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28
novembre 2001
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Enfants heureux recherchés
par Denis Gagnon, o.p.
ouvent,
je traverse la semaine en passant d'une activité à
l'autre, sans de véritables liens entre elles. Parfois,
un seul travail m'absorbe complètement. Quelquefois, un
élément prend de la place sans que je l'aie voulu.
C'est le cas de cette semaine. Bien des choses m'ont tenu occupé,
mais des enfants ont peuplé mon univers. Ils se sont faufilés
entre les activités ou en plein coeur de celles-ci. Sans
crier gare! Comme ils prennent leur place (ou de la place!) dans
une réception ou une fête. Ils sont là. Ils
s'imposent avec toute leur innocence d'enfant.
Cette
semaine, il y a eu Sybille à Paris. Elle vient de naître
pour le bonheur d'Anabel et de Hugues. Grâce à l'Internet,
les photos de la tendresse me sont parvenues. De son côté,
Véronique m'annonce qu'elle est enceinte. Elle a déjà
les yeux qui brillent (car les femmes enceintes ont les yeux qui
brillent, j'en suis persuadé!) Et j'apprends que François
est parti au Vietnam rencontrer une petite orpheline que lui et
Marie-Claude vont adopter au cours des prochains mois. Et il y
a Timothée, mon filleul, que je n'ai pas vu depuis un mois
et dont je m'ennuie. Et Justine qui va à l'école
comme une grande et que j'ai raté parce que je n'étais
pas à la fête de famille.
Parmi
tous ces chéris s'est glissé un enfant qui m'a bouleversé.
C'était au bulletin de nouvelles de la télé.
Dans le paysage de l'Afghanistan. Il a environ dix ans. Tout au
plus douze. La pelle à la main, il creuse une fosse. Tout
près, le corps inerte d'une victime de la guerre.
Oui,
un enfant! Un enfant plein de vie qui creuse la fosse de la mort.
La mort d'un autre, mais déjà aussi la sienne. Déjà!...
Au départ de la vie, envisager déjà son terme!
Finie déjà la belle insouciance de la jeunesse!
Finie déjà la naïveté de se croire immortel!
Finis les rires fous et les taquineries des petits bonheurs d'enfant!
Finis les rêves et les projets éternels!
Allez,
Sybille, Timothée, Justine et les autres, grandissez vite!
Ça presse! Il y a un enfant qui a besoin de vous. Il doit
jouer au ballon pour oublier qu'il a creusé la fosse de
la mort. Il doit oublier, encore quelques années, l'angoissante
et sombre pensée de sa finitude.
La
mort, faut pas penser à ça trop jeune. Faut d'abord
faire des folies, gambader pour le plaisir de gambader, laisser
les grands avec leurs peurs et foncer sans arrière-pensée.
À travers tout cela, on accumule une réserve de
quiétude et de sérénité. Plus tard,
on pourra envisager la dure réalité, lui faire face,
l'apprivoiser, envisager l'issue. Le dynamisme amassé aidera
à avaler la pilule, l'amère potion. On aura eu le
temps de savourer la vie et de se rassasier de sa sagesse pour
regarder l'issue et l'au-delà avec un regard moins angoissé.
Le
lendemain du 11 septembre, une jeune maman m'écrivait son
angoisse de lancer, dans le monde et tous ces dangers, un enfant
qui a droit de rire et de ne pas connaître les horreurs
des guerres, du terrorisme, de la méchanceté. J'ai
répondu: Tu as raison de t'inquiéter. Le mal
est toujours là. Il se glissera dans la vie de ton petit.
C'est inévitable. Mais il faut que des enfants naissent
pour que d'autres fabriquent le bonheur mieux que nous l'avons
fait nous-mêmes. Il faut des enfants heureux pour voler
au secours des malheureux.
Il faudrait placarder les babillards et les murs des villes et
des villages avec une affiche qui dirait:: Enfants heureux
recherchés pour sécher des larmes et pour jouer
au ballon! Prière de se présenter rue de la Tristesse,
carrefour de la Guerre, jardin de la Mort. Pouvoir rire spontanément
pour en éveiller le goût. Être capable de laisser
paraître sa joie pour en entraîner d'autres.
- Radio Ville-Marie 91.3
FM
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