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Mai
2001 |
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- Le
psaume 109 : « Oui, c'est un psaume difficile! »
par Paul-Henri Plamondon
Pour en savoir plus sur le Psaume 109 (110), nous avons rencontré
Monsieur Paul-Henri Plamondon, prêtre et exégète.
Célébrer les Heures: On entend souvent dire que le Psaume
109 (110) est difficile. Pourquoi?
Paul-Henri Plamondon: Oui, c'est un psaume difficile. Cela tient surtout
au fait que le texte hébreu est extrêmement obscur. Le verset
3, par exemple, est peut-être le plus difficile à traduire de
tout l'Ancien Testament. [«Le jour où paraît ta
puissance, tu es prince, éblouissant de sainteté: 'Comme la
rosée qui naît de l'aurore, je t'ai engendré.'»]
D'ailleurs, des exégètes ont suggéré, avec une pointe d'humour,
que les problèmes reliés à ce psaume remontent à très loin.
Ils rappellent que Jésus, voulant poser une colle aux
pharisiens, leur a demandé de donner une interprétation juste
du Psaume 109 (110) (Matthieu 22, 41-46). Et tous
sont restés silencieux, incapables de dire un mot! Les exégètes
ont, depuis, été beaucoup plus bavards à ce sujet.
Mais revenons à aujourd'hui. Les versions dont nous disposons pour ce
texte ne nous permettent pas d'établir une traduction
vraiment incontestable de ce psaume. Toutefois, le texte massorétique
(texte hébreu établi entre le huitième et le neuvième siècle
après Jésus-Christ par des savants juifs) demeure le plus sûr.
C.L.H.: Mais comment expliquer que le texte de ce psaume est aussi obscur,
et depuis aussi longtemps semble-t-il?
P.H.P.: Ce psaume fut probablement composé pour un événement
exceptionnel, qui ne se répétera pas. Quand un écrit est trop
lié à une circonstance particulière (par exemple, la messe
pour la visite du pape à Québec en 1984), il ne peut plus
servir tel quel. Si un événement semblable survient, on pourra
être tenté de ressortir le document déjà préparé et s'en
servir à nouveau. Mais il faudra nécessairement apporter des
retouches pour l'adapter aux nouvelles circonstances. Il est
fort possible qu'une telle opération soit à l'origine des
problèmes de compréhension qu'offre le Psaume 109
(110).
C.L.H.: Il est habituel de considérer le Psaume 109
(110) comme un psaume royal, c'est-à-dire reflétant une cérémonie
d'intronisation. Serait-ce là l'événement à l'origine
de ce psaume?
P.H.P.: Le roi David est probablement derrière le personnage dont il est
question dans le Psaume 109 (110). Trois détails nous
permettent de l'affirmer.
Premièrement, le verset 3 parle d'une levée en masse du peuple pour
la guerre sainte. [La traduction oecuménique de la Bible, la
T.O.B. traduit: «Ton peuple est volontaire le jour où paraît
ta force. Avec une sainte splendeur, du lieu où naît
l'aurore te vient une rosée de jouvence.»] Ce n'est
possible qu'avant Salomon qui mettra en place une armée de métier.
Ensuite, le même verset mentionne une «rosée de jeunesse». David était
dans la quarantaine au moment de la conquête de Jérusalem qui
a conduit à son investiture royale. C'est un âge
relativement avancé pour devenir roi. L'oeuvre de conquête
du Seigneur n'est pas encore achevée. Pour remplir sa
mission, David a besoin d'une nouvelle jeunesse, d'une «eau
de jouvence», dirait-on aujourd'hui.
Enfin, nul autre que David aurait eu intérêt à rappeler Melkisédek à
la mémoire, surtout après la construction du Temple de Jérusalem.
David avait pris Jérusalem, la capitale de Melkisédek et il héritait
du prestige du personnage à qui Abraham avait payé la dîme.
Ce dernier, en retour, recevait la bénédiction du grand prêtre.
Ainsi David héritait de la bénédiction de toutes les nations
en Abraham. Il pouvait en retour leur imposer la dîme, les
soumettre à son autorité. Son pouvoir impérial, sa prétention
à l'empire étaient légitimés.
L'intronisation de David à Jérusalem n'étant pas renouvelable, le Psaume
109 (110) fut adapté pour servir lors d'une consécration
royale. Et on oublia l'événement qui avait commandé la rédaction
du psaume. Quand il n'y eut plus de roi, à partir de l'Exil
à Babylone, de nouvelles situations ont encore nécessité des
retouches. Rappelons que cela pourrait expliquer l'état abîmé
du texte actuel.
C.L.H.: Au moment où David est intronisé, il est en pleine
campagne militaire pour conquérir la Terre Promise. C'est
sans doute la raison pour laquelle le Psaume 109 (110)
est parsemé d'images de violence. Est-ce bien du Dieu de Jésus
Christ dont il est question?
