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Spiritualite2000.com
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Mars
2001 |
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- Espaces évangéliques
- par Daniel
Cadrin, o.p.. Institut de pastorale (Montréal)
Dans le Nouveau Testament, nous rencontrons Jésus et ses disciples sur
la montagne, au désert, sur la route, dans des maisons, dans un
jardin et dans des villes, au temple et au bord de la mer.
Quelles sont les significations de ces espaces, hier et
aujourd'hui? Ont-ils des «couleurs spirituelles» propres?
Daniel CADRIN, bibliste et directeur de l'Institut de
pastorale des Dominicains à Montréal, parcourt avec nous ces
lieux pour nous faire découvrir leurs diverses harmoniques.
Dans les évangiles, Jésus se déplace d'un endroit à l'autre et
d'une ville à l'autre: de Nazareth à Capharnaüm, de Jéricho
à Jérusalem, etc. Ces lieux sont bien concrets mais, à cause
de leurs caractéristiques propres et de leur enracinement dans
l'Ancien Testament, ils sont chargés d'un sens plus
profond. Ils deviennent des espaces symboliques, qui nous
parlent de l'expérience spirituelle et de la prière. Chaque
évangile a ses lieux privilégiés, même si évidemment tous
ces lieux se retrouvent dans chacun.
Dans cet article, je soulignerai les caractéristiques de certains de ces
lieux: la montagne, la route, la maison, le désert. chacun est spécifique,
dans le visage de Dieu qu'il évoque et l'attitude spirituelle
qu'il suggère. Une expression ou une attitude corporelle
pourrait aider à entrer davantage dans «l'esprit» de ces
lieux et favoriser la prière personnelle ou communautaire. Dans
cette perspective, la présentation de chaque lieu est suivie de
quelques propositions pour soutenir et stimuler la prière.
LOUER DIEU SUR LA MONTAGNE
La montagne, par sa réalité même, évoque stabilité, hauteur, mystère.
Dans les traditions religieuses, elle est un lieu sacré, médiation
de la descente de Dieu et de la montée humaine. Dans l'Ancien
Testament, elle est le lieu privilégié du culte, du don de la
Loi et de l'Alliance; la spiritualité du pèlerinage s'y
rattache, car le Temple est placé sur un haut lieu. Le Dieu qui
se révèle sur la montagne est puissant, mystérieux, protecteur;
sa gloire et sa sainteté sont mis en évidence. Dans les évangiles,
ces éléments se retrouvent et, surtout en Matthieu, les
temps forts se passent en cet endroit: une des tentations, la
transfiguration, l'enseignement des Béatitudes, le retrait pour
la prière, le don des pains, la mort de Jésus, l'envoi en
mission. Jésus s'y manifeste comme le Seigneur et le Maître
qui donne la Parole.
La montagne est ainsi l'espace où écouter la parole, recevoir notre
vie comme un don et rendre grâces. Elle appelle à la louange et
à l'adoration. L'Église y célèbre comme peuple de Dieu
universel, lumière du monde et témoin de l'absolu de Dieu. La
prière y est collective ou individuelle, centrée sur la grandeur
du Dieu vivant. L'expression corporelle qui exprime bien
l'attitude priante de la montagne est la prosternation profonde
ou la station debout, les mains élevées vers le haut.
SUIVRE JÉSUS SUR LA ROUTE
Descendre de la montagne et se retrouver sur la route, c'est entrer
dans un autre univers, non seulement physique mais symbolique. La
route évoque l'inconnu et l'horizon, la mobilité et le
nomadisme; elle est le lieu des peurs et dangers mais aussi des découvertes
et rencontres. L'Ancien Testament est riche d'expériences qui
s'y rattachent: le départ d'Abraham et la promesse de Dieu;
l'exode et la marche vers la Terre promise; le pèlerinage comme
recherche de Dieu; la Loi elle-même comme chemin de vie. Le Dieu
de la route est guide et compagnon, qui soutient et dérange, qui
invite à ne pas s'installer et à repartir. Dans les évangiles,
surtout en Luc et en Marc, la route est par
excellence le lieu de la suite de Jésus et de la mission. Jésus
y prêche, guérit, enseigne, interroge, voyageant avec des
bagages légers, invitant à devenir disciples, dans le risque et
la confiance. Jésus s'y manifeste comme le compagnon et le maître
auquel ses disciples sont liés de façon personnelle, et aussi
comme étant lui-même le chemin et la voie.
L'espace de la route est celui des cheminements et détachements, de
l'itinérance et du témoignage joyeux. La route fait appel à
la disponibilité et à l'espérance. L'Église célèbre sur
la route comme un peuple de pèlerins en marche, une communauté
de disciples attachés à Jésus et poursuivant sa mission. La prière
y est celle d'une équipe qui fait pause, qui chantonne en
marchant, compagnons s'entraînant et s'éclairant pour mieux
tenir. Diverses positions peuvent exprimer l'expérience de la
route: se tenir debout, main sur le front, regardant au loin;
marcher, aller et venir; s'asseoir mais sans trop de confort, prêts
à partir sur-le-champ.
