires et
les méthodes adaptées à nos sociétés
en mutation si rapide. Et la nouvelle évangélisation
ne manquera pas non plus d'apporter aux peuples de l'Océanie
les fruits merveilleux du Saint-Esprit, comme les premiers chrétiens
en ont fait l'expérience quand ils rencontraient le Seigneur
ressuscité et recevaient le don de son amour plus fort
que la mort.
Primauté de l'annonce
20. Le kérygme est la Parole de Dieu proclamée
afin de réconcilier l'humanité avec Dieu par la
foi au Christ. Nous voyons la puissance du kérygme à
l'ouvre dans la première communauté de Jérusalem.
Ils étaient fidèles à écouter
l'enseignement des Apôtres et à vivre en communion
fraternelle, à rompre le pain et à participer aux
prières (Ac 2, 42). C'est là l'essence même
de la vie de l'église, le fruit de la première évangélisation.
Adhérer au Christ Jésus provient de la foi dans
sa Parole proclamée par l'église. Saint Paul le
dit: Comment proclamer sans être envoyé?
(Rm 10, 15); le Christ lui-même envoie ses Apôtres,
et ainsi sur toute la terre en paraît le message
et la nouvelle, aux limites du monde (Ps 19 [18], 5). Comme
témoins de la vérité divine et catholique
,(73) les missionnaires en Océanie ont franchi terres
et mers, ils ont traversé déserts et torrents, ils
ont affronté de grandes difficultés culturelles
dans l'accomplissement de leur remarquable tâche. Se référant
à l'histoire de la naissance de l'église en Océanie,
les Pères du Synode ont ressenti la nécessité
d'une nouvelle et courageuse annonce de l'évangile pour
notre temps.
L'église affronte un double défi en cherchant à
proclamer l'évangile en Océanie: d'une part, les
religions et les cultures traditionnelles, de l'autre le processus
moderne de sécularisation. Dans chaque cas, le devoir
premier et pressant [est] l'annonce du Christ ressuscité,
à proposer dans une rencontre personnelle capable de conduire
l'interlocuteur à la conversion du cour et à la
demande du Baptême .(74)
Qu'elle ait affaire à la religion traditionnelle ou aux
subtilités de la philosophie, l'église annonce en
paroles et en actes la vérité de Jésus
lui-même (Ep 4, 21; cf. Col 1, 15-20). À la
lumière de cette vérité, elle apporte sa
contribution à la discussion sur les valeurs et les principes
éthiques qui sont sources de bonheur dans la vie de l'homme
et de paix dans la société humaine. La foi doit
toujours être présentée comme une démarche
rationnelle et cohérente, de façon à favoriser
sa diffusion dans les domaines toujours plus vastes de l'expérience
humaine. En effet, la foi porte en elle la capacité de
façonner la culture elle-même en saisissant ses motivations
jusqu'en son centre le plus profond. Veillant aux deux pôles
de la tradition chrétienne et des apports de la culture
contemporaine, le discours de la foi et de la raison doit aller
de pair avec le témoignage de vie, si l'évangélisation
veut porter du fruit. Mais ce qui est requis par-dessus tout,
c'est une proclamation sans peur du Christ, une parrhèsia
de la foi .(75)
évangélisation et médias
21. Dans le monde d'aujourd'hui, les moyens de communication
sociale sont de plus en plus puissants comme agents de modernisation,
même dans les régions les plus reculées de
l'Océanie. Les médias ont un grand impact sur la
vie des gens, sur leur culture, sur leur pensée dans le
domaine moral et sur leur comportement religieux; et utilisés
sans discernement, ils peuvent avoir un effet nocif sur les cultures
traditionnelles. Les Pères du Synode ont appelé
de leurs voux une grande prise de conscience du pouvoir des médias,
qui offrent à l'église une excellente occasion
d'évangéliser, d'édifier la communauté
et la solidarité .(76) En réalité,
les médias constituent souvent le seul contact de l'église
avec les catholiques non pratiquants et avec ceux qui sont loin.
Ils doivent donc être utilisés de façon inventive
et responsable.(77)
Là où c'est possible, l'église devrait inventer
un plan pastoral pour les communications aux niveaux national,
diocésain et paroissial. La coordination des efforts de
l'église est nécessaire pour assurer une meilleure
préparation de ceux qui la représentent dans les
médias,(78) et pour encourager des laïcs à
la foi éprouvée à entrer dans ce monde comme
en réponse à une vocation. C'est un signe d'espérance
de voir les chrétiens qui travaillent dans les médias
témoigner de leur ferme attachement aux valeurs chrétiennes.
Grâce à leur aide, des productions religieuses et
des programmes reflétant les valeurs humaines et morales
peuvent être réalisés avec professionnalisme,
même si les fonds manquent souvent. Un Centre catholique
des moyens de communication sociale pour toute l'Océanie
pourrait être d'une grande utilité pour permettre
d'utiliser les médias aux fins de l'évangélisation.
