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Spiritualite2000.com
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4
novembre 2001
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L'amour
a fait aimer
par Denis Gagnon, o.p.
ous
ceux et celles qui ont fait de la catéchèse au cours
des trente dernières années connaissent bien Zachée.
Surtout les plus jeunes. Un personnage attachant que les enfants
perçoivent comme un des leurs. Il n'est pas grand. Il n'a
pas sa place dans la foule des grandes personnes. Il n'a pas sa
place parmi les gens bien élevés. C'est un publicain,
un collecteur d'impôts qui profite de sa fonction pour s'enrichir.
Pour voir passer Jésus, Zachée doit recourir à
un moyen d'enfant: grimper et grimper dans un arbre. Pas très
élégant pour une grande personne, surtout une grande
personne qui occupe une fonction.
Zachée est donc juché sur un arbre quand Jésus
passe. Et Jésus le remarque. La foule pourrait accaparer
le Christ, le distraire, mais Jésus remarque Zachée,
le petit dans son arbre.
_ Zachée, descends vite: aujourd'hui il faut que j'aille
demeurer chez toi.
_ Chez moi, Seigneur? Mais la maison n'est pas en ordre. Je n'attendais
pas de visite et surtout pas la tienne. Et je n'ai pas de mets
recherchés dans mon garde-manger. Seulement de la nourriture
de tous les jours.
_ Il faut que j'aille demeurer chez toi, Zachée! Pas ailleurs!
Pas dans une maison spécialement aménagée
pour moi! Chez toi, dans ton quotidien bien ordinaire. Sans que
tu fasses des cérémonies pour me recevoir.
Reçois-moi à même tes habitudes, tes aspirations,
ton labeur de petite semaine, ta vie de tous les jours.
_ Mais aujourd'hui, Seigneur? Pourquoi pas un peu plus tard.
Quand je me serai fait à l'idée.
_ Ce n'est pas dans mes habitudes de différer mes faveurs
quand je veux les offrir. Tu n'as pas besoin de dispositions spéciales
pour te laisser aimer. Lâche prise, Zachée. Plonge.
Descends de ton arbre. Accepte le risque de me recevoir.
_Mais, Seigneur, depuis quand un prophète fait des honneurs
aux riches et aux publicains? Et toi qui parles comme Dieu, tu
oses t'adresser à un pécheur, un voleur de pauvres,
un banni du temple, un rejeté des grands prêtres
et des scribes. Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir.
_ Mais je peux dire une parole, une seule parole!...
_ Tu peux dire seulement une parole, Seigneur, et je serai guéri?
Au temple de Jérusalem, on fait des sacrifices d'agneaux
pour être purifiés de nos pécheurs. Et toi,
une seule parole suffit...
_ Zachée, ton compatriote Jean Baptiste a dit que je suis
l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde.
_ Alors prends pitié de nous, donne-nous la paix! Prends
pitié de moi, donne-moi la paix!
Zachée descendit donc de son arbre. Il rentra à
la maison avec Jésus. Ils mangèrent ensemble. L'évangile
ne dit rien de la conversation à table. Il rapporte seulement
deux réparties. L'une de Zachée: Voilà,
Seigneur: je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens.
(C'est beaucoup donner, la moitié de ses biens!) Et si
j'ai fait du tort à quelqu'un, je vais lui rendre quatre
fois plus. (La loi n'en demandait pas tant!)
Comme dans Le Visiteur d'éric-Emmanuel Schmitt, l'inconnu
dit à Freud: Pourquoi vous aurais-je faits si ce
n'était par amour? Mais vous n'en voulez pas de la tendresse
de Dieu, vous ne voulez pas d'un Dieu qui pleure... qui souffre...
Oh oui, tu voudrais un Dieu devant qui on se prosterne, mais pas
un Dieu qui s'agenouille. (Actes-Sud, 1995) Zachée
s'attendait de rencontrer un juge, il a reçu chez lui la
bonté, la tendresse, la compassion. L'amour était
au rendez-vous.
La conclusion de Jésus: Aujourd'hui, le salut est
arrivé pour cette maison, car lui aussi est un fils d'Abraham.
Le salut n'est pas arrivé parce que Zachée a réparé
ses injustices. Le salut est arrivé parce que la tendresse
de Dieu que Jésus a manifestée, cette tendresse
a envahi Zachée. Et l'invitation est devenue invitante,
si on peut dire. L'amour a fait aimer.
- Radio Ville-Marie 91.3
FM
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