FAIRE COMMUNAUTÉ DANS LA MAISON
Avec la maison, nous quittons l'incertitude de la route pour nous
retrouver en un lieu d'accueil, de repas et de fête, associé
à la famille et à la sécurité mais aussi aux conflits autour
de la table et à propos de la place de chacun. Dans l'Ancien
Testament, la maison évoque d'abord la descendance et
l'hospitalité, le monde des relations et des solidarités, mais
aussi les risques de l'installation et de la richesse. Elle est
particulièrement associée au Temple, lieu saint de la présence
de Dieu avec son peuple, espace sacré par excellence où le
peuple célèbre et se constitue en communauté d'appartenance,
avec les enjeux de l'exclusion et de l'universalité. Le Dieu
qui se fait présent dans la maison est proche et entourant; il
est celui qui demeure parmi nous, avec nous et qui reste saint.
Dans les évangiles, surtout Luc et Jean,
rencontres, guérisons, enseignements ont lieu dans la maison,
ainsi que les repas avec les exclus, les fêtes de la Cène, et
les défis du service à table. Jésus s'y montre tant le
serviteur que le rassembleur, il est pain de vie offert et
finalement la maison elle-même puisque son corps est le nouveau
Temple.
La maison, comme lieu symbolique, est l'espace de la communion et du
service. Elle invite à des attitudes d'accueil de l'autre, de
partage du pain et de la parole, et de réjouissance. L'Église
y est le nouveau Temple et le Corps du Christ, à recevoir et à
construire pour que prenne forme une communauté fraternelle. La
prière y est spontanément communautaire et festive. Diverses
expressions sont possibles: s'asseoir en cercle ou autour de la
table, mains jointes; se tenir debout en mouvement pour le
service, mains actives.
LUTTER AU DÉSERT
Il faut savoir sortir de la chaleur de la maison pour aller au désert,
lieu aride et désolé, espace d'errance et de solitude, repaire
des forces hostiles mais aussi refuge et lieu des renaissances. Le
désert joue un rôle central dans l'Ancien Testament: il
rappelle l'exode et le passage libérateur, l'épreuve et la rébellion;
c'est aussi le lieu du rendez-vous amoureux entre Dieu et son
peuple. Dieu s'y révèle comme guide et protecteur miséricordieux,
mais aussi comme Dieu caché et exigeant, et comme amant passionné.
Dans les évangiles, surtout Marc et Jean,
l'appel à la conversion y retentit; Jésus va s'y rendre pour
vivre l'épreuve mais aussi pour prier. Il s'y manifeste comme
un ami intime de Dieu et comme étant lui-même eau vive.
Se retirer au désert, c'est entrer dans l'espace des combats intérieurs,
c'est accepter la traversée de la nuit, au plus profond de soi,
c'est entendre l'appel à renaître et à faire des choix.
L'Église y est peuple croyant, refusant les idoles et
renouvelant son histoire d'amour avec Dieu. La prière y est
plus intérieure, personnelle et silencieuse. Pour favoriser
l'entrée en désert, on peut s'asseoir en position de méditation,
mains ouvertes, dans l'attente; ou se tenir debout, en position
de combat, le regard attentif.
D'UN ESPACE À L'AUTRE
En lisant les évangiles, nous nous promenons d'un lieu à l'autre;
les tentations en Matthieu en sont un bon exemple. En
chacun de ces lieux, le peuple de Dieu est constitué et
l'alliance est présente, donnée sur la montagne, rompue et
renouvelée au désert, célébrée dans la maison et mise
en pratique sur la route. Des connivences variées existent entre
les lieux: montagne et maison évoquent davantage présence et
stabilité, alors que route et désert sont des espaces de mobilité
et d'absence. Montagne et désert invitent au retrait
contemplatif, alors que route et maison sont plus relationnels et
actifs. D'autres lieux pourraient être explorés: la mer, qui a
des affinités avec le désert; le jardin, qui permet de relire
toute la Bible; la ville qui intègre des éléments de la maison,
de la route et de la montagne.
Quand nous prions, l'attention aux lieux dans les textes bibliques et
évangéliques peut nous aider à entrer davantage dans l'espace
spirituel qui est le leur, pour y prier avec tout notre être et
pour découvrir le lieu dans toutes ses harmoniques.
Cet article est paru dans la revue Célébrer les heures, no 22, été
1999. Dans ce numéro consacré aux espaces liturgiques, on
trouvera un article d'Isabelle Renaud-Chamska, «Il faut entrer»
sur la visite d'une «église imaginaire». Le frère
Didier de Tamié (France) parle de l'art floral dans son article
«Deux notes qui s'aiment...» Enfin, Denis Gagnon, O.P., réfléchit
sur les lieux où célébrer la liturgie des Heures, «N'importe
où, mais...»
La
revue Célébrer les Heures s'associe à Spiritualité
2000 pour vous proposer un article par mois. La revue
s'adresse aux personnes qui célèbrent la liturgie des Heures.
Depuis sept ans, elle paraît quatre fois l'an. On peut
communiquer avec la revue en écrivant à Célébrer les Heures,
2715, chemin de la Côte Ste-Catherine, Montréal (Québec) H3T
1B6 Canada.
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