|
Spiritualite2000.com
|
|
7
décembre 2000 |
Chemins de rencontre...
par Denis Gagnon, o.p.
Imaginez
Maisonneuve, Jeanne Mance ou Marguerite Bourgeoys qui se
retrouvent dans les rues de Montréal aujourd'hui! Quel serait
leur étonnement! En presque 360 ans depuis sa fondation, la ville
a changé radicalement. Des paysages que Maisonneuve n'aurait pu
imaginer, même avec l'imagination la plus créatrice qui soit.
À la place des arbres, des maisons, des gratte-ciel. Des
milliers de rues ont remplacé les minuscules sentiers des
premiers jours de la colonie. Le chant du vent dans les arbres est
étouffé par le bruit des véhicules de transport et les moteurs
de toute sorte qui ronronnent dans la ville.
Montréal
a beaucoup changé. Tout le pays et tout le continent se sont
transformés au point de ne retrouver des débuts que bien peu de
choses. Nous pouvons subir certains de ces changements, ne pas
vouloir en être responsables. Il n'en reste pas moins que ce
sont des humains qui en sont les auteurs. Pour de multiples
motifs, ils ont travaillé et continuent de travailler. Ils ont développé
et continuent de développer.
Derrière
les innombrables motifs de nos besognes, il y a le désir de vivre
ensemble. Nous construisons des maisons pour les habiter et y
vivre nos rencontres. Nous traçons des rues et des routes pour
mieux nous retrouver, partager un bout ou l'autre de la vie avec
d'autres. Nous ne sommes pas faits pour nous isoler les uns des
autres. Au contraire, il y a en chacun de nous un espace que
d'autres peuvent habiter. Nous laissons la porte ouverte. Nous
invitons à entrer. Oh, bien sûr, nous ne souhaitons pas être
envahis, mais nous ne pourrions nous sentir heureux si personne ne
faisait partie de notre intérieur. Le bonheur est lié étroitement
à nos habitations, les personnes que nous habitons, les personnes
qui nous habitent.
Aussi
cherchons-nous à tisser des liens. Nous faisons naître des amitiés.
Nous créons des alliances. Même les mauvais garnements
s'allient à d'autres, forment des gangs. À plus forte raison
les citoyens et les citoyennes au grand idéal rêvent à une société
où l'harmonie et la bonne entente rapprochent les uns des
autres.
Notre
coeur est grand, vaste comme les planètes et les espaces intersidéraux.
Il y a même en nous de la place pour Dieu. «Notre désir est
infini», aimait dire Catherine de Sienne. Infini pour Dieu
d'autant plus qu'il est infini comme Dieu. Jean-Baptiste a
raison de nous inviter à aplanir les sentiers, à tracer des
routes pour le Seigneur. Saint Augustin ne disait-il pas: «Nous
sommes faits pour Dieu et notre coeur n'aura de repos qu'en
lui»! Nous reposer en lui, le faire reposer en nous. Infini de
Dieu dans l'infini de notre désir.
Dieu
se reconnaît dans nos entreprises fraternelles, dans nos projets
de rapprochement. Dieu se sent à l'aise dans nos amitiés et
nos alliances. Et il perçoit nos amours comme autant
d'invitations qui lui sont adressées pour qu'il vienne à
nous. Il emprunte alors les multiples chemins que nous traçons
entre nous pour venir lui-même nous rencontrer.
Entre les premiers balbutiements de Montréal au temps de la colonie
et le brouhaha de maintenant, il n'y a pas beaucoup de points
communs. Sauf peut-être cette présence de Dieu dans nos rencontres
humaines. Présence de son amour dans nos amitiés. Présence de
sa sollicitude dans nos solidarités. Aujourd'hui comme hier, et
pour toujours.
- Radio Ville-Marie
- « Rythme du matin »
- 8 décembre 2000
Retour en haut
|