Les évêques ont aussi exprimé leur inquiétude
par rapport aux règles de la décence dans les médias
publics et ils ont dénoncé leur niveau de violence.(79)
Les responsables de l'église doivent apporter leur contribution
quand on établit un code des comportements éthiques
pour les médias;(80) par ailleurs, il est nécessaire
d'aider les familles et les jeunes à évaluer d'une
manière critique le contenu des programmes. Les institutions
d'éducation catholique ont donc un rôle vital pour
que les personnes, spécialement les jeunes, puissent acquérir
ce regard critique sur les médias. La foi chrétienne
nous incite tous à être des auditeurs, des spectateurs
et des lecteurs qui savent discerner.(81)
Les évêques ont exprimé leur préoccupation
quant à l'utilisation de la publicité dans les médias,
notant qu'elle a un grand pouvoir pour encourager à la
fois au bien et au mal. Le processus de mondialisation et la multiplication
des monopoles dans les médias donnent à ces derniers
un pouvoir de plus en plus grand sur les personnes. Par la force
des images et des messages suggérés, la publicité
diffuse souvent une culture du consumérisme, qui réduit
les personnes à ce qu'elles possèdent ou à
ce qu'elles peuvent acquérir. Elle les conduit à
croire qu'il n'y a rien au-delà de ce qu'une économie
de consommation peut leur offrir. L'inquiétude majeure
concernant ce pouvoir, c'est que, la plupart du temps, il diffuse
continuellement une idéologie clairement opposée
à la vision de la foi catholique .(82) Il est donc
important que les fidèles, spécialement les jeunes,
soit préparés à adopter une attitude critique
face à la publicité, qui est une composante omniprésente
de la vie actuelle. Ce qui signifie qu'ils doivent être
formés à un sens clair et fort des valeurs humaines
et chrétiennes qui constituent le fondement de la conception
catholique de la vie.
Le défi de la foi aujourd'hui
Catéchèse
22. La mission de l'église d' annoncer la vérité
de Jésus Christ en Océanie aujourd'hui lui
demande de renouveler sa catéchèse, son enseignement
et la formation qu'elle donne dans le domaine de la foi. L'impact
des médias sur la vie du peuple montre à quel point
une nouvelle réalité sociale appelle de nouvelles
manières de présenter la foi. La catéchèse
vise à éduquer dans la foi les enfants, les jeunes
et les adultes. Ce qui implique particulièrement
un enseignement de la doctrine chrétienne, donné
en général de façon organique et systématique,
en vue de les initier à la plénitude de la vie chrétienne
.(83) Les Pères du Synode ont proposé un important
engagement, à la fois financier et en personnel, pour essayer
d'atteindre des groupes qui sont facilement négligés.
L'établissement de parcours d'ensemble nécessaires
pour les adultes et pour les enfants qui ont des besoins spécifiques,
qui ne sont pas pris en compte par les écoles catholiques,
réclame un soin particulier et une planification systématique.
La liberté de religion est fondamentale parmi les droits
de l'homme, et elle inclut le droit d'être instruit dans
la foi.(84) Tout baptisé, du fait même de
son baptême, possède le droit de recevoir de l'église
un enseignement et une formation qui lui permettent d'accéder
à une véritable vie chrétienne .(85)
Cela demande que les gouvernements et les autorités scolaires
veillent au respect effectif de ce droit. Là où
il y a un partenariat authentique entre l'église et l'état
pour le financement et la bonne marche des écoles, l'éducation
des enfants et des jeunes du pays est grandement facilitée
.(86) Les religieux et religieuses, les laïcs et les
prêtres, ont travaillé dans ce but, souvent au prix
de grands efforts et de beaucoup de sacrifices. Leur activité
demande à être consolidée et renforcée
pour assurer que tout baptisé puisse grandir dans la foi
et dans la compréhension de la vérité du
Christ.
Êcuménisme
23. Les Pères du Synode ont considéré la
désunion des chrétiens comme un grand obstacle à
la crédibilité du témoignage de l'église.
Ils ont exprimé le désir, empreint de tristesse,
que le scandale de la désunion ne continue pas et que de
nouveaux efforts de réconciliation et de dialogue soient
réalisés pour que la splendeur de l'évangile
puisse briller plus clairement.
Dans bien des territoires de mission de l'Océanie, les
différences entre églises et Communautés
ecclésiales ont conduit dans le passé à la
compétition et à l'opposition. Récemment,
en revanche, les relations sont devenues plus positives et plus
fraternelles. L'église en Océanie a fait de l'ocuménisme
sa grande priorité et elle a apporté aux activités
ocuméniques nouveauté et ouverture d'esprit. Les
occasions sont bienvenues pour un dialogue du salut (87)
qui conduise à une compréhension réciproque
et à un enrichissement mutuel plus grands. Le profond désir
de l'unité dans la foi et le culte est l'un des dons du
Saint-Esprit faits à l'Océanie;(88) et la coopération
dans les domaines de la charité et de la justice sociale
est un signe évident de la fraternité chrétienne.
L'ocuménisme a trouvé en Océanie un terrain
fertile pour prendre racine, car dans beaucoup d'endroits les
communautés locales sont étroitement liées.
Un désir encore plus fort de l'unité doit nous aider
à garder ces communautés proches les unes des autres.
Ce désir d'une communion plus intense dans le Christ a
été manifesté au Synode par la présence
de délégués fraternels des autres églises
et Communautés ecclésiales. Leurs contributions
ont été encourageantes et utiles pour progresser
vers l'unité voulue par le Christ.
Dans l'activité ocuménique, il est essentiel que
les catholiques acquièrent une meilleure connaissance de
la doctrine de l'église, de sa tradition et de son histoire,
pour que, comprenant plus profondément leur foi, ils soient
davantage capables de s'engager dans le dialogue et la coopération
ocuméniques. Il faut aussi un ocuménisme
spirituel , c'est-à-dire un ocuménisme de
la prière et de la conversion du cour. La prière
ocuménique conduira à un partage de vie et de service
là où les chrétiens agissent ensemble, autant
qu'il est possible à l'heure actuelle. L' ocuménisme
spirituel peut aussi conduire à un dialogue doctrinal,
ou à son renforcement là où il existe déjà.
Les Pères du Synode ont considéré qu'il était
très utile d'avoir des versions ocuméniques reconnues
des éc |