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Décembre
2001
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Les
psaumes : une prière de chair et de sang
Lise
Lachance
Cet
article voudrait ouvrir des lieux de rencontre entre la prière
des psaumes et notre prière d'hommes et de femmes du
XXe siècle. Il puise largement dans Sept propositions
sur la prière des psaumes, tiré du Cahier
évangile no 71 présenté par Jean-Pierre
PRéVOST, Petit dictionnaire des psaumes.
À
partir de ces propositions et du questionnement qu'elles entraînent,
il vous sera possible de regarder d'un oeil critique la formulation
des introductions, des prières d'intercession, des oraisons
de vos assemblées ou votre prière personnelle.
Et peut-être de leur donner un ton davantage psalmique.
1.
Les psaumes: des dialogues
Constatation:
Le climat de la prière des psaumes est celui d'un constant
dialogue entre Dieu et l'homme ou la femme croyante. Bien sûr,
ils sont faits de mots humains adressés à Dieu.
Mais il y a, dans ces mots humains, la conviction que Dieu a
déjà parlé et parlera encore. Il écoute,
il prend la parole, il intervient pour secourir ou délivrer.
La prière du psaume n'est pas à sens unique, elle
est une véritable rencontre entre deux personnes et même,
plus largement, entre tout un peuple et son Dieu.
Questionnement:
Notre prière, monologue ou dialogue? Quel est le plus
important dans notre prière: ce que nous avons à
dire à Dieu ou ce que Dieu pourrait nous dire?
La
vraie question qui se pose dans la prière des psaumes
n'est pas de savoir si nous parviendrons à dire à
Dieu ce que nous vivons, mais si nous parviendrons à
vivre, à mettre en pratique, ce que Dieu vient nous dire
chaque fois que nous lui parlons: Aujourd'hui, écouterez-vous
sa parole...? (95, 7). (Cahier évangile,
p. 59)
2.
Les psaumes: des prières corporelles
Constatation:
La prière des psaumes se fait avec les genoux, les mains,
les yeux, les cris, les gémissements. Le corps y a toute
sa place pour exprimer les émotions humaines. Il peut
trembler, danser, se reposer. La prière des psaumes n'est
pas le lieu d'une froide réflexion théologique.
Elle est un moment de vie intense.
Questionnement:
Quelle est la place du corps dans notre prière: est-il
mis à l'écart, trahi, oublié, abandonné?
Comment pourrions-nous nous présenter à Dieu avec
tout ce que nous sommes: corps, coeur, âme, chair et sang...
Notre prière parle-t-elle du corps?
3.
Les psaumes: des pièces musicales, des chansons
Constatation:
Toutes les notations qui accompagnent la présentation
des psaumes de l'Ancien Testament le montrent: les psaumes sont
nés dans un climat musical. Ils sont des chansons rythmées,
dansées, jouées sur des instruments. Le milieu
qui a fait naître les psaumes conçoit très
bien que l'on puisse rencontrer Dieu en chantant, en dansant,
en jouant des instruments.
Questionnement:
Se pourrait-il que nous n'ayons pas encore rencontré
le Seigneur de la danse et du chant...? Pourquoi
faire taire un coeur qui a envie de chanter?
4.
Les psaumes: du langage de tous les jours
Constatation:
La prière biblique n'a pas peur des mots ordinaires ni
des répétitions. Cette simplicité traduit
une vérité profonde: l'expérience spirituelle
n'a pas besoin de grands mots pour se dire. À travers
ces mots simples, l'esprit libéré reste tourné
vers l'essentiel: l'Autre.
Questionnement:
Quels sont nos mots, nos expressions préférées
pour prier... ce qui nous vient au coeur spontanément?
Y a-t-il des mots ou des expressions que nous avons reçus
comme un cadeau, une parole de Dieu à tel moment? Qu'est-ce
que nous en faisons?
5.
Les psaumes: une prière pour exprimer mon humanité
Constatation:
À travers les psaumes, ce n'est pas une âme
qui s'exprime, dépouillée des pesanteurs
charnelles, c'est un être humain très concret.
Il y apparaît dans les activités de la vie quotidienne:
manger, dormir, souffrir, gravir une montagne, marcher, travailler...
En même temps, ces activités, comme les gestes
ou les membres qui servent à les accomplir, traduisent
ce qui se vit au niveau du coeur. Pas besoin de renier ses préoccupations
terrestres et vitales pour rencontrer Dieu. Celui qui a créé
l'être humain en connaît bien la mécanique
et le langage, faudrait-il changer de peau pour le rencontrer?
Questionnement:
Pour rencontrer Dieu, nous faut-il mettre de côté
tout ce qui fait notre vie? Qu'est-ce que nous devrions récupérer
pour le rencontrer avec toute notre humanité?
6.
Les psaumes: prières de conflits
Constatation:
Le monde des psaumes n'est pas aseptisé, idéalisé.
Il est rempli de conflits, de combats, de déchirements.
