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4
décembre 2001
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Imaginons-nous
par Denis
Gagnon, o.p.
maginons-nous
saint Matthieu en train d'écrire son évangile en
ce début décembre 2001, après une rencontre
d'étudiants et d'étudiantes de l'Université
de Montréal (ou d'une autre université ou école
à travers le monde). J'imagine qu'il dirait à peu
près ceci:
Jésus
parlait avec de jeunes universitaires de sa venue:
_
L'avènement du Fils de l'homme ressemblera à ce
qui se passe sur le campus. Dans ces grands édifices pleins
d'étudiants et de professeurs, on étudie et on enseigne.
On lit de gros livres remplis d'idées savantes. On fait
des expériences plus ou moins scientifiques. On passe des
examens. On en réussit un certain nombre. On en coule quelques-uns.
On tombe en amour ou on met fin à des fréquentations.
On fait du sport et on écoute la télé. On
compte les sous qu'on a et ceux qu'on aimerait avoir. Et personne
ne se doute de rien jusqu'au jour où des étudiants
sont devenus plus savants que leurs professeurs, que d'autres
décident de se marier et de passer le reste de leur vie
ensemble, que d'autres partent travailler dans une région
éloignée simplement pour rendre service aux gens
qui vivent dans cette région, que d'autres reçoivent
les confidences de confrères et de consoeurs qui traversent
un malheur, que d'autres interviennent chaque fois qu'ils sont
témoins d'une injustice, que d'autres choisissent la non-violence
plutôt que l'intervention musclée.
Une
étudiante prit la parole et dit:
_ Veux-tu dire, Seigneur, que ta venue ressemble au quotidien?
Rien de spécial. Dans l'anonymat le plus complet. Et que
nous risquons de le manquer?
Jésus
reprit la parole:
_ Pas tout-à-fait. Tu peux le reconnaître dans le
sourire innocent d'un enfant qui vient te chercher jusqu'au fond
de tes tripes. Tu peux le remarquer dans l'engagement de ton voisin
qui fait partie de l'Action des chrétiens pour l'abolition
de la torture. Chaque mois, il envoie une lettre à un chef
d'état pour dénoncer une situation de torture. Un
geste d'affection peut attirer ton attention. Les réactions
contre la guerre en Israël ou en Afghanistan, les mouvements
pour la paix, la contestation des injustices, les organismes qui
viennent en aide aux défavorisés, le fond Partage
du Centre étudiant, le gars de Polytechnique qui prend
la peine d'expliquer à un autre un cours plutôt compliqué
qu'un professeur vient de donner. Tout cela, n'est-ce pas des
signes de ma venue?
_
Mais c'est de la vie courante tout cela, répliqua un autre
étudiant. Depuis toujours, il y a des bons gestes, de bonnes
paroles, des actions humanitaires, des protestations contre le
mal.
_
C'est vrai, dit Jésus. L'évangile a commencé
bien avant qu'on l'écrive. Bien avant que j'arrive comme
au sommet de cet évangile. La naissance d'hommes et de
femmes qui deviennent de plus en plus humains, c'est déjà
une manifestation de ma venue. Ce sont des hommes et des femmes
que Dieu greffe sur l'arbre que je suis, comme des sarments greffés
sur une vigne, comme des branches entées sur un érable.
_
Alors, si ta venue est si ordinaire, nous risquons de ne pas nous
en rendre compte?
_
Oui, mais... On peut aussi s'en rendre compte. Comme Noé
a senti le vent. Ou plutôt, d'après la Bible, comme
Dieu lui a donné du flair. Aujourd'hui, Dieu vous donne
la foi. C'est votre flair. Un regard différent sur ce qui
se passe, un regard qui permet de remarquer les signes de l'avènement
du Christ. Il y en a qui ont le flair et d'autres pas. Deux étudiants
préparent leurs examens. L'un est pris pour le Royaume.
L'évangile le passionne. La foi au Christ le fait vivre.
L'autre reste indifférent. Deux étudiantes font
du vélo: l'une est prise par sa foi, l'autre laissée.
_
Si je comprends bien, dit une étudiante. C'est à
l'heure où vous n'y penserez pas que le Fils de l'homme
viendra. C'est dans des situations qui n'attirent pas particulièrement
notre attention que tu te manifestes.
_
T'as raison, conclut Jésus. Veillez donc! Vous ne connaissez
pas le jour où votre Seigneur viendra.
En
ce début de décembre 2001, en rentrant à
la maison, chacun se demandait s'il n'avait pas quelque chose
à faire pour hâter la venue du Seigneur. Quelque
chose à vivre pour rester en état de veille. Pourquoi
pas une attention particulière au cours de la semaine à
une situation qui demande un plus grand souci de justice? Parmi
les activités de la semaine n'y en a-t-il pas une qui pourrait
être soignée pour qu'elle annonce la venue du Seigneur?
Une manière de vivre qui favorise la paix et la justice?
- Radio Ville-Marie 91.3
FM
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