P.H.P.: Il est vrai que ces images constituent pour plusieurs un obstacle de
taille à la prière à l'aide des psaumes. Mais reconnaissons
que l'Ancien Testament n'est pas chrétien bien qu'il nous
conduise au Christ. Quand Jésus priait, il priait avec les
psaumes. C'était la prière officielle de son peuple. Aussi
avons-nous besoin de «christianiser» les psaumes, en les
priant à la manière du Christ.
Avant de reconnaître le Dieu Amour pour toute l'humanité, il faut le
reconnaître proche et Amour pour son peuple, à travers
l'histoire d'Israël. Dans sa conquête de la Terre Sainte,
Israël a développé l'image du Dieu guerrier, qui soutient
son peuple en lui octroyant la victoire de ses ennemis. Au cours
des siècles, Israël va côtoyer son Dieu dans une relation
d'Alliance. Il sera ainsi amené à purifier l'idée qu'il
se fait de Dieu, à préciser son vrai visage.
Ce cheminement d'Israël que Dieu a su patiemment respecter ressemble
à notre propre cheminement à l'intérieur de notre relation
à Dieu. Au fond, nous ne sommes pas vraiment chrétiens et chrétiennes;
nous le devenons. Et notre prière ressemble souvent à celle de
l'Ancien Testament. Elle a à devenir vraiment chrétienne,
semblable à celle du Christ. Avec l'Esprit Saint qui prie
avec nous, notre prière est appelée à devenir, à la manière
du Notre Père, la prière de l'enfant de Dieu que je
suis... et que je deviens.
Il n'est pas nécessairement mauvais ou inutile que ces passages ou ces
images de l'Ancien Testament nous écorchent un peu les lèvres.
Elles cultivent en nous le désir de demander à Dieu qu'il
purifie notre coeur des violences et des haines. Ainsi, notre
prière devient toujours plus vraie parce qu'elle respecte le
vrai visage de Dieu. Pour extirper le mal en nous, encore
faut-il être capable de le reconnaître, de le nommer. Quoi
qu'on pense, à certaines heures, nous vivons beaucoup plus près
de l'Ancien Testament que de l'Évangile.
C.L.H.: Jésus a cité le Psaume 109 (110).
Pourriez-vous nous rappeler le contexte dans lequel cela eut
lieu? Quel sens Jésus semble-t-il donner alors à ce psaume?
P.H.P.: Jésus a cité le premier verset du Psaume 109 (110). «Oracle
du Seigneur à mon Seigneur: 'Siège à ma droite, jusqu'à
ce que j'aie mis tes ennemis comme un escabeau sous tes
pieds'». Cette citation revient dans les trois synoptiques (Marc
12, 35-37; Matthieu 22, 41-46; Luc 20, 41-44),
dans un contexte semblable. Jésus argumente avec les pharisiens
et les scribes sur l'identité du Messie. Il pose à ses
interlocuteurs une question d'interprétation à propos de ce
verset du Psaume 109 (110).
À l'époque, la tradition faisait du roi David l'auteur du psautier,
c'est-à-dire de l'ensemble des Psaumes. Jésus demande aux
scribes et aux pharisiens comment David peut appeler «Seigneur»
ce personnage que Dieu invite à s'asseoir à sa droite, à
partager sa seigneurie divine. On admettait communément à l'époque
que le Messie devait être le fils de David. Or la
tradition identifiait ce personnage du Psaume 109 (110)
au Messie. D'où le problème: comment celui qui est fils
de David, donc né de David, peut-il être en même temps le
Seigneur de David? Pouvait-on donner les deux titres à la même
personne? En énonçant ce problème, Jésus posait la question
de l'identité du Messie. Le Psaume 109 (110) laisse
entendre que le Messie est plus qu'un fils de David puisque
David l'appelait «Seigneur».
Jésus questionnait ainsi toute l'attente messianique de son temps et
soulevait la question de sa propre identité. Seules sa résurrection
et sa glorification pouvaient y apporter une réponse. L'Église
primitive en viendra à affirmer que Jésus, en plus d'être
Fils de David selon la chair, est le Seigneur universel en vertu
de sa résurrection et de son lien privilégié avec Dieu.
C.L.H.: Merci, monsieur Plamondon, de nous avoir apporté
quelques pistes pour nous aider à prier avec le Psaume 109
(110).
Entrevue réalisée par Jean Grou.
Cet article est paru dans le nunéro 1 (printemps 1994) de la revue Célébrer
les Heures. On peut communiquer avec la revue en écrivant à
Célébrer les Heures, 2715, chemin de la Côte
Sainte-Catherine, Montréal (Québec), H3T 1B6, Canada.
La
revue Célébrer les Heures s'associe à Spiritualité
2000 pour vous proposer un article par mois. La revue
s'adresse aux personnes qui célèbrent la liturgie des Heures.
Depuis sept ans, elle paraît quatre fois l'an. On peut
communiquer avec la revue en écrivant à Célébrer les Heures,
2715, chemin de la Côte Ste-Catherine, Montréal (Québec) H3T
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