On y voit sans cesse apparaître la violence, l'injustice
et la haine. Indirectement, il nous force à reconnaître
notre propre violence intérieure et celle du monde dans
lequel les humains vivent et ont toujours vécu. Du coup,
les psaumes sont un appel à la miséricorde et
au pardon. Comment être pardonné si on nie la vérité
de son coeur?
Questionnement:
Notre violence, nous la laissons de côté ou nous
la prenons avec nous quand nous allons prier? Nous nous désolidarisons
du monde cruel et violent d'aujourd'hui ou nous nous reconnaissons
part souffrante de ce monde? Nous nions ou nous osons regarder
en face ce qui nous fait peur?
7.
Deux cris essentiels dans la prière des psaumes
Constatation:
Même si tous les cris ont droit de cité dans la
prière des psaumes, deux reviennent plus souvent: Au
secours! et Alleluia! Ils traduisent le va-et-vient
de tout être humain entre la détresse et l'action
de grâce. Ils expriment sa conscience de ne pas être
seul. Qu'il soit dans la misère ou dans la joie, Quelqu'un
l'écoute, l'entend et répond. Ce cri peut aussi
être proféré pour d'autres, avec d'autres.
Il devient alors la supplication ou la louange de tout un peuple.
Questionnement:
Notre prière fait-elle taire nos cris ou devient-elle
un lieu pour les exprimer? Nous crions pour nous-mêmes,
pour les autres? Nous faisons nôtres les cris des autres
ou nous les rejetons?
Si
la prière des psaumes a traversé les siècles
pour convenir encore au coeur des hommes et des femmes d'aujourd'hui,
c'est qu'elle est restée solidement accrochée
à la condition humaine. Plus notre prière osera
s'en rapprocher, plus elle traduira les cris de notre chair
et de notre sang, plus elle s'ouvrira dans une rencontre avec
Dieu vivant.
Lise
LACHANCE
Cet
article est paru dans Célébrer les Heures, numéro
6 (été 1995).
La
revue Célébrer les Heures s'associe à Spiritualité 2000
pour vous proposer un article par mois. La revue s'adresse
aux personnes qui célèbrent la liturgie des Heures. Depuis sept
ans, elle paraît quatre fois l'an. On peut communiquer avec la
revue en écrivant à Célébrer les Heures, 2715, chemin de
la Côte Ste-Catherine, Montréal (Québec) H3T 1B6 Canada.
Moi,
aujourd'hui, je t'ai engendré
Michel
Gourgues, o.p.
Collège dominicain de philosophie et théologie (Ottawa)
Dans
son récit de la naissance de Jésus, l'évangéliste
Matthieu renvoie, pour chacun des épisodes qu'il raconte,
à un passage des prophètes. Lorsqu'il rapporte la
naissance à Bethléem, c'est un passage du prophète
Michée qui lui revient à la mémoire:
Et toi, Bethléem, terre de Juda, de toi sortira un chef
qui sera pasteur de mon peuple
(Mt 2,6). Les psaumes,
eux, ne font aucune mention de Bethléem, mais, en revanche,
ils accordent une place de premier plan à David. Originaire
de Bethléem, c'est là, selon un récit populaire
de l'Ancien Testament, que le cadet des fils de Jessé,
tout jeune encore, avait reçu l'onction du prophète
Samuel (1 Sam 16,13).
Le
premier des psaumes à figurer dans l'office liturgique
de Noël est le Psaume 2. Il est encore cité dans le
passage de l'épître aux Hébreux que nous fait
lire la messe du jour de Noël : Tu es mon fils, moi,
aujourd'hui, je t'ai engendré Or, ce psaume paraît
faire référence au rite de l'onction par lequel
David ou l'un de ses successeurs était devenu roi d'Israël.
Quatre
volets bien articulés
Le
psaume commence par évoquer une situation politique difficile
(versets 1-3): des rois et des chefs étrangers se soulèvent
contre le pouvoir d'un roi d'Israël, soit qu'ils désirent
s'en défaire, soit qu'ils s'en sentent menacés et
qu'ils veulent l'éviter. Qui était ce roi? Les exégètes
donneraient cher pour le savoir, car cela permettrait de dater
le psaume et de déterminer à quelle situation exacte
il fait référence. Puisque ce roi a reçu
l'onction à Jérusalem (v. 6), iI doit plutôt
s'agir d'un descendant de David que de David lui-même qui,
lui, avait été sacré roi à Bethléem
ou à Hébron, selon les traditions.
Dans
la deuxième partie du psaume (versets 4-6), Yahvé
lui-même intervient pour rappeler aux puissances contestataires
que c'est lui qui a choisi le roi contre lequel elles se soulèvent.
Le roi d'Israël est son oint , en hébreu
son mashiah, le mot qui deviendra messie en français
et qui sera traduit en grec par christos, en français
christ .
