a
musique rythme la prière d'Israël depuis les temps
les plus lointains, avant même la construction du temple
de Jérusalem. On trouve dans les Psaumes, le grand recueil
de prière d'Israël, une foule de références
musicales. Les lignes qui suivent vous proposent une journée
portes ouvertes au temple de Jérusalem, où
les musiciens vous attendent fièrement pour vous présenter
leurs instruments de musique. Cela nous permettra de reconnaître
ceux mentionnés dans les Psaumes.
Nous
sommes accueillis par Hémân, qu'on appellerait
aujourd'hui le chef d'orchestre. Avec son associé Yedutûn,
il dirige l'ensemble des musiciens et des chantres. Laissons-lui
la parole.
Vous
êtes sans doute un peu surpris par la modestie de notre
orchestre. En fait, nous sommes bien loin de ces grands ensembles
que vous avez dans vos métropoles modernes. Nous ne formons
pas un orchestre au sens où vous l'entendez mais plutôt
un groupe de musiciens officiels pour le culte,
une sorte de guilde, décrite au Premier livre des Chroniques
6, 16-29.
Et
vous n'êtes pas au bout de vos surprises. Lorsque, tout
à l'heure, nous vous ferons entendre quelques pièces,
vous aurez peut-être l'impression de vous faire écorcher
les oreilles. C'est que notre musique n'est pas régie
selon les mêmes règles que la vôtre. Nous
ne connaissons pas les principes d'harmonie qui dictent votre
manière de composer. D'ailleurs, tout comme vous pour
notre musique, nous avons besoin d'une certaine habitude avant
de trouver agréable ce que vous appelez la belle
musique!
En
fait, pour nous au temple, la musique est là d'abord
pour soutenir la prière, pour la rythmer. C'est pourquoi
nous attachons plus d'importance à cette dimension de
la musique: le rythme. Et je dois dire que nous ne sommes pas
peu fiers de la qualité de notre ensemble. Je vous rappelle
que c'est de nous qu'il est question quand le Chroniste écrit:
Les joueurs de trompette et les chantres, bien ensemble,
se faisaient entendre à l'unisson pour louer et célébrer
le Seigneur (2 Chroniques 5, 13. Traduction oecuménique
de la Bible). Mais trêve de vantardise, allons tout de
suite voir une première catégorie d'instruments:
les percussions.
Les
percussions
Oholibama, fille de Onias, va vous présenter le
tambourin.
-
L'instrument dont je joue est le plus primitif de ceux mentionnés
dans la Bible. En hébreu, nous l'appelons toph. Il est
fait d'une peau d'animal tirée et retenue par un cerceau
de bois ou de métal. On le tient d'une main et on le
frappe de l'autre. Vous avez, encore aujourd'hui, un instrument
semblable que vous appelez tambourin. Nous sommes plusieurs
à en jouer lors des célébrations au temple
(Psaume 67, 26). Notre rôle est de rythmer la musique
et c'est pourquoi, dans les Psaumes, notre instrument est toujours
mentionné en compagnie d'autres (80, 3; 149, 3; 150,
4).
-
Merci Oholibama. Allons maintenant retrouver Shama, fils de
Yavesh, joueur de cymbales.
Shama
est notre plus jeune musicien, fraîchement accueilli dans
la guilde. Il joue d'un instrument qui correspond bien à
la fougue de son âge!
-
En effet, je joue des cymbales, ce qui se dit selesim en hébreu.
Cet instrument est fabriqué de deux pièces de
métal que je frappe ensemble pour battre le rythme. Ces
cymbales sont souvent utilisées pour manifester la joie
lors de mouvements de foule ou d'escorte comme en Genèse
31, 27. Avec le tambourin, les cymbales complètent la
section des percussions. étant fabriqué de métal,
cela signifie qu'il s'agit d'un instrument récent dans
le monde biblique. C'est probablement pourquoi il n'en est question
qu'une seule fois dans les Psaumes (150, 5).
Les
instruments à vent
Du plus jeune musicien, passons au plus âgé,
Jonam, fils de Shiméa. Ceux qui jouent de l'instrument
dont il joue sont, de toute façon, jamais bien jeunes.
-
En effet, car pour jouer du chophar, il faut plusieurs années
de pratique. Ce n'est pas comme les cymbales avec lesquelles
il suffit de taper! Il faut toute une technique. Vous avez devant
vous ce que vos Bibles appellent le cor. Il est
mentionné dans les passages suivants des Psaumes, si
ma mémoire est bonne: 46,. 6; 80, 4; 97, 6; 150, 3. Fabriqué
à partir d'une corne de bouc, c'est le plus ancien et
le plus connu des instruments à vent de la Bible. Je
dis le plus connu, car il est très familier dans la littérature
biblique. Il sert souvent à annoncer la présence
du Seigneur (Exode 19; Zacharie 9, 14). De plus, je sais qu'en
votre époque, les Juifs s'en servent encore. Il est aussi
bien connu pour son utilisation militaire. Vous vous rappelez
de ce récit où mon peuple, voulant conquérir
Jéricho... Oui?...
