|
Spiritualite2000.com
|
|
18
mai 2001 |
Un
souvenir en chair et en os
par Denis Gagnon, o.p.
Je regardais le petit garçon. C'était
le père en peinture! Le même visage carré, le même nez, la même
tension dans les yeux. Mais le sourire, lui, il venait de la mère,
un sourire tranquille, celui de la confiance et de la sérénité.
Je regardais le petit garçon et je voyais les parents. De cet
homme et de cette femme, il était une présence, un rappel, un
souvenir. Un souvenir comme une photo nous rappelle quelqu'un.
Je savais cependant que le souvenir ne se
limiterait pas à ces apparences. Il serait plus qu'un trait
de visage ou la petite fossette de la joue. Cet enfant
partageait la vie de son père et de sa mère. Il les écoutait
parler. Il les voyait agir. Il adoptait déjà la démarche, les
points de vue, la manière de juger des situations. Peut-être,
devenu adulte, serait-il aussi vif que son père, aussi pondéré
que sa mère. Pas une copie conforme, car il aurait droit à sa
personnalité propre, à ses options personnelles. Mais une part
de la richesse familiale lui était transmise, qu'il léguerait
lui-même à ses descendants. D'une génération à l'autre
se perpétuerait le souvenir, un souvenir très concret.
Ce qui était en train de se produire pour
ce petit garçon arrive à peu près à tout le monde. Nous
sommes tous et toutes les portraits de nos parents. C'est
aussi ce qui survient à ceux et celles qui choisissent de
suivre Jésus Christ. La veille de sa mort, Jésus disait à ses
disciples: «L'Esprit Saint que le Père enverra en mon nom,
lui, vous enseignera tout et il vous fera souvenir de tout ce
que je vous ai dit.» L'Esprit peut bien nous rappeler les
paroles de Jésus, son enseignement. Il peut nous éclairer au
sujet de la pensée et du message de Jésus. Mais il me semble
que le souvenir de Jésus que nous transmet l'Esprit va
beaucoup plus loin. L'Esprit nous fait devenir nous-mêmes un
souvenir vivant, un souvenir en chair et en os. Saint Paul ne
disait-il pas: «Ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ
qui vit en moi»?
Si nous vivons du message du Christ, si
nous adoptons sa mentalité, si nous nous engageons sur la même
route que lui, ce n'est pas par simple mimétisme. C'est
principalement, et même exclusivement, parce que l'Esprit du
Christ nous habite et fait oeuvre de création en nous. Il nous
adapte au Christ, il nous transforme en lui. En parlant de la
relation entre les disciples et lui, Jésus utilisait l'image
de la greffe. Une branche greffée sur un arbre en reçoit la sève.
Par conséquent, elle se nourrit de la vitalité de l'arbre;
elle finit par se transformer en l'arbre; elle en adopte les
caractéristiques. Bref, elle devient l'arbre lui-même. Ainsi
en est-il de l'homme ou de la femme qui aime le Christ, qui
reste fidèle à sa Parole. De celui-là, de celle-là, Jésus
dit: «Mon Père l'aimera, nous viendrons chez lui, nous irons
demeurer auprès de lui.»
Mystérieuse relation où se rejoignent
l'humain et le divin. Mystérieuse communion entre le ciel et
la terre. Le Christ n'est vraiment pas absent. Les croyants et
les croyantes en sont la perpétuelle présence, l'incroyable
présence jusqu'à la fin du monde...
Radio Ville-Marie 91.3 FM
« Rythme du matin »
18
mai 2001
Retour en haut
|