Dans
la troisième partie du psaume (versets 7-9), c'est le roi
lui-même qui, à son tour, évoque le jour où
il a reçu l'onction royale et les promesses qui lui ont
alors été faites de la part de Dieu. C'est ici que
se trouve l'énoncé solennel : Il m'a dit
: 'Tu es mon fils, moi, aujourd'hui, je t'ai engendré '
(v. 7). En tant que lieutenant terrestre de Yahvé,
le roi était en quelque sorte adopté par ce dernier
au jour de son intronisation. Le titre de fils de Dieu
servait à exprimer cette relation unique et privilégiée
par rapport à Dieu. En même temps il marquait une
distance, en évitant de diviniser le roi comme cela se
faisait en égypte et dans d'autres cultures avoisinantes.
En Israël, le roi n'est pas Dieu, tout en bénéficiant
d'une relation unique à lui : il est le fils de
Dieu .
La
dernière partie (versets 10-12) revient à la situation
et aux personnages évoqués au point de départ.
Les contestataires n'ont qu'à bien se tenir! Mieux vaut
pour eux de se soumettre à Yahvé, car celui-ci ne
peut qu'être fidèle à ses engagements en protégeant
et en soutenant le roi qu'ils combattent.
Facteur
d'espérance au lieu de pièce de musée
Tant
qu'il y eut des rois en Israël, le peuple put continuer de
prier le psaume en leur faveur, en se rappelant la dignité
que leur conférait leur rôle et leur responsabilité
uniques devant Dieu. Après l'exil, le psaume aurait dû
tomber en désuétude, l'institution royale étant
désormais disparue. Un peu comme des chants composés
pour une circonstance donnée et qu'on oublie aussitôt,
une fois l'événement passé.
Or,
au lieu d'être relégué aux archives comme
témoin d'un passé révolu, le psaume continua
d'être prié comme témoin de l'avenir. Un jour,
viendra un Messie, descendant de David, que Dieu reconnaîtra
comme son fils et qui exercera une domination universelle. Certains
courants de la religion juive témoignent, dès le
1er siècle avant Jésus, d'une lecture en ce sens
du psaume 2. Ce dernier, au lieu d'entretenir la nostalgie du
passé, sert désormais à nourrir l'espérance.
Cette
espérance, il faut le dire, n'est pas toujours exempte
de violence et d'accents revanchards. Ainsi en est-il par exemple,
dans les Psaumes de Salomon, un recueil de prières juives
qui, en empruntant les mots mêmes du psaume 2, prie pour
l'avènement du Messie descendant de David: Vois,
Seigneur, et suscite pour eux leur roi, fils de David, au temps
que tu connais, ô Dieu, pour qu'il règne sur Israël
ton serviteur. Purifie Jérusalem des nations
Qu'avec
sagesse et justice il chasse les pécheurs de l'héritage,
qu'il brise l'orgueil des pécheurs comme vases de potier,
qu'il les fracasse avec un sceptre de fer (Psaume 17,23-26).
Ton serviteur Jésus, que tu as oint
Que
deviendrait le psaume 2 pour les chrétiens, une fois que,
Jésus ressuscité et exalté à la droite
de Dieu, ils auraient reconnu en lui le Messie attendu? Certains
de ses accents vengeurs et l'espérance en ce sens qu'il
avait engendrée ne l'exposaient-ils pas de nouveau à
tomber en désuétude? Il n'en fut rien. Car le psaume
contenait par ailleurs trop de richesses. Dans chacun de ses volets,
on pouvait voir évoqués à l'avance des aspects
centraux de l'expérience et du mystère de Jésus.
Ainsi, l'adversité des rois et des puissants de la terre
contre le Messie (vv. 1-3) évoquait tout naturellement
pour les premières communautés chrétiennes
la passion de leur Seigneur, comme en témoignent les Actes
des Apôtres (4,25). La déclaration solennelle : Tu
es mon Fils, moi, aujourd'hui, je t'ai engendré (v.
7) pouvait, quant à elle, être lue en relation avec
le baptême de Jésus, compris comme le moment où,
tel un nouveau roi s'apprêtant à entreprendre sa
mission, il avait reçu l'onction d'Esprit Saint et
de puissance , comme le souligne Luc dans ses deux livres
(Lc 4,18; Ac 10,38). L'intronisation solennelle du roi évoquée
dans le psaume pouvait aussi être comprise en relation avec
la résurrection de Jésus, exalté par Dieu
et partageant désormais avec lui une seigneurie universelle
(Ac 13,33; He 1,5; 5,5). Fidèle à son oint
comme il avait promis jadis de l'être au roi dont parlait
le psaume, Dieu, en le ressuscitant, avait révélé
sa qualité de Fils - désormais entendue au sens
fort - et fait tourner l'adversité en exaltation: Dieu
l'a fait Seigneur et Messie et Seigneur, ce Jésus que vous,
vous aviez crucifié (Ac 2,36).
Sans
doute, en lisant le psaume 2 en relation avec la naissance de
Jésus, la liturgie de Noël innove-t-elle par rapport
au Nouveau Testament. Mais l'innovation se comprend parfaitement.
Tu es mon fils, moi aujourd'hui je t'ai engendré:
comment pouvait-on ne pas associer l'oracle solennel du psaume
et la déclaration de saint Paul (Ga 4,4): Quand vint
la plénitude des temps, Dieu a envoyé son Fils né
d'une femme
?
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