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17
novembre
2000 |
Plus beau qu'un corps parfait.
par Denis Gagnon, o.p.
Ces
jours-ci, un journal (Le Journal de Montréal du mercredi
16 novembre 2000) publiait un article sur la chirurgie esthétique.
Dorénavant, si vous avez beaucoup d'argent,
vous pouvez vous offrir le corps de vos rêves. Vos biceps
laissent à désirer? Rendez-les fermes avec un coussinet de
silicone. Vous avez le postérieur plutôt flasque? Faites-le
rebondir en lui insufflant un peu de plastique. Redonnez-vous les
mollets de vos vingt ans. Bref, faite-vous sculpter le chef d'ouvre
du siècle! Devenez la huitième merveille du monde!
On peut
presque tout faire maintenant avec le corps humain. Concevoir un
enfant et lui donner naissance, c'est devenu presque banal,
pensez-vous. Aujourd'hui, on vous refait à neuf comme on
requinque une vieille bagnole. On peut même vous cloner pour vous
permettre d'être admirés à profusion grâce à ce qui
s'apparente à de l'ubiquité.
La chose
peut faire sourire. Au moins ceux et celles qui se sont résignés
à la décrépitude de leurs chairs. Ou qui s'acceptent comme
ils sont. Ou qui ont d'autres rêves. Mais pourquoi nous
surprenons-nous un jour ou l'autre à désirer avoir un corps
parfait? D'où nous vient ce besoin de la perfection esthétique?
Ce besoin, d'ailleurs, ne se limite pas à notre corps. Nous
voulons aussi nous donner une belle personnalité. Nous cherchons
à acquérir une culture harmonieuse. Nous désirons une vie
spirituelle parfaite. Bref, nous poursuivons l'excellence en
tout. Pourquoi?
Derrière
une telle recherche, il y a simplement le désir d'attirer
l'attention, d'être reconnu, d'être aimé. Nous n'y échappons
pas. C'est même habituellement un signe de santé. Il n'est
que normal de vouloir faire sa place parmi les autres. Il est
tout-à-fait justifié de souhaiter que les autres nous aiment.
Nous en avons besoin pour vivre. Quiconque se sent rejeté sombre
dans la tristesse et peut même souhaiter disparaître. À quoi
bon vivre sans reconnaissance?
Mais entre
le légitime besoin d'être aimé et l'idolâtrie de soi-même
ou le narcissisme, il y a une grande marge. L'égocentrisme et
le culte de soi ne permettent pas des relations de qualité avec
les autres. L'amour ne peut circuler à son aise. Il est bifurqué
vers soi qui devient l'unique pôle d'attraction. Il y a des
recherches de perfection qui sont maladives au point qu'elles
paralysent la véritable perfection.
Ne serait-ce
pas mieux de laisser Dieu continuer son oeuvre en nous? Ne
serait-ce pas préférable de laisser le créateur poursuivre
notre perfectionnement? Nous laisser modeler par lui, accepter son
rêve sur nous plutôt que de nous accrocher à nos rêves à
nous? Cela ne signifie pas que nous ayons à demeurer passifs dans
la croissance de notre être. Nous apportons notre collaboration.
Nous contribuons à notre propre développement. La création de
notre être est un travail d'équipe entre Dieu et nous. Nous
faisons les pas qui nous reviennent, et Dieu les siens.
Mais Dieu
reste le maître d'ouvre. Et c'est tant mieux pour nous. Une
telle perspective nous garde dans la liberté et l'ouverture. Et
cette liberté comme cette ouverture sont, sans aucun doute, ce
qu'il peut y avoir de plus beau et de plus aimable dans un être
humain. Plus beau encore que le corps le mieux modelé de
l'univers.
- Radio Ville-Marie
- « Rythme du matin »
- 17 novembre 2000
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