Passons
à un autre instrument, parent du chophar. Voici Uzal,
fils de Pildash. Vous savez ce que lui et Louis Amstrong ont
en commun? Ils jouent tous deux de la trompette. Du moins c'est
ainsi que vous traduisez le mot hasoserah au seul endroit où
il est mentionné dans les Psaumes (97, 6).
-
En fait, une traduction plus juste serait clairon.
Comme les cymbales, cet instrument est fabriqué de métal
et, donc, plus récent que le chophar. Il est aussi, à
l'occasion, utilisé dans les campagnes militaires. Mais
en temps de paix, il sert à manifester bruyamment notre
joie lors des grandes fêtes. Au temple, seuls les prêtres
sont autorisés à s'en servir.
Il
existe un troisième instrument à vent mentionné
dans les Psaumes. Il s'agit de l'ugab, qui est composé
de plusieurs tuyaux. Aussi, est-il souvent appelé flûtes
dans vos traductions. Il est assez rarement utilisé ici
au temple et c'est pourquoi seul le Psaume 150 en fait mention
(verset 4). Le prophète ézéchiel utilise
un mot de la même famille pour parler d'un chant d'amour:
Tu es pour eux comme un chant d'amour, agréablement
chanté, bien accompagné de musique (ézéchiel
33, 32). Il y a une impression de sensualité rattachée
à ce mot. L'ugab a donc peut-être reçu son
nom à cause de la sensualité dégagée
par sa sonorité.
Merci
Uzal. Passons à la troisième et dernière
section de notre orchestre, celle des instruments
à cordes.
Les
instruments à cordes
- Je m'appelle Asaph, fils de Bérékyahu et je
fais partie du groupe de musiciens du temple depuis de nombreuses
années. Il existe plusieurs sortes d'instruments à
cordes. Leurs formes varient, ainsi que le nombre de leurs cordes.
Celles-ci sont habituellement faites d'intestin de mouton. Et,
comme le dit 1 Rois 10, 12, le corps de l'instrument est fabriqué
d'un bois rare, le santal. Voyons d'abord le kinnor, l'instrument
de musique le plus souvent mentionné dans les Psaumes
(treize fois). Vous traduisez ce mot par lyre ou
harpe. C'est l'instrument à cordes le plus
ancien du monde biblique. Le roi David l'a rendu célèbre
car lui-même en jouait (1 Samuel 16, 16). Nous, joueurs
de kinnor, sommes d'abord considérés comme des
chanteurs. Nous accompagnons notre chant par le jeu de notre
instrument, comme le laisse entendre le Psaume 70.
Or
moi,
je te rendrai grâce sur la harpe,
pour ta vérité, mon Dieu!
Je jouerai pour toi de ma cithare,
Saint d'Israël!
Joie
sur mes lèvres
qui chantent pour toi,
et dans mon âme que tu as rachetée!
Un
deuxième instrument à cordes est le nebel, traduit
en français par harpe ou lyre.
Il existe deux sortes de nebel. Le nebel qui compte douze cordes
(Psaume 56, 9; 80, 3...) et le nebel 'asor qui en compte dix
(Psaume 32, 2; 91, 4...). Cet instrument est moins utilisé
dans les fêtes populaires que le kinnor. On lui attribue
une certaine noblesse, les prophètes Amos et Isaïe
y faisant référence dans leurs attaques contre
la bourgeoisie. Couchés sur des lits d'ivoire,
vautrés sur leurs divans, ils mangent les agneaux du
troupeau et les veaux pris à l'étable. Ils braillent
au son de la harpe... (Amos 6, 4-5).
Ainsi
s'achève notre visite au cours de laquelle vous avez
pu vous familiariser avec nos instruments de musique. Vous aurez
sans doute compris que tous sont fabriqués et utilisés
dans le même esprit: rendre grâce au Seigneur, chanter
sa louange. Pour vous le démontrer, nous allons vous
chanter le Psaume 150 et nous vous invitons à vous joindre
à nous!
Louez
Dieu dans son temple saint,
louez-le au ciel de sa puissance;
louez-le pour ses actions éclatantes,
louez-le selon sa grandeur!
Louez-le
en sonnant du cor,
louez-le sur la harpe et la cithare;
louez-le par les cordes et les flûtes,
louez-le par la danse et le tambour!
Louez-le par les cymbales sonores,
louez-le par les cymbales triomphantes!
Et que tout être vivant
chante louange au Seigneur!
Cet article est tiré de Célébrer
les heures, hiver 1994.