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Avril
2002
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Pitié pour moi, Yahvé,
vois mon malheur (Ps 9,14)
Seigneur, vois mon malheur et ma peine (Ps
25,18)
Je me plains et frémis (Ps 55,18)
Mon il est usé par le malheur
(Ps 88,10)
Je déverse devant lui ma plainte
(Ps 142,3)
Ils sont nombreux les psaumes où
des croyants crient leur malheur. Souffrance., maladie,
échec, incompréhension, angoisse, insécurité,
péché : tout y passe du visage multiforme
de la misère et de l'épreuve humaines.
Cependant, il ne faut pas l'oublier, le
psautier s'ouvre par une proclamation de bonheur :
Heureux est l'homme, celui-là
(Ps
1,1). Et il est au moins un psaume dans lequel, d'un bout
à l'autre, un croyant ne fait que chanter son bonheur,
ne parlant que de joie , de plaisir
ou de délices , pour lesquels
il bénit son Dieu.
Garde-moi, ô Dieu, mon refuge est en toi
: le psaume 16 (15, dans la numérotation
liturgique) est tout entier concentré dans cette
formule initiale, car la suite ne fait qu'en expliciter
en ordre inverse les deux membres.
Mon refuge est en toi
Cette part de l'affirmation est développée
dans la première partie du psaume (versets 2-6).
Là, il est question de l'engagement du croyant
à l'égard de Yahvé.
Cet engagement s'est traduit à travers une option
ferme et durable : J'ai dit au Seigneur : 'C'est
toi mon bonheur' (v. 2). Et cette option l'a emporté
sur d'autres qui se présentaient et qui continuent
d'ailleurs d'en séduire plus d'un dans l'environnement
du croyant. Au lieu de céder à des cultes
étrangers, au lieu d'accrocher sa vie à
des idoles multiples et changeantes (vv. 3-4), voici quelqu'un
qui, dans un idéal de totalité et de permanence,
a mis tous ses ufs dans le même panier, ouvrant
sa vie au Dieu unique et faisant de la référence
à lui une valeur absolue.
Et c'est dans cette option durable, précisément,
qu'il trouve le bonheur. Sa relation à Dieu s'est
approfondie et lui est devenue précieuse comme
un domaine dont on a hérité, comme une bonne
terre que la corde de l'arpenteur a délimitée
pour soi, où l'on aime à se réfugier
et où l'on se sent en sécurité (vv.
5-6). On croit déjà entendre la sérénité
confiante de Paul : Je sais en qui j'ai mis ma
foi (2 Tim 1,12).
Garde-moi, ô Dieu
Après l'engagement du croyant envers
Dieu, voilà que la deuxième partie du psaume
(vv. 7-11) parle de l'engagement de Dieu envers le croyant.
A l'option posée par ce dernier, répondra
la protection de Dieu. Et, de même que son option
se veut durable, la protection de son Dieu, il en est
assuré, le sera aussi.
Cette présence durable de Dieu, le priant du psaume
est sûr d'en bénéficier dès
maintenant : Je garde le Seigneur devant moi sans
relâche. Puisqu'il est à ma droite, je ne
puis chanceler (v. 8). Mais sa certitude ne s'arrête
pas là. Il compte encore sur la protection de Dieu
pour l'avenir : Tu n'abandonneras pas mon âme
au shéol, tu ne laissera pas ton ami voir la tombe
. (v. 10). Que veut-il dire exactement? Sans doute,
dans la perspective plus primitive de la foi d'Israël,
exprime-t-il l'espoir que Dieu lui accordera santé
et longue vie, qu'il le préservera d'une mort prématurée.
Il n'est pas un Dieu des morts
mais des vivants
Si telle était originellement l'attente
du psalmiste, d'autres croyants ne tarderont pas à
emprunter sa prière en y coulant une espérance
plus ample.
Il faut dire que le psaume lui-même y prêtait.
Tout se passe en effet comme si, déjà, en
finale, la perspective s'y élargissait et comme
si le croyant envisageait les horizons d'une vie vécue
pour de bon dans la communion à Dieu : Tu
m'apprendras le chemin de vie, devant ta face plénitude
de joie, à ta droite délices sans fin
(v. 11).
Toujours est-il que, lorsque viendra pour
elle le temps de traduire le psaume en grec, la communauté
juive témoignera d'une lecture approfondie . Et
c'est ainsi qu'au verset 10, on rendra tu ne laisseras
pas ton ami voir la fosse par tu ne laisseras
pas ton ami voir la corruption . La protection de
Dieu, dès lors, ne consistait plus seulement à
préserver d'une mort prématurée,
mais à tirer quelqu'un de la corruption du tombeau.
Et c'est ainsi compris que, tout naturellement, après
Pâques, les premiers chrétiens appliqueront
à la résurrection de Jésus le passage
du psaume, comme en témoignent le discours de Pierre
à la Pentecôte (Ac 2,31) et celui de Paul
à la synagogue d'Antioche de Pisidie (Ac 13,35).
Tiré de la corruption du tombeau et exalté
à la droite de Dieu, le Ressuscité partageait
désormais la plénitude de la communion à
lui.
Puisque j'ai mis en Dieu mon refuge,
Dieu me protégera : telle était,
pour l'essentiel, la certitude exprimée dans le
psaume 16. Il me protégera, à la
vie à la mort , comprendront plus tard des
croyants juifs, puis chrétiens. Car si Dieu est
le Dieu de quelqu'un, se dira-t-on, il ne peut l'être
que pour de bon, la mort elle-même ne saurait briser
la relation à lui.
Cette vision-là paraît avoir
été celle de Jésus lui-même,
comme en témoigne la réponse qu'il fit un
jour à un groupe de sadducéens mettant en
doute l'espérance de la résurrection des
morts (Mc 12,26-27). Dieu, protestera-t-il, n'est
pas un Dieu des morts mais un Dieu des vivants .
Le psaume , dès lors, avait trouvé sa pleine
portée : C'est toi mon bonheur. Tu m'apprendras
le chemin de vie