Nos traditions du temps des fêtes ne seraient pas complètes
sans les rencontres de famille. C'est le temps des visites et
des réceptions. Nous fréquentons nos proches plus ou moins
régulièrement durant l'année. Mais nous ne pourrions pas
passer le temps de Noël sans nous permettre des soirées en
leur compagnie. C'est l'occasion de nous délecter de la
tourtière de grand-maman ou du sucre à la crème de tante
Marguerite!
En ces circonstances, nous retrouvons des neveux et des
nièces que nous ne voyons pas souvent. Des enfants qui
grandissent et des adolescents qui se transforment d'année en
année, et même de mois en mois. Rapidement, trop rapidement à
notre goût. Leurs mutations nous rappellent que nous
vieillissons nous aussi, même si les apparences ne le laissent
pas voir aussi facilement.
Les jeunes changent. Leur personnalité se précise. Leurs
goûts se définissent plus clairement. Ils deviennent plus
autonomes. Ils prennent de la distance. Bien sûr, ils sont
encore attachés à leurs parents. Ils aiment la famille. Ils
prennent même le temps de s'informer de la santé du tonton
qu'ils voient plisser d'une année à l'autre. Mais de
plus en plus ils se forgent un univers bien à eux. Ils
deviennent maîtres du domaine qu'ils arpentent jour après
jour.
L'adolescence est l'étape cruciale des grandes ruptures,
une époque importante dans la prise de distance. Au point de
départ, les jeunes veulent surtout rompre avec la génération
des adultes, ces plus ou moins croulants dépassés par la vie,
comme ils le pensent parfois! Mais avec les années, la
réaction contre les vieux laisse la place au désir d'être
soi-même, de devenir ce que l'on est déjà dans l'univers
intérieur et mystérieux qui habite chaque personne.
La période est difficile pour les adolescents. Elle l'est
aussi pour les parents qui s'inquiètent de l'avenir, de l'issue
de cette longue, trop longue période de crise. Papa et maman
apprennent alors qu'ils ne peuvent garder leur progéniture
sous leurs jupes. Les bons enfants comme les enfants difficiles
doivent voler de leurs propres ailes. Les enfants n'appartiennent
pas à leurs parents. Ils ne sont que prêtés, dit-on. Ils
partagent pleinement la vie familiale durant un certain nombre d'années.
Puis ils partent construire à leur tour un lieu de passage pour
leurs propres descendants. La famille ressemble à une gare, un
lieu de transition, une salle de pas perdus. On y séjourne un
certain temps avant d'aller ailleurs faire son propre nid.
Dans la Bible, que de parents ont compris cette réalité.
Abraham a sans doute découvert la chose quand il crut que Dieu
lui demandait le sacrifice de son Isaac (Genèse 22).
Anne et Elcana ont fait une expérience semblable quand ils ont
confié Samuel aux prêtres du temple (1 Samuel 1).
Peut-être Marie et Joseph ont-ils vécu la même chose quand
ils retrouvèrent leur Jésus dans le temple au milieu des
docteurs. «Comment se fait-il que vous m'ayez cherché? Ne le
saviez-vous pas? C'est chez mon Père que je dois être.» Que
signifiait cette parole énigmatique? L'enfant annonçait-il
ses origines divines? Ou simplement rappelait-il à sa mère qu'un
enfant, c'est fait pour devenir une grande personne autonome?
Les parents aiment bien leurs enfants près d'eux. Ils
jubilent quand ils sont entourés de leur petite famille. Mais
leur plus grand bonheur, n'est-ce pas de voir leur fils ou
leur fille devenir de plus en plus libres, capables d'assumer
pleinement leur vie?
Dieu lui-même en fait une partie de son bonheur! Il est tout
puissant, il est souverain et maître de l'univers. Mais il se
réjouit en voyant ses enfants s'épanouir dans la liberté et
l'autonomie.
- Radio Ville-Marie 91.3 FM
- Rythme du matin
- 29 décembre 2000
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