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29
juin 2001 |
Quand
Dieu se tait...
par Denis Gagnon, o.p.
Ce
qui est le plus mystérieux sur la terre, c'est le mal. Le
bien peut parfois nous étonner, mais le mal le surpasse en étonnement.
Le bien nous va tellement bien que nous l'accueillons tout
naturellement. Mais chaque fois que nous voyons apparaître le
mal, nous sentons un malaise nous envahir, parfois de la
crainte, souvent de l'angoisse. Nous avons l'impression
que le mal peut
nous détruire ou du moins nous choisir comme sa victime.
Le coeur se
serre dans notre poitrine quand nous voyons un malade en phase
terminale. Des images de massacre nous remuent parfois profondément.
Nous nous indignons en entendant la nouvelle d'un
assassinat. Nous sommes très bouleversés quand les victimes
du mal sont des enfants ou des faibles. Des innocents à qui
on ne peut rien reprocher subissent des sévices ou attrapent
des maladies qui les font terriblement souffrir.
Ce qui est
le plus pénible, c'est de ne pas comprendre. Souvent, le
mal arrive sans crier gare. Il blesse sans s'expliquer. Nous
aimerions comprendre. Nous n'avons que des pourquoi à la
bouche et dans la tête, des pourquoi qui ne reçoivent pas de
réponse. C'est la plus grande souffrance. Avoir
l'impression que le mal n'a pas de sens, qu'il frappe
aveuglément.
Dans les
pires moments, le malade ou la victime se demande si Dieu
existe vraiment et, s'il existe, pourquoi il n'intervient
pas. Un jour, dans un camp de concentration, des prisonniers
avançaient à la file indienne vers le four crématoire.
D'autres prisonniers regardaient le spectacle dans un
silence déchirant. Soudain une voix s'est écriée: «Mais
où est Dieu?» L'écrivain juif, Élie Wiesel, qui raconte
le fait dans un de ses ouvrages, ajouta: «Dieu, mais il
rentrait au four crématoire!»
Oui, Dieu
souffre quand un être humain souffre. Dieu est défiguré
quand le mal défigure un être humain. Dieu est blessé quand
on s'attaque à des humains. S'attaquer à l'image de
Dieu, c'est atteindre Dieu. Dieu n'est pas au-dessus de la
mêlée. Dieu n'agit pas dans le bras du bourreau. Dieu est
au côté de la victime. Dieu marche avec elle. Dieu partage
sa détresse.
Devant le
mal, le silence de Dieu n'exprime pas chez lui de l'indifférence.
Dieu se tait parce que les mots sont trop pauvres. Les mots
sont parfois indécents devant la souffrance et le mal. Seul
le silence parvient à dire la compassion, le soutien. Comme
lorsque quelqu'un est en train de mourir. Ce n'est pas le
moment de faire des discours. Tu prends la main de
l'agonisant, tu le touches, et cela vaut mille paroles. Le
silence de la compassion, le silence qui accompagne, le
silence qui partage.
Dieu
respecte ce qui se passe. Dieu est conscient du mystère qui
se joue dans la vie d'une personne aux prises avec la
souffrance, avec le mal. Et Dieu sait très bien qu'il n'y
a que le silence qui peut vraiment accompagner décemment. En
toute dignité.
Radio Ville-Marie 91.3 FM
« Rythme du matin »
29
juin 2001
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